Le 1er février 2011, l’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation du bien. Le rapport met en avant des progrès récents accomplis pour la mise en œuvre des cinq mesures correctives adoptées par le Comité à sa 29e session (Durban, 2005), mais apporte peu de nouvelles données par rapport aux informations reçues en 2010. Le rapport note que la mise en œuvre des mesures correctives a été entravée par l’insécurité prédominante dans la zone entre 2006 et 2009. A l’heure actuelle, cette insécurité continue de restreindre le déplacement des agents de conservation. A ce propos, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont reçu des rapports indiquant que les groupes armés qui continuent de sévir dans le périmètre du bien, ont laissé un nombre important de mines sur le terrain. Des informations ont été reçues suggérant qu’en dehors de certains grands axes empruntés par les communautés locales et reliant les principaux villages dans et autour des réserves, le reste des Réserves Naturelles de l’Air et Ténéré (RNNAT) restent exposées à un risque non négligeable de présence de mines.
a) Rétablir la présence physique des autorités de gestion à Iférouane et leur donner les moyens suffisants pour pouvoir mieux contrôler l’exploitation des ressources naturelles dans le périmètre du bien
Comme mentionné dans de précédents rapports, l’équipe chargée de la conservation du bien a pu partiellement réintégrer sa base à Iférouane en 2008. Le projet de Cogestion des Ressources de l'Aïr et du Ténéré (COGERAT), en collaboration avec l’équipe de conservation, a permis de mettre en place des unités communautaires de surveillance à Timia et Tabelot. L’État partie note que cette activité a progressé en 2010 et que 6 nouvelles brigades communautaires de surveillance, composées de 30 brigadiers ont été créées et formées. Néanmoins, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont reçu des informations établissant que l’autorité de gestion est très peu présente sur le bien, notamment en raison de problèmes de sécurité. Par conséquent, il reste des incertitudes sur le fait que la mise en place des postes de gardes forestiers dans les villes de Timia et Tabelot, ait eu un impact sur la gestion du site.
b) Créer des commissions foncières dans les quatre municipalités et clarifier les droits respectifs d’utilisation du sol et d’accès aux ressources des populations locales
L’État partie rappelle que trois commissions foncières régionales ont été mises en place, ainsi que deux commissions foncières municipales, pour appuyer la prévention et la gestion des conflits liées à l’accès et l’utilisation des ressources naturelles. En 2010, le processus de mise en place des commissions de Timia et d’Iférouane a été réalisées avec la tenue d’ateliers de mise en place officielle, et l’organisation de formations des membres de ces commissions.
c) Améliorer sensiblement le suivi et la surveillance du bien pour s’attaquer aux problèmes de braconnage et d’extraction illégale des ressources naturelles
L’État partie rappelle que le projet COGERAT a soutenu la mise en place d’une structure intercommunautaire pour la gestion des ressources naturelles de la réserve dénommée « Association Intercommunale de Gestion des Resources Naturelles » (AIGRN). En septembre 2010, un accord de cogestion Etat/communes a été signé à Niamey, entre le Ministre de l’Eau, de l’Environnement et de la Lutte Contre la Désertification, et les Administrateurs Délégués des quatre communes concernées (Gougaram, Iférouane, Tabelot et Timia), pour l’élaboration d’un plan d’aménagement et de gestion du bien, ainsi que des plans communaux de gestion des ressources naturelles, les actions de gestion durable des sols, et leur mécanisme de financement durable. Cependant, le rapport de l’Etat partie ne donne aucune information sur la capacité des organes de surveillance et de cogestion à faire face aux problèmes de braconnage et d’extraction des ressources naturelles et sur l’impact de l’insécurité sur leur opérationnalité.
d) Mettre fin immédiatement au ramassage du bois et du chaume sur le site
L’État partie note qu’au cours de l’année 2010, des rencontres se sont déroulées dans le cadre de la collaboration avec la Société Nigérienne de Carbonisation du Charbon pour promouvoir la mise en place d’équipements et l’utilisation du charbon minéral carbonisé. Ces rencontres ont permis de mener plusieurs activités dans le but d’amener les populations à s’intéresser à l‘utilisation du charbon minéral. Comme ce fut le cas en 2010, le rapport de l’Etat partie ne donne aucune information sur les niveaux actuels de ramassage de bois et de chaume dans le bien, ni sur l’impact de ces activités sur l’écosystème.
