Le 1er mars 2011, un rapport sur l’état de conservation du bien a été soumis par l’État partie du Costa Rica. Ce rapport fournit une vue d’ensemble détaillée des progrès accomplis dans la mise en œuvre des recommandations du Comité du patrimoine mondial adoptées à ses 32e session (Québec, 2008), 33e session (Séville, 2009) et 34e session (Brasilia, 2010). Le 18 février 2011, l’État partie du Panama a soumis un exemplaire du projet de réglementation concernant le fonctionnement de l’Unité technique exécutive binationale chargée du fonctionnement du Parc international La Amistad (UTEB-PILA). Il n’a pas soumis de rapport sur l’état de conservation du bien comme demandé par le Comité à sa 34e session et l’on dispose donc de peu d’informations sur l’avancement réalisé dans la mise en œuvre des recommandations du Comité du patrimoine mondial concernant la partie panaméenne du bien.
a) Barrages hydroélectriques et exploitation minière
L’État partie du Costa Rica signale plusieurs projets potentiels de barrages hydroélectriques identifiés dans le périmètre de la partie costaricaine du bien, et le fait que la décision éventuelle de ces constructions dépend du résultat de débats en cours sur une loi concernant la production d’énergie électrique. Il note également qu’une récente demande publique a été adressée aux autorités nationales pour interdire tous nouveaux travaux d’exploitation minière dans le pays. Il ajoute cependant que des personnes intéressées par l’exploitation des ressources minérales du bien en ont récemment visité la zone tampon. L’UICN a reçu des rapports signalant la construction illégale d’un héliport à des fins d’exploitation minière à l’intérieur d’une concession minière de 20 km2 prévue et située entièrement dans la Réserve autochtone Bribri de Talamanca, adjacente au bien. Selon ces rapports, les Bribris sont opposés aux barrages et à l’exploitation minière sur leur territoire.
L’État partie du Costa Rica indique que les autorités nationales chargées de l’environnement au Costa Rica et au Panama, en collaboration avec la Banque interaméricaine de développement, sélectionnent actuellement l’équipe de consultation qui va réaliser l’Étude environnementale stratégique (EES) demandée par le Comité à sa 34e session (Brasilia, 2010). L’objectif est de définir les solutions les moins nuisibles pour l’environnement permettant de répondre aux besoins de gestion de l’énergie et de l’eau. L’État partie de Costa Rica informe qu’il va soumettre un exemplaire du rapport final de l’EES au Centre du patrimoine mondial dès son achèvement, prévu quatre mois après le début du travail. Il ne fournit pas d’autres informations sur l’analyse détaillée de tous les projets d’aménagements dans le bien (notamment les barrages, l’exploitation minière et l’exploitation forestière), comme l’a demandé le Comité du patrimoine mondial à sa 33e session (Séville, 2009). Il note cependant que l’équipe de consultation sur l’EES va réaliser une grande partie du travail requis, et que le gouvernement costaricain cherche toujours un financement pour effectuer les études restantes.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN rappellent que le Comité du patrimoine mondial, à sa 34e session (Brasilia, 2010), a demandé à l’État partie du Panama de cesser toutes constructions de barrages jusqu’à l’entreprise d’une EES transfrontalière détaillée. L’UICN a reçu des rapports complets d’une Organization Non Gouvernementale signalant que la construction en cours de barrages sur les rivières Changuinola (CHAN-75) et Bonyic, et qu’aucune mesure palliative n’est mise en œuvre pour s’assurer que cela n’affecte pas les itinéraires de migration de diverses espèces de poissons et de crevettes. On peut craindre la survenue rapide d’une situation où la perte de 16 espèces migratrices de poissons et de crevettes deviendrait irréversible, avec des impacts potentiels sur la valeur universelle exceptionnelle du bien. Un communiqué de presse du Centre pour la diversité biologique et de la Clinique des droits de l’homme de l’École de Droit de Harvard, daté du 21 avril 2011, précise que la société AES Corporation qui construit les barrages CHAN-75, CHAN-140 et CHAN-220, n’a pas dédommagé toutes les victimes de l’inondation ni reconstruit d’établissement communautaire, et qu’elle compte entamer le processus d’inondation sans sauver ni transférer ailleurs la flore et la faune, en contrevenant directement à la législation panaméenne sur l’environnement.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que les projets en cours et potentiels concernant l’énergie hydroélectrique et l’exploitation minière représentent à la fois un danger potentiel et avéré pour la Valeur universelle exceptionnelle du bien, conformément au paragraphe 180 des Orientations, précisant qu’une mission conjointe Centre du patrimoine mondial/UICN a déjà évalué ces projets en 2008.
