Le Ministère de la culture, de la protection des monuments et du sport de Géorgie a remis un rapport sur l'état de conservation du bien, en date du 25 janvier 2008, confirmant, sur une seule page, qu'aucun progrès majeur n'a été accompli depuis la dernière session du Comité du patrimoine mondial.
Une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS s'est déroulée du 2 au 10 juin 2008, elle a visité les "Monuments de Mtskheta" et "la cathédrale de Bagrat et l'ensemble architectural de Ghélati". Cette mission s'est déroulée à l'invitation de l'Etat partie et plus tard que prévu en raison d'événements politiques. Elle a rencontré tous les représentants géorgiens concernés et a abordé les problèmes suivants:
Nouveau cadre légal
La nouvelle Loi géorgienne sur le patrimoine culturel a été votée en juin 2007. Différentes zones de protection ont été définies dans le cadre de cet outil législatif. En accord avec la Loi sur le patrimoine culturel et avec la Loi sur la planification urbaine, les Plans sur les zones protégées et les Plans historico-culturels constituent la base de toute documentation sur la planification urbaine, y compris pour les plans d'occupation des sols et les schémas directeurs.
La mission a évalué les zones de protection nationale de Mtskheta ratifiées par le Décret commun du Ministère de la culture et du Ministère du développement économique "sur la définition des zones de protection du patrimoine culturel de Mtskheta" en date du 27 octobre 2006. Les zones définies et ratifiées au niveau national par ce Décret ne correspondent pas aux limites des zones de protection de Mtskheta et de ses monuments telles qu'inscrites sur la Liste du patrimoine mondial et qui constituent la référence légale dans le cadre de la Convention du patrimoine mondial. Cette situation témoigne de l'absence de référence faite à la Convention du patrimoine mondial, à ses Orientations et aux décisions antérieures du Comité du patrimoine mondial, lors de l'élaboration du Décret.
Actuellement, la principale menace pour le bien est constituée par la distribution ou la vente de terres situées dans la zone protégée du bien, dans le cadre de la privatisation, mais sans que soit mise en place une réglementation légale précise comme cela devrait être fait conformément aux attentes du Comité du patrimoine mondial. De nombreuses propositions soumises par la Municipalité ont été entérinées par le Ministère du développement économique sans aucune prise en compte du dossier de proposition d'inscription soumis par la Géorgie lors de l'inscription du bien.
La mission recommande:
a) de dresser l'inventaire de toutes les terres déjà distribuées dans la zone protégée de Mtskheta et de stopper l'attribution de permis de construire et d'autorisations de travaux dans les zones protégées, telles que définies par le bien du patrimoine mondial ;
b) d'interrompre immédiatement toute distribution, vente ou construction, dans les zones protégées de Mtskheta, telle que définie lors de l'inscription de 1994 ;
c) d'élaborer et de faire ratifier les documents suivants, en conformité avec la Convention du patrimoine mondial, ses Orientations, et les décisions du Comité du patrimoine mondial:
- "le Décret spécial sur la protection des biens du patrimoine mondial en Géorgie", qui définit le statut des biens du patrimoine mondial, les zones de stricte protection des biens du patrimoine mondial et des ses zones tampons, le tout accompagné de toutes les réglementations restrictives nécessaires;
- un document définissant clairement les limites du bien, à soumettre au Centre du patrimoine mondial, et si nécessaire, les propositions de modification, afin de préciser les limites exactes des zones protégées du bien du patrimoine mondial et de ses zones tampons;
- un plan des zones protégées (Plan général historico-culturel), un plan d'occupation des sols (Plan de régulation) et un schéma directeur (Plan général d'urbanisme) de Mtskheta.
La mission recommande aussi la création d'un "Comité gouvernemental du patrimoine mondial" afin de répartir officiellement les responsabilités entre les institutions officielles concernées, tant nationales que locales, et les autorités religieuses tout en assurant une protection légale adaptée et en gérant l'important et exceptionnel patrimoine géorgien.
