Le 18 janvier 2010, l’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation du bien. Le rapport met en avant quelques progrès récents et plus anciens accomplis dans la mise en œuvre des cinq mesures correctives adoptées par le Comité à sa 29e session (Durban, 2005) mais contient peu de nouvelles données par rapport aux informations reçues les années précédentes. Le rapport signale qu’un programme de réintroduction pour les espèces menacées est en cours et confirme la volonté de l’État partie d’entreprendre une évaluation de l’état de conservation du bien. En plus du rapport, l’État partie a soumis un certain nombre de documents stratégiques, comme demandé par le Comité du patrimoine mondial dans sa décision 33 COM 7A.10, incluant quatre études entreprises entre 2006 et 2008 sur l’utilisation du bois et du chaume, la réintroduction des espèces menacées, le développement de l’écotourisme et le contrôle des espèces invasives, ainsi que deux études plus anciennes réalisées en 2005 sur l’état de conservation du bien et les besoins en matière de suivi. Toutefois, les plans d’action pour une gestion durable des ressources du bien et pour la restauration des sols dégradés n’ont pas encore été soumis comme demandé par le Comité. La lettre d’accompagnement évoque également la volonté de l’État partie de voir le bien être retiré de la Liste du patrimoine mondial en péril.
Le rapport de l’État partie précise que le bien a été affecté par des problèmes d’instabilité et de conflit civil, après qu’une nouvelle rébellion touareg a éclaté en février 2007, mais qu’un accord de paix récemment signé serait en mesure de résoudre les problèmes de sécurité. Néanmoins, le rapport ne donne pas plus de détails sur l’accessibilité du site de 77 000 km² à l’autorité de gestion ou au personnel du projet “Cogestion des ressources naturelles dans les réserves naturelles de l’Aïr et du Ténéré et des zones connexes” (COGERAT) financé par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) / Fonds pour l’Environnement mondial (FEM). Ce projet, qui a débuté en 2006, a aidé l’autorité de gestion dans la mise en œuvre des mesures correctives au moyen de divers projets de gestion participative en collaboration avec les communautés locales. La mise en œuvre a également été gênée par l’instabilité et les dissensions.
Le rapport fait état des progrès suivants dans la mise en œuvre des mesures correctives :
a) Rétablir la présence physique des autorités de gestion à Iférouane et leur donner les moyens suffisants pour pouvoir mieux contrôler l’exploitation des ressources naturelles dans le périmètre du bien
Comme mentionné dans de précédents rapports, l’équipe de conservation du bien a pu réintégrer sa base à Iférouane en 2008. Le projet COGERAT, en collaboration avec l’équipe de conservation du bien, a permis de mettre en place des unités de surveillance communautaire à Timia et Tabelot. En 2009, l’État partie a également nommé un directeur du parc et un directeur du parc adjoint, l’un et l’autre basés à Iférouane. La présence physique de l’autorité de gestion est renforcée par la réactivation des postes de gardes forestiers dans les villes de Timia et Tabelot. Toutefois, le rapport ne précise pas clairement quelle superficie du bien fait l’objet de patrouilles de la part de l’équipe de conservation, ni quel est l’impact de leurs activités et présence sur la gestion de l’utilisation des ressources naturelles au sein du bien.
b) Créer des commissions foncières dans les quatre municipalités et clarifier les droits respectifs d’utilisation du sol et d’accès aux ressources des populations locales
L’État partie rappelle que trois commissions foncières régionales ont été mises en place ainsi que deux commissions foncières municipales, comme mentionné dans les précédents rapports. En 2009, le fonctionnement de ces commissions, qui ont pour mission d’arbitrer les questions d’utilisation des sols et des ressources naturelles, a été soutenu par l’équipe de conservation du bien. Toutefois, aucune information n’est donnée sur la manière dont ces commissions ont contribué à clarifier les droits d’utilisation des sols et d’accès aux ressources.