b) Problèmes de régime foncier et d’occupation du sol
L’État partie du Costa Rica fournit des informations sur la mise en œuvre de la stratégie qu’il a établie en 2009 pour intégrer des terrains privés au bien d’ici 2018. Il indique que des efforts sont en cours pour résoudre le problème actuel de chevauchement entre le Parc international La Amistad (PILA) et des territoires autochtones, pour actualiser les systèmes d’information sur le régime foncier de la plupart des aires protégées costaricaines, et entreprendre un suivi régulier de l’état de la couverture forestière dans des zones où la propriété foncière n’est pas parfaitement claire. Il fait toutefois aussi remarquer que la plupart des actions qui constituent cette stratégie restent à mettre en œuvre, y compris celles concernant l’évaluation des empiétements qui ont lieu dans la partie caribéenne du bien, ainsi que le pacage de bétail dans le bien. Concernant le pacage du bétail dans la partie panaméenne du bien, l’UICN a reçu des rapports d’ONG indiquant que l’État partie n’avait entrepris aucune action concrète à cet égard.
c) Aménagements routiers
L’UICN cite des rapports indiquant que, dans le cadre de son plan gouvernemental quinquennal (2009-2014), l’État partie du Panama a l’intention de construire une route qui traverserait le bien de Boquete à Bocas del Toro, mais qu’il n’existe actuellement ni cartes, ni projets concrets, ni budget pour réaliser ces plans. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent néanmoins que, tant qu’il n’y a pas de déclaration officielle indiquant que cette route ne sera pas construite, la question reste sérieuse et risque d’affecter irrémédiablement l’intégrité du bien. Ils rappellent que le Comité du patrimoine mondial, à sa 34e session (Brasilia, 2010), avait demandé à l’État partie du Panama de soumettre toutes études d’impact environnemental au Centre du patrimoine mondial dès qu’elles seraient prêtes.
d) Autres problèmes de conservation – coordination (bi)nationale, financement à long terme de gardes forestiers du Parc, et suivi écologique
L’État partie du Costa Rica indique qu’à la suite de l’approbation récente du plan de gestion du PILA, il compte créer la structure de coordination et d’aide à la décision proposée dans ce plan, à savoir le Conseil national pour la gestion du PILA, ainsi que les deux Conseils de gestion locale, respectivement caribéen et pacifique. Il précise également qu’un programme commun pour les territoires autochtones et pour les aires protégées est en préparation, ce qui constitue une bonne occasion d’adopter la stratégie du « partage des responsabilités » mentionnée dans le plan de gestion. Les États parties du Costa Rica et du Panama notent que la reconnaissance imminente de l’Unité technique exécutive binationale pour la gestion du PILA (UTEB-PILA) devrait renforcer la coordination de la gestion du bien.
L’État partie du Costa Rica indique que le budget annuel du Réseau national des zones de conservation (SINAC) a augmenté régulièrement ces dernières années, et qu’un projet financé par le Fond environnemental mondial (FEM) pour actualiser la stratégie financière du SINAC pourrait permettre d’améliorer le budget du bien à moyen terme.
L’État partie du Costa Rica signale également qu’un certain nombre d’autochtones sont formés comme guides touristiques, et que certains d’entre eux pourraient faire partie d’équipes permanentes de suivi de la biodiversité, ce qui devrait contribuer à remédier au manque d’information sur le statut de protection de certaines espèces et écosystèmes cibles. Il rappelle aussi que les indicateurs écologiques et les protocoles associés précédemment établis par des organisations partenaires seront révisés dès que le projet de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle sera officiellement adopté par le Comité du patrimoine mondial, pour s’assurer qu’ils prennent en compte des éléments déterminants pour la valeur universelle exceptionnelle du bien.