Le 31 janvier 2011, un rapport sur l’état de conservation du bien a été soumis par l’Etat Centrafricain. Ce rapport sommaire, fait état des mesures prises par l’Etat partie, d’un point de vue institutionnel et technique, afin de mettre en œuvre les mesures correctives qui on été adoptées par le Comité du patrimoine mondial à sa 33e session (Séville, 2009).
Dans ses décisions 33 COM 7A.1 et 34 COM 7A.1, le Comité a demandé à l’Etat partie l’organisation d’un atelier avec toutes les parties prenantes, afin d’élaborer un plan d’urgence à court terme sur une zone prioritaire de taille réduite, pour restaurer l’intégrité du bien. Cet atelier, planifié pour le mois de septembre 2010, n’a malheureusement pas pu être organisé avant la 35e session du Comité. Un courrier a été adressé à l’Etat partie pour l’encourager à soumettre une requête d’assistance internationale à cet effet.
En outre, la réunion de haut niveau demandée par le comité n’a pu être organisée en raison de la tenue des élections présidentielles et législatives.
a) Structurer la gestion du parc vers une organisation simple et efficace dédiée au parc spécifiquement
L'État partie apporte des informations selon lesquelles la stratégie de gestion des aires protégées du nord-est, dont le bien, a été validée en 2010. Cette stratégie propose un zonage du bien déclinant un noyau central entouré de Zones Cynégétiques villageoises (ZCV), l’implantation de bases avancées de surveillance, un plan d’aménagement de l’ensemble du territoire du nord-est incluant la redéfinition des couloirs de transhumance, le renforcement de l’effectif de l’équipe de surveillance du bien et des ZCV périphériques.
b) Renforcer le personnel d’encadrement pour assurer les missions principales de gestion (planification, surveillance, suivi écologique, administration, logistique)
L’Etat partie n'a pas apporté d’informations nouvelles concernant le renforcement du personnel d’encadrement. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN rappellent qu’un assistant technique des Forces Armées Centrafricaines (FACA) a été nommé au printemps 2009 et affecté auprès des équipes de conservation.
c) Augmenter le nombre et la formation du personnel d’exécution, essentiellement dédié à la surveillance au cours de cette période transitoire, renforcé au départ par un appui des forces armées
L’Etat partie note que plusieurs missions des éléments des Forces Armées Centrafricaines (FACA) sont intervenues dans la zone en appui aux surveillants pisteurs du programme pour la Conservation et l’utilisation rationnelle des Ecosystèmes forestiers d'Afrique centrale (ECOFAC) - ZCV, mais aucun détail supplémentaire n’est rapporté. Il est prévu depuis 2009 que 60 agents des Eaux et Forêts soient affectés dans les aires protégées du nord-est en appui aux 60 surveillants pisteurs d’ECOFAC déjà en place, mais l’UICN notent que ces agents n’ont toujours pas été affectés dans le nord-est, ni pour le bien. Le rapport ne mentionne pas si ces agents seront spécifiquement affectés au parc national de Manovo-Gounda (PNMG) comme demandé par le Comité à sa 33e session en 2009.
d) Réaliser un zonage fonctionnel du parc avec une zone prioritaire d’intervention pour conserver au mieux les éléments déterminants de la valeur universelle exceptionnelle du parc (environnement et faune)
L’Etat partie note qu’un projet de cartographie du parc intégrant la nouvelle configuration du bien a été réalisé et validé. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN rappellent que la stratégie de gestion des aires protégées du nord-est propose un zonage du bien avec un noyau central entouré d’une ceinture de ZCV. Malheureusement, le rapport ne comporte pas de carte de ce zonage, et il est donc difficile d’évaluer son impact sur le statut de protection du bien.
e) Mettre en œuvre un plan d’action ciblé sur le rétablissement de la sécurité dans cette zone prioritaire
L’Etat partie rappelle que du matériel militaire a été fourni par le Ministère de la Défense Nationale aux équipes de conservation des aires protégées du nord chaque année depuis 2007, mais ne fait pas état d’informations nouvelles concernant la mise en œuvre d’un plan ciblé sur le rétablissement de la sécurité dans le bien. L’Etat partie considère que l’appui des institutions internationales à la mise en œuvre du processus de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (DDR) et la tenue d’élections constituent des éléments non négligeables à la sécurisation de la région nord où se trouve le bien.
f) Allouer un budget prévisionnel adapté à ces priorités, et limité au nécessaire pour engager, dès cette phase, une réflexion sur la durabilité de la gestion
L’Etat partie ne fait état d’aucune information nouvelle concernant l’allocation d’un budget prévisionnel adapté. Il apparaît qu’un budget ne soit pas encore défini.
