Le 8 avril 2010, un rapport sommaire sur l’état de conservation du bien a été soumis par la République Centreafricaine, daté du 21 Janvier 2010. Ce rapport fait état des mesures correctives qui ont été adoptées par le Comité du patrimoine mondial à sa 33e session (Séville, 2009). Dans sa décision 33 COM 7A.1, le Comité du patrimoine mondial avait demandé le développement d’un plan d’urgence à court terme, pour restaurer l’intégrité du bien. Suite à cette décision, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont proposé à l’Etat partie l’organisation d’un atelier avec toutes les parties prenantes afin d’élaborer ce plan d’urgence. Cette proposition a été favorablement accueillie par le Ministre des Eaux, Forêts, Chasse et Pêche. Malheureusement, à cause de problèmes de calendrier, il a été impossible d’organiser cet atelier avant la 33e session. Pour le moment, il est planifié pour le mois de Septembre 2010.
Néanmoins, le rapport de l’Etat partie indique quelques progrès dans la mise en œuvre des recommandations de la mission de 2009 :
a) Structurer la gestion du parc, vers une organisation simple et efficace dédiée au parc spécifiquement
L’Etat partie note que le processus d’élaboration participative d’une stratégie de gestion des aires protégées du Nord Est, dont le bien, est enclenché depuis le mois de juillet 2009. Cette stratégie devra être validée au cours de l’année 2010. Cette stratégie prévoit notamment un aménagement de l’ensemble du territoire Nord-Est et un processus de décentralisation permettant d’assurer un véritable contrôle des ressources et des décisions afférentes à leur gestion par les nouvelles organisations villageoises. Plusieurs séries de formation associée à des campagnes de sensibilisation sur les thématiques de gestion et de préservation participative des ressources naturelles ont touché presque 1500 personnes dans la zone périphérique du parc. En janvier 2010, le Réseau des Associations Locales de Gestion des Zones Cynégétiques Villageoises (RALGEST-ZVC) a été constitué. Cette plateforme, mise en place par le projet ECOFAC IV, a une configuration ascendante (local, communal, sous préfectoral, préfectoral, régional). De plus, l’Etat partie indique que le processus de relecture du projet de code de protection de la faune a été amorcé par le Ministère des Eaux, Forêts, Chasse et Pêche depuis le mois de juin 2009.
b) Renforcer le personnel d’encadrement pour assurer les missions principales de gestion (planification, surveillance, suivi écologique, administration, logistique)
Un assistant technique des Forces Armées Centrafricaines (FACA) a été nommé au mois de mars 2009 et affecté dans le Nord-Est auprès des équipes de conservation. Il a entre autres comme mission d’assurer l’interface entre le Ministère des Eaux, Forêts, Chasse et Pêche et le Ministère de la Défense Nationale sur les questions intéressant la lutte anti-braconnage. Ainsi, plusieurs missions conjointes ont été déjà réalisées par ces deux structures
c) Augmenter le nombre et la formation du personnel d’exécution, essentiellement dédié à la surveillance au cours de cette période transitoire, renforcé au départ par un appui des forces armées
L’Etat partie indique que la stratégie de gestion des aires protégées du Nord Est prévoit l’implantation des bases avancées de gestion et de surveillance et le renforcement de l’effectif de l’équipe de surveillance du parc et des Zones Cynégétiques Villageoises (ZCV) périphériques. En octobre 2009, 90 nouveaux agents des Eaux et Forêts ont été recrutés et formés. Le rapport note qu’il est prévu que 60 d’entre eux soient affectés dans les aires protégées du Nord-est en appui aux environ 60 surveillants pisteurs d’ECOFAC en place.
d) Réaliser un zonage fonctionnel du parc avec une zone prioritaire d’intervention pour conserver au mieux les éléments déterminants de la Valeur Universelle Exceptionnelle du parc (milieux et faune)
La stratégie de gestion des aires protégées du Nord Est propose un zonage du bien avec un noyau central entouré d’une ceinture de zones cynégétiques villageoises (ZCV). De plus, l’Etat partie mentionne qu’un projet de cartographie du parc, intégrant la nouvelle configuration dictée par le projet de stratégie des aires protégées du Nord Est, est disponible depuis novembre 2009 et devrait être validé en mars 2010.
e) Mettre en œuvre un plan d’action ciblé sur la restauration de la sécurité et de la tranquillité dans cette zone prioritaire
Le rapport indique que des matériels militaires ont été fournis par le Ministère de la Défense Nationale aux équipes de conservation des aires protégées du Nord Est, matériels complétés chaque année depuis 2007. Toutefois, l’Etat partie ne précise pas si un plan d’action ciblé sur la restauration de la sécurité et de la tranquillité dans cette zone prioritaire sera développé.
