Un rapport sur l’état de conservation du bien a été soumis au Centre du patrimoine mondial par l’État partie le 12 avril 2010. Conformément à la décision 33 COM 7A.11, adoptée par le Comite du patrimoine mondial à sa 33e session (Séville, 2009), l’Etat partie a invité une mission conjointe Centre du patrimoine mondial/UICN de suivi réactif sur le bien, du 4 au 11 mai 2010 (le rapport est en préparation et sera disponible à l’adresse Internet suivante : http//whc.unesco.org/fr/sessions/34COM).
Suivi des mesures correctives
a) Mettre en œuvre des mesures d’urgence pour faire cesser le braconnage
L’État partie indique que depuis 2008, les opérations de surveillance ont été appuyées par 4 survols aériens de deux ou trois jours chacun qui, bien que très efficaces, n’ont pu être répétés pour des problèmes de coûts. En 2009, les patrouilles ont permis de dresser 26 procès verbaux, d’appréhender 39 braconniers et de saisir 15 armes de chasse, 27 vélos, 3 camions transportant des produits ligneux et un important lot de munitions. La mission a constaté que la mise en place d’une brigade mobile anti-braconnage de 25 hommes en 2009 (patrouilles dans toutes les zones du PNNK et à tout moment) a été une avancée positive dans la lutte anti-braconnage. Des patrouilles régulières ont eu lieu pour un à deux jours, au-moins deux fois par semaine dans un rayon de 8 à 9 km autour du poste, pour les 17 postes de gardes opérationnels. La mission a également noté que les communautés riveraines jouent un rôle important d’information pour signaler la présence de braconniers. La mission a aussi été informée d’une demande de renforcement des effectifs du Parc national du Niokolo-Koba (PNNK) de 450 agents. Si ces agents peuvent être formés et équipés, il s’agira d’une étape probablement décisive dans la lutte anti-braconnage.
Néanmoins, la mission a été informé que le braconnage reste l’une des menaces les plus importantes pour le bien.
b) Former rapidement le personnel récemment recruté
La mission a été informée que le personnel nouvellement recruté reçoit une formation d’initiation et des formations modulaires sur différentes thématiques. La mission recommande de poursuivre les efforts par une formation sur la conservation et la gestion intégrée, pour l’ensemble du personnel. La mission insiste sur le fait que la formation du personnel doit être accompagnée par la mise à disposition de l’équipement nécessaire à l’accomplissement de ses tâches.
c) Faire un relevé des limites du parc et les borner
La mission a constaté qu’il existe des bornes délimitant le pourtour du bien tous les 5 km (tous les kilomètres au nord-ouest du PNNK). La mission recommande que le marquage soit plus visible et accompagné d’une signalétique symbolique adaptée aux contextes socioculturels, de campagnes de sensibilisation et d’une interprétation plus ciblée dans les villages.
d) Forage de puits à l’extérieur du parc, divagation du bétail et empiètement
Le rapport indique qu’en 2009, des réunions se sont tenues avec les éleveurs de la périphérie du PNNK. Des forages autour du parc risqueraient de concentrer le bétail autour du parc et occasionneraient une forte pression sur le pâturage et le parc. Le rapport mentionne l’importance de traiter du phénomène de la transhumance. La mission considère que, bien que la divagation du bétail soit un véritable problème, elle reste toutefois contrôlable et moins dommageable (car, affectant plus particulièrement deux zones en périphérie du bien : Missirah-Gounass et Dar-Salam) que le forage de puits dans sa périphérie, prenant en compte le contexte de la transhumance. Une réflexion poussée en ce sens avec les acteurs nationaux et régionaux est nécessaire. L’empiètement agricole concerne encore 6 000 ha (sur les 913 000 ha du PNNK). Des efforts de communication envers les communautés riveraines ont été entrepris afin de les sensibiliser à ce problème et un programme est également envisagé pour assister les villageois à cultiver d’autres terres.
e) Mettre en place un moratoire à long terme sur la chasse aux élands de Derby
L’Etat partie signale que l’éland de Derby est une espèce intégralement protégée par le code forestier et qu’elle ne figure pas dans les quotas fixés pour chaque espèce de faune chaque année par arrêté ministériel. La mission considère qu’il n’est pas utile de mettre en place un moratoire spécifique sur la chasse de l’éland de Derby puisque cette espèce bénéficie déjà des normes de protection maximales. La mission note que les autres espèces bénéficient également d’un système de quotas annuels. Cette mesure corrective se trouve, de facto, satisfaite.