g) Mettre en œuvre un plan de sortie de crise à engager en parallèle, par la concertation, avec les différents protagonistes, en particulier venant du Tchad et du Soudan
L’Etat partie rappelle que des actions de portée transfrontalière tenant compte de l’ensemble des problématiques liées à la conservation des ressources naturelles et au développement des communautés locales sont prévues dans le cadre du Programme Indicatif Régional du 10e Fonds Européen pour le Développement (FED), toutefois aucune précision sur le genre d’activités prévues n’a été fournie. Le rapport note que des Comités mixtes centrafricano-tchadien se réuniront en 2011 pour débattre des problèmes transfrontaliers.
h) Autres problèmes de conservation actuels – prospection pétrolière au sein du bien
L’UICN note qu’une compagnie pétrolière chinoise, China National Petroleum Corporation (CNPC), se serait installée depuis janvier 2011 à Gordil (l’une des bases du parc). Il est question que des prospections pétrolières soient réalisées à l’intérieur du bien, et soient accompagnées d’activités connexes de braconnage. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que ce type d’activité ne fera qu’accélérer la détérioration de la valeur universelle exceptionnelle du bien et sa faune, déjà fortement réduite. Ils rappellent que le Comité a adopté depuis plusieurs années une position claire sur les questions d’exploitation et d’exploration minière et pétrolière dans les biens inscrits, les jugeant incompatibles avec le statut de Patrimoine mondial.
i) Résulat de la mission d’inventaire aérien ECOFAC/MIKE réalisée début 2010
Le rapport mentionne la réalisation d’un inventaire d’ECOFAC en 2010 en collaboration avec le programme Monitoring Illegal Killing Elephant (MIKE – Suivi de l’abattage illégal d’éléphants). Cet inventaire a été réalisé dans le nord-est de la RCA sur près de 95 000 km2 sur une zone incluant les Parcs nationaux de Manovo-Gounda-St Floris (MGSF) et de Bamingui-Bangoran, la Réserve Naturelle Intégrale Vassako-Bollo, la Réserve de Faune Aouk-Aouakalé, les Secteurs de Chasse et les Zones Cynégétiques Villageoises. L’inventaire montre un déclin très sérieux des densités de grande faune. Un déclin de 90% avait déjà été mis en évidence par un inventaire de 2005, et ce nouvel inventaire indique une réduction supplémentaire de la faune de 75% par rapport à l’inventaire réalisé en 2005. Après le rhinocéros noir, qui avait déjà disparu en 1980, l’éléphant et la girafe ont maintenant également complètement disparu du bien et sont enregistrés exclusivement dans les secteurs de chasse, donc en dehors du bien. La plupart des autres espèces ont également presque disparu, notamment le buffle, l’élan de Derby, le cob de Défassa, l’autruche, l’hippopotame et le guépard. La faune restante est concentrée dans les ZCV et secteurs de chasse au sud située en dehors du bien.
L’inventaire estime aussi qu’il est possible que plusieurs centaines de milliers de bœufs provenant du Tchad transitent chaque année dans la zone d’étude. Le survol a également noté la présence de deux mines artisanales de diamants dans le Parc national MGSF, le long des cours d’eau, ainsi qu’une forte réduction de la grande faune avoisinant ces mines en raison du braconnage. La conclusion du rapport est que le compte à rebours de l’extinction de la faune dans le nord de la RCA semble avoir commencé et qu’il reste très peu de temps pour inverser ce processus. Les auteurs considèrent que l’activité de grande chasse sera condamnée dans une échéance de 2 à 5 ans, ce qui entrainera l’effondrement du système ZCV – qui constitue les derniers îlots de conservation de la grande faune - et entraînera probablement leur reconversion en pâturage, avec la perte non seulement de la dernière opportunité de rétablir la valeur universelle exceptionnelle du bien, mais aussi des bénéfices socio-économiques qui lui sont liés.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que le projet Ecofaune de l’Union Européenne est actuellement en phase de lancement dans la région du bien et continue d’appuyer les ZCV. Néanmoins, ils considèrent que peu de résultats peuvent être attendus pour la conservation du bien car la stratégie du projet est focalisée avant tout sur les ZCV plutôt que sur la conservation même du bien ; de plus, le budget paraît insuffisant compte-tenu de la zone d’intervention à couvrir (4 millions d’euros pour une zone de 100.000 km2).