e) Lancer des actions de stabilisation des terres et de la végétation pour contrôler l’érosion des sols et prendre des mesures visant à réduire la déstabilisation des sols due à la circulation automobile
Le rapport précise que le projet COGERAT a poursuivi des actions visant à restaurer des terres, et à stabiliser la végétation pour contrôler l’érosion des sols et favoriser la recharge de la nappe phréatique et la protection des berges. Il a été réalisé : 1716 banquettes d’infiltration sur une superficie de 286 ha ; l’ensemencement de 390 ha en espèces ligneuses locales ; la plantation de 11 000 plantations forestières et la protection de 5000 jeunes pousses de régénération naturelle ; 200 km de bandes pare-feu ; et l’installation de 2000 ml de cordons pierreux. Bien que l’augmentation des terres restaurées soit significative, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN rappellent qu’il reste encore beaucoup à faire pour atteindre l’objectif du projet COGERAT, à savoir restaurer 55 000 ha d’habitat dégradé dans le périmètre du bien. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que les plans d’action pour une gestion durable des ressources du bien et pour la restauration des sols dégradés n’ont pas encore été soumis, comme demandé par le Comité dans sa décision 33 COM 7A.10.
f) Exploitations pétrolière et minière
L’UICN a reçu des informations concernant des sites d’exploitations minière d’uranium et des travaux de prospection pétrolière dans et autour du bien. Selon ces informations un bloc d’exploration pétrolière recouvrant une bonne partie du Ténéré est actuellement sous licence avec la Chinese National Petroleum Corporation (CNPC). Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN viennent de demander des informations à l’Etat partie afin de clarifier le statut de cette concession, ainsi que de toutes autres activités minières ou pétrolières pouvant affecter le bien. Ils rappellent que le Comité a adopté depuis plusieurs années une position claire sur les questions d’exploitation et d’exploration minière et pétrolière dans les biens inscrits, les jugeant incompatibles avec le statut de Patrimoine mondial. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent qu’aucune exploration ou exploitation pétrolière ou minière ne devrait être permise au sein du bien.
g) Population de faune etmission d’évaluation du bien
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont reçu des informations selon lesquelles des pressions de braconnage par les populations locales et par les forces de sécurité et de défense dans et autour de la réserve demeurent importantes. Ce braconnage vise essentiellement les gazelles dorcas et les outardes de Nubie, mais aussi les gazelles dama qui sont capturées pour être revendues dans les centres urbains ou dans les pays frontaliers. L’UICN a aussi reçu des informations sur le fait quel’oryx et les autruches à cou rouge aient totalement disparu des RNNAT, bien que pour l’autruche ’un programme d’élevage ait été initié par l’Etat partie, et que l’addax ait provisoirement disparu (il reste néanmoins une population d’Addax non loin des RNNAT, dans le désert du Tin Toumma et l’erg de Bilma, et qui pourrait un jour réintégrer le bien), et que la gazelle dama et le guépard soient soit éteints, soit proches de l’extinction, dans les RNNAT en raison du braconnage intense. Les effectifs de gazelles dorcas et d’outarde de Nubie auraient énormément diminués au point que les braconniers auraient à opérer dans les régions plus au sud dans les zones de Gadafawa et Taguedoufat.
L’Etat partie confirme que des dommages énormes subis par le bien durant la période d’insécurité de 2006 à 2009, ont certainement eu des conséquences. Il propose de réaliser une mission d’évaluation du bien, si la sécurité le permet, pour identifier et évaluer les dégâts sur les habitats et les espèces, ce qui permettra aussi de répondre à la demande du Comité dans ses décisions 33 COM 7A.10 et 34 COM 7A.10. En février 2011, l’Etat partie a resoumis une demande d’assistance internationale auprès du Fonds du patrimoine mondial pour soutenir ce projet. Cette demande est actuellement étudiée par l’UICN avec l’appui de la Commission de la sauvegarde des espèces de l’UICN. Les commentaires de l’UICN seront transmis à l’Etat partie en vue de faire aboutir cette requête.