f) Programme de surveillance écologique du parc, indicateurs et repères
La mission a constaté que le système de rapport actuel pour le PNNK pourrait être encore plus efficace et utile à un meilleur suivi s’il était basé sur des indicateurs simples, fiables et peu coûteux à mesurer et s’il était basé sur les espèces menacées. Aucun indicateur simple n’a pour le moment été identifié. La mission recommande que l’Etat partie établisse un programme de recherche avec les universités régionales visant à identifier de tels indicateurs. La mission a noté que ses observations directes de la faune ne corroboraient pas les données du dernier inventaire de 2006 et que celui-ci présentait de fortes marges d’erreur d’estimation. Un recensement précis de quelques espèces clés du PNNK, suivant la même méthodologie que pour l’inventaire de 2006 à des fins de comparaison, est donc nécessaire pour suivre l’évolution des espèces de grands mammifères. Une demande d’Assistance internationale pourrait être soumise en ce sens.
Suivi des mesures d’urgences
g) Priorité nationale et mesures pour solliciter l'aide des bailleurs de fonds
Le rapport indique que le Plan triennal d’Actions Prioritaires (PAP) établi en 2007 et d’un coût global de 14 milliards de francs CFA (26 millions de dollars EU) a été soumis à certains partenaires au développement du Sénégal ; cependant, leur contribution tarde à se matérialiser. Par ailleurs, le rapport mentionne que l’augmentation importante du budget du parc, doublé à 122 millions en 2009 (227 000 dollars EU) a été maintenue en 2010. La mission juge que l’accroissement du budget reste malgré tout très insuffisant eu égard aux besoins identifiés dans le cadre du PAP; et que malgré la hausse de l’effectif des agents, la distribution des postes sur le terrain et l’équipement des agents ne semblent pas adaptés aux défis de la surveillance. En plus, l’équipement mis à disposition des agents est très insuffisant pour une gestion adéquate et le mauvais état des pistes empêche la réouverture des postes abandonnés.
h) Plan de survie des espèces menacées
L’Etat partie indique que seuls les chimpanzés, les éléphants et l’éland de Derby font l’objet d’une attention particulière, mais que des contacts sont été pris avec des partenaires pour un suivi des lions et des lycaons. La mission a constaté que le projet de suivi des élands de Derby par pose de colliers émetteurs a échoué et, du fait de son grand coût, a été abandonné dans l’attente de trouver une autre solution. Une équipe de la DPN s’occupe du suivi des éléphants, et un groupe de chercheurs travaille actuellement sur les chimpanzés au sein du PNNK. La mission note que des plans de survie pour les espèces menacées, comme recommandé par la mission de 2007, n’ont pas été élaborés. La mission a constaté qu’il est régulièrement fait mention dans les livres d’or à l’entrée du PNNK de la présence d’éléphants. Par ailleurs, les guides et les communautés locales rencontrés ont affirmé entendre fréquemment des lions et qu’il existe une importante population de lycaons au sud-ouest du PNNK. La mission a également relevé dans ses observations directes des grands mammifères la présence de nombreux jeunes ; ce qui est révélateur d’une dynamique des populations à la hausse. Il s’agit de signes encourageants.
i) Coopération transfrontalière et les mesures visant à protéger les zones tampons
La mission a été informée de l’arrêt prématuré du projet de coopération transfrontalière avec le Parc du Badiar (Guinée) du fait de la crise politique guinéenne. Ceci a par ailleurs créé un axe de pénétration pour les braconniers éventuels vers le PNNK du fait de l’absence totale de surveillance du Parc du Badiar. Par ailleurs, cinq réserves naturelles communautaires ont été créées dans les zones périphériques du PNNK et fonctionnent comme zones tampon informelles, cogérées avec la population locale et avec leurs propres éco-gardes.
j) Plan de gestion élaboré en 2000 et sa mise en œuvre
L’Etat partie précise que dans le cadre de l’évaluation/actualisation du plan d’aménagement et de gestion du PNNK et de sa périphérie, une requête a été soumise à l’UICN Dakar. Faute de financement, cette activité a dû être reprogrammée pour 2010. La mission a été informée qu’un projet d’actualisation du plan de gestion est en cours avec l’UICN (le bureau régional a l’accord du Ministre de l’environnement). La mission recommande que le plan de gestion tienne compte des mesures correctives et d’un zonage du bien afin de permettre une priorisation des mesures de surveillance ainsi qu’une participation de la population locale.
Autres points
k) Construction d’ouvrages périphériques (route, barrage) :
La mission a effectué une visite sur le chantier de construction de la route reliant Dakar à Sambailo (Guinée). Celle-ci passe à la lisière ouest du PNNK, en suivant le tracé d’une piste de terre préexistante et de largeur identique. De manière globale, l‘impact sur le PNNK est négligeable et il existe une très bonne collaboration entre la DPN et l’entreprise pour la mitigation de potentiels effets néfastes. La mission apprécie l’existence sur site d’une cellule environnementale pour le suivi des impacts et a constaté que les travaux respectent l’intégrité du parc.