c) Améliorer sensiblement le suivi et la surveillance du bien pour s’attaquer aux problèmes de braconnage et d’extraction illégale des ressources naturelles
Reprenant les informations mentionnées dans les précédents rapports, l’État partie rappelle que 11 brigades communautaires ont été créées pour traiter les problèmes de ramassage illégal de bois et de braconnage, que 20 comités de cogestion environnementale et quatre organes locaux de cogestion ont été instaurés au sein de la municipalité de Timia et qu’un réseau de surveillance écologique et socio-économique est en train d’être créé. Le rapport signale qu’en 2009, le projet COGERAT a permis d’entreprendre un certain nombre d’initiatives de renforcement des capacités pour les comités et organes de cogestion susmentionnés. Le rapport indique par ailleurs qu’un accord tripartite sur les feux de broussailles a été signé en 2009 par les municipalités d’Aderbissanat et d’Agadez et le projet COGERAT, afin de créer un pare-feu de 200 km de long et 15 m de large. Cependant, comme signalé les années précédentes, aucune information n’a été donnée sur la capacité de ces organes de surveillance et de cogestion pour s’attaquer aux problèmes de braconnage et d’extraction des ressources naturelles, ni sur les données collectées jusqu’à présent via le réseau de surveillance écologique et socio-économique.
d) Mettre fin immédiatement au ramassage du bois et du chaume sur le site
L’État partie rappelle que le projet COGERAT a réalisé des études sur l’utilisation du bois et du chaume qui ont conduit à l’élaboration de plans d’action pour la gestion de ces ressources. Le rapport note que, dans le cadre du projet COGERAT, des poêles alternatifs utilisant moins de bois ont commencé à être distribués et qu’il est envisagé de former des associations locales d’artisans et de femmes à produire ces poêles. De plus, un accord a été signé avec l’organisation nigérienne en charge du négoce du charbon pour diffuser et populariser les poêles utilisant de la houille. En conséquence de cette initiative, l’État partie indique que la consommation de bois a diminué de 15%, passant de 97 000 tonnes en 2005 à 82 308 tonnes en 2009. Malheureusement, le rapport ne donne aucune information sur les niveaux actuels de ramassage de bois et de chaume sur le site ni sur l’impact de ces activités sur l’écosystème.
e) Lancer des actions de stabilisation des terres et de la végétation pour contrôler l’érosion des sols et prendre des mesures visant à réduire la déstabilisation des sols due à la circulation automobile
Le rapport précise que la restauration et la plantation de 5 145 ha viennent d’être entrepris, contre 406 ha restaurés et plantés en 2008, et que dans le cadre du projet COGERAT 40 000 plants ont été produits en 2009. D’autres efforts de restauration mentionnés dans le rapport avaient déjà été signalés. Bien que le décuplement des terres restaurées soit significatif, il reste encore beaucoup à faire pour atteindre l’objectif du projet COGERAT, à savoir restaurer 55 000 ha d’habitat dégradé dans le périmètre du bien.
L’État partie indique que le plan triennal du Département des parcs nationaux inclut des activités destinées à réintroduire les espèces menacées dans les parcs nationaux du Niger. En 2009, un accord a été signé avec le ministère de l’Environnement et la Coopérative d’exploitation des ressources naturelles du Koutous afin de créer les conditions favorables pour la réintroduction de l’autruche à cou rouge, qui a disparu du bien mais subsiste dans des programmes de reproduction en captivité financés par l’UNESCO. L’application de cet accord a commencé en 2009 avec un atelier réunissant les parties prenantes et en septembre 2009 une autruche femelle a été transférée à Iréfouane, où il restait deux mâles. En ce qui concerne les réintroductions envisagées pour d’autres espèces, l’État partie fait savoir que le programme de réintroduction sera prochainement étendu à l’addax et à la gazelle Dama.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que des efforts considérables seront nécessaires pour réussir la réintroduction de l’autruche à cou rouge, étant donné le nombre très restreint de la population captive à Iférouane. La réussite du programme de réintroduction nécessitera une planification soignée et l’État partie est encouragé à collaborer avec la Commission de la sauvegarde des espèces de l’UICN dans l’optique d’élaborer une stratégie pour un rétablissement efficace de la population et de développer des programmes de réhabilitation pour l’autruche à cou rouge, ainsi que pour l’addax et la gazelle Dama.