f) Allouer un budget prévisionnel adapté à ces priorités, limité au nécessaire pour engager, dès cette phase, une réflexion sur la durabilité de la gestion
L’Etat partie fait référence à des négociations avec l’Union Européenne ayant abouti à la mise à disposition prochaine de nouveaux financements dédiés à la protection des Aires Protégées du Nord Est, dont le Parc National Manovo Gounda Saint-Floris. Toutefois, il apparait qu’un budget provisionnel n’a pas encore été défini.
g) Mettre en œuvre un plan de sortie de crise à engager en parallèle, en concertation avec les différents protagonistes, en particulier venant du Tchad et du Soudan
Le rapport de l’Etat partie mentionne que des actions de portée transfrontalière tenant compte de l’ensemble des problèmes contextuels liés à la conservation des ressources naturelles et au développement des communautés locales sont prévues dans le cadre des activités régionales financées par l’Union Européenne, mais des précisions sur le genre des activités ne sont pas données.
En outre, le Centre du patrimoine mondial a néanmoins organisé en Avril 2010 une réunion entre des représentants de l’Etat Partie, ainsi que du Tchad et du Soudan, afin de les informer de la demande du Comité du patrimoine mondial dans sa décision 33 COM 7A.1 d’organiser une réunion de haut niveau avec les autorités des 3 pays en vue de débattre des progrès réalisés pour remédier à la détérioration de l’état de conservation. Malheureusement seule l’Ambassadeur de la République centrafricaine était présent à la réunion, qui était organisée conjointement avec le Département Afrique. Néanmoins, l’Ambassadeur a estimé qu’avec l’amélioration des relations entre les 3 pays, l’organisation d’une telle réunion pourrait être possible et il a promis de faire le suivi avec ses homologues du Soudan et du Tchad et d’en informer le Ministère des Affaires Etrangères à Bangui. Le Centre du patrimoine mondial continuera à faire le suivi avec la Délégation de la RCA.
Le rapport de l’Etat partie note que les problèmes principaux de conservation du bien continuent à être le braconnage transfrontalier, l’impact du conflit au Soudan sur la sécurité dans le bien ainsi que des problèmes de sécheresse au Soudan et au Tchad qui ont résulté en une transhumance et une grande pression sur les pâturages dans le bien. En outre, le rapport note l’arrivée récente des rebelles Ougandais du Lord Resistance Army (LRA) dans la région, qui risque d’amener de nouveaux problèmes de sécurité. Il est à noter que la LRA a récemment créée une situation d’insécurité autour du Parc National de la Garamba en RDC. Le rapport mentionne aussi l’insuffisance des moyens financiers, humains et logistique.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN accueillent favorablement la forte mobilisation des instances politico-administratives et des communautés locales quant aux efforts de conservation décrits dans le rapport. Ils saluent aussi les financements prévus par Union européenne pour la conservation du bien et des régions avoisinantes. Ils notent aussi qu’une première mission d’inventaire aérien sur ECOFAC IV en 2008 a été réalisée. Une seconde mission de plus grande envergure est planifiée dans le courant du mois de février 2010 en collaboration avec le programme Monitoring Illegal Killing of Elephants (MIKE). Néanmoins, ils restent très préoccupés par les problèmes de braconnage transfrontalier qui ont décimé les populations d’animaux et notamment par les rapports de l’infiltration de la LRA dans la région qui risquent d’avoir de nouveaux impacts sur la sécurité. Ils notent l’urgence de la mise en place d’un plan d’urgence pour restaurer à court terme l’intégrité du bien et créer des conditions qui pourraient permettre la restauration de sa Valeur universelle exceptionnelle et espèrent que l’atelier pour le développement de ce plan pourrait avoir lieu bientôt. Au même moment ils réitèrent l’importance d’une concertation entre les Etats parties centrafricain, tchadien et soudanais en vue de mettre en œuvre une stratégie commune de protection du bien en impliquant les communautés locales périphériques du bien. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que le rapport semble proposer un zonage du bien avec la création d’un noyau central entouré de zones cynégétiques au sein du bien. Si tel est le cas, ils estiment que ceci changerait le statut de protection du bien et nécessiterait une consultation avec le Comité du patrimoine mondial.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN recommandent que le bien soit maintenu sur la Liste du patrimoine mondial en péril et que le mécanisme de suivi renforcé continue à être appliqué.