La mission a reçu copie par l’Office pour la mise en valeur du fleuve Gambie (OMVG) de l’étude d’impact environnemental et social (EIES) du barrage de Sambangalou approuvée par l’Etat partie, le bureau régional de l’UICN, le WWF et Wetlands International. Elle a par ailleurs été informée qu’un plan de gestion environnemental et social (PGES) est à l’étude et qu’un panel indépendant (présidé par le bureau régional de l’UICN) sera chargé d’assurer la bonne mise en œuvre des mesures d’atténuation. La mission reste toutefois très inquiète des impacts négatifs potentiels sur le PNNK, tels que la réduction des superficies de forêts-galerie et de rôneraies, la traversée du fleuve par la faune et sur l’alimentation en eau insuffisante des cuvettes d'inondation et des mares. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN recommandent que l’Etat partie étudie la possibilité de renoncer au projet de barrage qui pourrait avoir des effets défavorables importants sur les valeurs du bien et ses conditions d’intégrité.
l) Assèchement des mares et espèces envahissantes :
Consciente du problème et de l’urgence de la situation, la DPN a créé début 2010 un Groupe de travail interministériel dont l’objectif est de faire un état des lieux et de proposer des solutions au problème du manque de points d’eau dans le PNNK. La mission note la création d’un tel Groupe de travail, et attend ses premières conclusions. Les causes de cet assèchement semblent très complexes (changement climatique, activités humaines,…) et des solutions durables sur le long terme devraient être envisagées. La mission estime donc que des mesures urgentes sont nécessaires afin d’arrêter la propagation du phénomène d’envahissement et rendre viables ces mares qui constituent des zones de concentration de biodiversité et des « moteurs » du fonctionnement des écosystèmes.
m) Mise en place d’un partenariat public / privé :
L’’Etat partie indique qu’en 2009 plusieurs réunions présidées par le Ministre de l’environnement se sont tenues en vue de faire avancer ce processus et les conclusions ont été soumises aux plus hautes autorités du pays. Le rapport signale qu’un engagement a été pris par USAID pour appuyer ce projet. La mission a été informée qu’un nouveau Comité de pilotage a été mis en place par le Ministre de l’environnement pour conduire ce processus et est en train d’élaborer un cahier des charges en vue d’un appel d’offres international.
n) Projet de Déclaration rétrospective de valeur universelle exceptionnelle (DRVUE)
Comme demandé par le Comité du patrimoine mondial dans sa décision 31 COM 7B.1, l’Etat partie a soumis un projet de DRVUE au Centre du patrimoine mondial. Ce projet est soumis à l’approbation du Comité du patrimoine mondial dans le document WHC-10/34.COM/8D. Un projet d’état de conservation souhaité révisé pour le retrait de la Liste du patrimoine mondial en péril sera proposé dans le rapport final de la mission qui est en cours de finalisation.
Au vu des conditions sur le terrain et malgré les efforts déployés depuis la mission de 2007 par l’Etat partie pour assurer la sauvegarde du PNNK, notamment dans la lutte anti-braconnage, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que depuis 2007, il y a eu très peu d’évolution sur le terrain et que l’état de conservation du bien est toujours suffisamment préoccupant pour justifier son maintien sur la Liste du patrimoine mondial en péril ; certains attributs de la valeur universelle exceptionnelle, tels que les mares et la biodiversité, sont détériorés mais peuvent être restaurés ; l’intégrité du parc reste fortement menacée par des activités humaines réversibles (entre autres, braconnage, divagation du bétail, et empiètement).
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que le niveau de protection dont bénéficie l’éland de Derby sur le plan national satisfait de facto la mesure corrective demandant la mise en place d’un moratoire. Ils constatent que la tendance à la détérioration de l’état de conservation du bien peut être inversée par une action urgente et massive de la part de l’état partie, avec le soutien indispensable des communautés riveraines et de la communauté internationale. Faute de prendre des mesures correctives de toute urgence, il est probable que la poursuite de la dégradation de la Valeur universelle exceptionnelle du bien aura alors des conséquences catastrophiques et irréversibles sur celui-ci et pourrait entraîner le retrait du bien de la Liste des biens du patrimoine mondial. . En ce sens, une mission de suivi réactif pourra être nécessaire, dès que le recensement des espèces clés de la faune du bien sera disponible, afin de faire le point sur l’état de conservation général du bien et l’avancement de la mise en œuvre des mesures correctives révisées.