Le 28 septembre, l’État partie a soumis un projet de demande non signée d’assistance internationale pour évaluer l’état de conservation du bien, en réponse à la demande du Comité du patrimoine mondial dans sa décision 33 COM 7A.10. Il n’est toutefois pas clairement dit dans ce projet de demande si l’évaluation va se concentrer sur la taille des populations et la répartition des espèces menacées afin d’évaluer l’état de la valeur universelle exceptionnelle, comme demandé par le Comité. Aucun détail n’a été donné sur la méthodologie qui sera suivie. Ces commentaires ont été envoyés à l’État partie accompagnés d’une demande de nouvelle soumission de demande signée faisant état de ces données complémentaires. La participation de la Commission de la sauvegarde des espèces de l’UICN dans l’élaboration de l’étude a également de nouveau été recommandée. Pour l’instant, aucune nouvelle demande n’est parvenue au Centre du patrimoine mondial.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN reconnaissent les efforts actuels de l’État partie, les efforts du PNUD et du FEM pour mettre en œuvre les mesures correctives identifiées par la mission de suivi de l’UICN en 2005, malgré la situation délicate en matière de sécurité. Toutefois, ils notent que l’État partie ne fournit pas d’informations claires sur l’impact des activités susmentionnées sur l’état de conservation du bien. Ils notent par ailleurs que la première phase du projet COGERAT doit se terminer en 2010-11 et encouragent le PNUD, le FEM et l’État partie à rapidement préparer la seconde phase de ce projet, importante pour la réhabilitation du bien. Compte tenu de la superficie conséquente du bien, 7,7 millions d’ha, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN répètent qu’il faudra du temps avant qu’un impact positif des mesures correctives ne se fasse sentir sur le rétablissement de la valeur universelle exceptionnelle du bien.
Avec la récente amélioration de la sécurité, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN recommandent que, parmi les mesures correctives, la priorité soit donnée à la question du braconnage et de l’utilisation illégale des autres ressources en déployant des patrouilles mixtes de gardes composées de personnels de la réserve et des unités de surveillance communautaire au niveau du site et en y allouant un budget annuel adéquat. Ces patrouilles mixtes contribueraient à l’application de la mesure corrective (c) et permettraient à l’État partie de considérablement améliorer la surveillance du bien afin de traiter le braconnage.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN accueillent favorablement la volonté de l’État partie d’entreprendre une évaluation de l’état de conservation du bien et rappellent la nécessité de concentrer cette évaluation sur une étude complète de la taille des populations et de la répartition des espèces menacées, afin d’élaborer des programmes de rétablissement et de réhabilitation des populations. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN recommandent vivement que cette étude soit planifiée et entreprise en collaboration avec la Commission de la sauvegarde des espèces de l’UICN, en particulier le groupe de spécialistes des antilopes. L’UICN rappelle que selon la liste rouge des espèces menacées de l’UICN, les espèces clés du bien continuent de décliner ou de n’être présentes qu’en petits nombres, et que la situation de l’addax et de la gazelle Dama gravement menacés, considérés comme les espèces de bovidés du Sahara les plus menacées d’extinction dans un avenir proche, n’est pas claire. Comme mentionné dans le rapport de l’an passé, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que l’étude est essentielle pour déterminer l’état actuel de la valeur universelle exceptionnelle du bien et pour définir l’état de conservation souhaité en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril et le calendrier requis pour y parvenir. Par conséquent, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN rappellent la décision du Comité préconisant la venue d’une mission de suivi conjointe sur le bien uniquement lorsque cette étude complète des espèces menacées aura été réalisée.
En l’absence d’informations sur l’état actuel de la valeur universelle exceptionnelle du bien, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent qu’une discussion sur le retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril est prématurée. Avec la signature de l’accord de paix et l’amélioration de la sécurité, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont l’espoir que les efforts pour mettre en œuvre les mesures correctives prennent désormais une vitesse de croisière.