Plan de gestion
Il n'existe pas de plan de gestion du bien. La mission a remarqué que le concept de plan de gestion est inconnu des autorités, car un tel plan ne correspond à aucun des documents ou des règlementations existantes. Le Programme du patrimoine culturel établi chaque année par le Ministère de la culture est le seul et unique cadre en charge des biens culturels de Géorgie, y compris les biens du patrimoine mondial.
La mission recommande que l'établissement d'un plan de gestion pour les biens du patrimoine mondial en Géorgie soit ajouté, comme action prioritaire, au Programme du patrimoine culturel.
Fonctionnement de la gestion et cadre institutionnel
La gestion, le suivi et l'expertise du bien sont placés sous la responsabilité du Service du patrimoine culturel du Ministère de la culture. Le Comité géorgien du patrimoine mondial, créé en 2006, endosse le rôle de coordinateur des problèmes de patrimoine mondial.
Le grand musée réserve archéologique national de Mtskheta, placé sous la responsabilité du Service du patrimoine culturel du Ministère de la culture agit en tant que gestionnaire local du bien. La mission a cependant remarqué que cette institution ne remplit pas toutes les fonctions liées au statut de gestionnaire d'un bien du patrimoine mondial, car l'étendue de sa mission n'a pas été clairement définie par les autorités.
Une Commission spéciale sur le patrimoine culturel a également été créée par le Patriarche de l'Eglise géorgienne mais ses attributions ne sont jusqu'alors pas très claires. La responsabilité du patrimoine culturel, de la gestion, des zones protégées, des règles d'entretien et de l'usage des bâtiments religieux est définie par la Loi de 2007 sur le patrimoine culturel, et par l'Accord constitutionnel de 2002.
Etat de conservation des principales composantes du bien inscrit
a) Eglise de Jvari
La mission insiste sur les graves problèmes que connaît l'église de Jvari. L'état de conservation global du monument est très mauvais en raison des conditions météorologiques et du changement climatique. Les travaux de conservation de l'église de Jvari devraient commencer au plus vite et bénéficier de l'expertise de spécialistes internationaux en conservation de la pierre, suite à la session de formation organisée par l'ICCROM en 2005.
La mission a remarqué que la nouvelle construction aux alentours de l'église de Jvari avait été interrompue et a recommandé le retrait de ce bâtiment inadapté.
b) Cathédrale Svetitskhoveli
La mission a examiné les problèmes de structures de la cathédrale Svetitskhoveli causés par de nombreux facteurs ayant des conséquences sur le bien. La mission a remarqué qu'aucun progrès n'a été accompli dans l'amélioration du suivi des structures de la cathédrale. La mission recommande la mise en place d'un suivi global de la stabilité de la structure de la cathédrale et que des actions de conservation soient mises en œuvre sur les importantes fresques, datant de plusieurs époques, à l'intérieur de la cathédrale.
c) Monastère de Samtavro
Les autorités ont fait état de l'achèvement des travaux de stabilisation entre 2002 et 2003. Les vestiges archéologiques découverts lors des travaux de réparation ont été recouverts par le nouveau sol. La structure du beffroi associé au monastère, à l'extérieur de l'église, qui présentait un danger d'effondrement a été renforcée.
Aux alentours de l'église, de nouvelles cellules de moine ont été construites mais elles n'affectent pas l'intégrité fonctionnelle du bien. Prenant en compte le besoin de poursuivre les recherches scientifiques dans le secteur, les terrains autour des murs devraient cependant être réservés pour que s'y déroulent des fouilles archéologiques et des recherches.
En outre, la mission a pris note de sérieux dégâts sur l’ensemble des sites archéologique qui a été complètement abandonné par les autorités. Aucune action de conservation, de protection ou de promotion ne s'y déroule, et rien n'est prévu dans le futur. La mission confirme que cette part du bien du patrimoine mondial a perdu son authenticité à cause du vandalisme et de l'absence de gestion.
Dans l'ensemble, le Centre du patrimoine mondial et l'ICOMOS demeurent très préoccupés par l'ampleur des problèmes décrits, et ce, malgré les efforts accomplis par l'Etat partie dans la préparation de bases techniques et légales afin de résoudre ces problèmes, efforts dont la mission a pris note.