Le rapport de l'État partie du Panama a été reçu par le Centre du patrimoine mondial le 20 février 2008. Ce rapport, réponse à la pétition établie par le Projet international juridique environnemental de 2007, demandant l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril, et reçue par le Centre du patrimoine mondial, a été rédigé comme une réfutation point par point des déclarations de la pétition. L'État partie du Costa Rica a également soumis un rapport sur l'état de conservation du bien à l'équipe de mission, abordant les problèmes soulevés dans la précédente décision du Comité du patrimoine mondial et faisant état des progrès accomplis à l'égard des recommandations du rapport binational de 2004 sur la gestion du bien. Les deux rapports étaient rédigés en espagnol, ce qui a limité leur accessibilité aux parties prenantes de la Convention.
Les États parties ont convié une mission conjointe Centre du patrimoine mondial / IUCN à visiter le bien, mission qui a eu lieu en février 2008. Le rapport de mission dans son intégralité peut être consulté en ligne à l'adresse suivante : http://whc.unesco.org/archive/2008. Les problèmes et recommandations suivants sont issus du rapport de mission et du rapport d'analyse de l'État partie :
a) Barrages hydroélectriques et infrastructures afférentes
Deux projets de barrages hydroélectriques au Panama ont été approuvés – un grand barrage sur la rivière Changuinola, qui est déjà en construction, et un barrage plus petit sur la rivière Bonyic, encore au stade de planification. Aucune partie de ces barrages, de leurs réservoirs respectifs ni des infrastructures de construction ne sera située dans le périmètre du bien.
Les deux barrages en question créeront des barrières insurmontables pour la migration de sept espèces aquatiques non endémiques migratrices (notamment une espèce d'anguilles et des espèces de gobies et de crevettes) entraînant leur disparition locale dans un nombre important de cours d'eau qui prennent leur source dans le périmètre du bien, avec des conséquences possibles sur les réserves alimentaires pour les espèces qui, au sein du bien, se nourrissent de cette vie aquatique.
Les barrages entraîneront le déplacement de cinq communautés indigènes (soit près de 1 000 personnes) du Ngobe et Naso. Des efforts sont actuellement déployés pour proposer de nouvelles habitations (à l'extérieur du bien) à ces personnes, bien qu'une résistance active ait été observée parmi un pourcentage non précisé de membres de ces communautés et ait été à l'origine de plusieurs manifestations, sur le site de construction, qui ont fait parler d'elles. Des inquiétudes ont été formulées quant à la volonté de certains membres de se réinstaller plus près du bien, voire dans ses limites.
L'équipe de mission a observé que la topographie et l'hydrologie de la région pouvaient accepter la construction d'un autre barrage. Bien que cette éventualité ait été mentionnée par les autorités du Panama, aucun projet définitif n'est pour l'instant envisagé.
Divers autres projets d'infrastructure et de développement, tels que routes et couloirs de service, sont réalisés ou envisagés dans les secteurs situés entre la littoral caribéen et le littoral pacifique, et le bien. Ces projets peuvent représenter une menace pour la connectivité écologique de l'écosystème dans son ensemble, notamment à la lumière des conséquences du changement climatique prévues pour la région.
b) Élevage bovin extensif
L'élevage bovin extensif est fréquent dans certaines parties du bien, notamment au Panama, que les éleveurs doivent traverser avec leur bétail, au-delà de la ligne de partage des eaux (Continental Divide), pour atteindre les marchés. Ce faisant, les éleveurs semblent avoir créé un nombre croissant de pâturages au sein du bien, visibles par images satellite, dans l'objectif d'engraisser les bêtes avant de les présenter sur les marchés. Plusieurs milliers d'hectares à l'intérieur du bien (au Panama et dans une moindre mesure au Costa Rica) sont déjà des terrains appartenant à des propriétaires privés utilisés pour l'élevage bovin.
c) Pêche commerciale illégale, pollution
La mission a reçu des rapports faisant état d'un déclin de l'abondance des espèces aquatiques migratrices dans la rivière Changuinola, d'aucuns expliquant cet état par les activités de pêche commerciale illégales pratiquées dans le cours inférieur de la rivière, par la pollution dans le delta de la rivière, due à l'utilisation de fertilisants et de pesticides dans les plantations de bananes environnantes ainsi que par le manque d'installations de traitement des eaux usées dans les communautés voisines.
d) Empiètement et braconnage
Un survol du bien a révélé un empiètement actuel manifeste de ses limites par des groupes épars de populations indigènes du côté caribéen (Costa Rica), où des préoccupations ont été exprimées quant à la faible abondance d'espèces vertébrées en raison d'un braconnage intensif.
e) Gestion
La présence et l'efficacité de l'autorité de gestion dans les deux États parties au sein du bien sont faibles et ne semblent pas refléter les besoins réels de gestion, étant donné notamment les capacités de l'un et l'autre États parties à se doter en personnel technique et à maintenir leurs activités dans leurs réseaux d'aires protégées.
Il a plusieurs fois été dit, par des particuliers, que le suivi des dénonciations des infractions environnementales était faible, réduisant les chances que de tels événements soient rapportés (Panama).
Des structures de coordination transfrontalière sont en place et ont reçu un fort soutien politique. Elles sont cependant limitées à l'échange d'informations entre responsables gouvernementaux et dépendent largement du financement de donateurs extérieurs. Bien que le bien soit le cœur d'une réserve de biosphère de l'UNESCO, rien ne prouve l'existence d'un comité de réserve de biosphère fonctionnel, pouvant servir de cadre et d'instrument pour une implication binationale de toutes les parties prenantes dans les problèmes de gestion. Grâce essentiellement à des fonds extrabudgétaires, notamment du Nature Conservancy et du Fonds pour l'environnement mondial (GEF), des projets sont en préparation pour renforcer la coopération transfrontalière du côté caribéen, mais il semble être encore largement possible d'en améliorer l'efficacité de base et d'y inclure les acteurs de terrain.
L'État partie du Costa Rica a signalé une série d'initiatives récentes destinées à consolider et renforcer la gestion du bien situé dans ses limites nationales, avec le soutien financier d'ONG, de fondations et d'organismes financiers multilatéraux.
Des plans de gestion sont en place et mis en œuvre dans les deux États parties, même s'il y a peu de coordination binationale dans leur élaboration.
À la suite de la mission, une série de recommandations classées par ordre de priorité a été faite et reportée ci-dessous dans le projet de décision.