Le parc national du Simien a été inscrit en vertu des critères (vii) et (x) pour son spectaculaire paysage afro-alpin et ses espèces endémiques menacées. Un déclin répété des populations endémiques de loups et bouquetins d’Abyssinie (Walia ibex) et des activités agricoles et de pâturage en hausse dans 80% du bien ont conduit à son inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril en 1996. La mission de suivi la plus récente, réalisée en 2006, a proposé quatre mesures correctives clés, telles qu’énumérées ci-après, ainsi qu’un certain nombre d’autres recommandations. Bien qu’une mission ait été demandée par le Comité à sa 32e session, il n’a pas été possible de trouver un créneau propice pour sa réalisation et celle-ci a par conséquent dû être repoussée, avec l’accord de l’État partie, après la 33e session du Comité du patrimoine mondial.
Un rapport complet a été reçu de l’État partie le 18 février 2009, contenant des informations sur l’état de la mise en œuvre des mesures correctives et autres recommandations de la mission de 2006.
Le rapport et la lettre font état des informations suivantes concernant la mise en œuvre des mesures correctives :
a) Finaliser l’extension du SMNP pour y inclure les corridors de liaison
Dans son rapport de 2008, l’État partie a confirmé avoir terminé la délimitation sur le terrain de l’extension afin d’inclure les monts Silki Yared – Kiddis Yared et le mont Ras Dejen. Seule persiste la question du transfert du village d’Arkuasiye, un établissement illégal situé dans le corridor reliant le parc national actuel à la zone d’extension. Une demande d’assistance internationale a été approuvée pour soutenir ce transfert en juin 2008. Le rapport de l’État partie signale qu’un comité de pilotage a été instauré à cette fin, présidé par l’administrateur de zone du Gondor du Nord et un groupe de travail incluant notamment des représentants du village. Le groupe de travail a pu élaborer et convenir d’un plan de transfert des habitations vers Cheroleba. Certains transferts de foyers ont commencé et l’État partie espère conclure ce processus d’ici juin.
b) Publier officiellement les nouvelles limites du parc national
Bien que les nouvelles limites du parc aient été définies sur le terrain, elles sont toujours en attente de légalisation par une publication officielle. Le rapport de l’État partie signale qu’un projet de proclamation et documents d’accompagnement ont été préparés en amharique et sont en train d‘être traduits en anglais pour soumission dans l’une et l’autre langues au gouvernement. Le rapport ne donne pas d’indication quant au délai prévu pour légaliser les nouvelles limites.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que lorsque la publication officielle sera faite, l’État partie aurait besoin de soumettre une modification des limites au Comité du patrimoine mondial afin de demander la reconnaissance du parc nouvellement publié par le Comité du patrimoine mondial.
c) Élaborer une stratégie et un plan d’action afin de réduire de façon significative l’impact du pacage du bétail sur la conservation du bien et trouver des fonds pour leur mise en œuvre
La mission de 2006 a considéré que le pâturage incontrôlé était l’une des principales menaces pesant sur la valeur universelle exceptionnelle du bien. Reconnaissant qu’il serait difficile d’y mettre totalement fin, pour le moins à court terme, la mission a recommandé d’élaborer une stratégie afin de mieux gérer le problème et limiter son impact sur la valeur universelle exceptionnelle et d’intégrer cette stratégie dans le nouveau plan de gestion.
Un projet de stratégie répondant à cette recommandation a déjà été soumis au Centre du patrimoine mondial avant la 32e session. Elle incluait le zonage du bien pour établir des zones où le pacage serait exclu, l’introduction de densités de pâturage limites, la réduction du nombre de têtes par l’introduction de techniques d’élevage plus intensives, l’amélioration des services vétérinaires et le renforcement de la collaboration communauté – parc. L’État partie a rapporté que le coût estimé de mise en œuvre de cette stratégie est de 11 millions de dollars EU sur 5 ans, rendant nécessaire la mobilisation de considérables ressources financières supplémentaires. L’État partie n’a fait état d’aucune avancée dans la mise en œuvre de la stratégie à ce stade.
L’État partie a soumis une nouvelle version du projet de plan de gestion pour le bien début 2009. Toutefois, par rapport à un précédent projet de mai 2008, les activités permettant de s’attaquer au problème de pacage ont été supprimées du plan de gestion. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont été informés que cela avait été fait par l’équipe de planification, l’Autorité de conservation de la vie sauvage d’Éthiopie ayant apparemment refusé de les inclure étant donné que, selon la législation nationale, le pacage est interdit dans les parcs nationaux. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN sont préoccupés par cette évolution dans la mesure où le plan ne contient désormais aucune stratégie ni activités pour gérer le problème ou autrement appliquer l’interdiction. Cela pose également la question du statut de la stratégie de pacage. Ce point important devra être abordé lors de la prochaine mission de suivi. Le rapport ne dit pas si le plan de gestion a été approuvé.
d) Élaborer une stratégie et un plan d’action pour soutenir le développement d’autres sources de revenus pour la population vivant au sein du parc et dans son voisinage immédiat et trouver des fonds pour leur mise en œuvre
Comme mentionné dans les précédents rapports, une proposition détaillée et générale pour un projet d’autres sources de revenusa été élaborée avec le soutien financier du Fonds du patrimoine mondial. La proposition a identifié 29 activités professionnelles viables pouvant générer jusqu’à 725 opportunités d’emploi. Toutefois, il est estimé que 8,7 millions de dollars EU sont requis pour sa mise en œuvre, l’État partie signalant à ce propos qu’une assistance internationale en matière de financement est nécessaire.
e) Autres points
Sur la route Bwahit – Dilyibza, il est confirmé dans le rapport de l’État partie que l’évaluation d’impact environnemental pour le tracé de route choisi, qui ne traverse pas la nouvelle extension du parc, est désormais terminée. L’État partie signale que l’étude inclut des recommandations pour limiter les impacts mais ces recommandations ne figurent pas dans le rapport. L’État partie confirme par ailleurs que des mesures pour contrôler la circulation des véhicules sur la route Debark – Mekane, qui traverse le bien, sont en train d’être mises en œuvre. Cela inclut la fermeture de la route de 18 heures à 8 heures, un contrôle aux points d’entrée du parc et des mesures pour contrôler l’érosion du sol. Des projets sont également toujours en cours pour définir un nouveau tracé pour cette route à l’extérieur du bien. Certains districts locaux (woreda) ont commencé les travaux préliminaires mais d’autres ressources financières devront être identifiées pour garantir sa construction.
Le rapport signale également que les populations de Walia ibex et de loups d’Abyssinie continuent de croître et que, par ailleurs, le budget de fonctionnement du parc a également augmenté depuis la mission de 2006. Les revenus dégagés du tourisme ont également augmenté.
Le Centre du patrimoine mondial a été informé que l’État partie avait récemment décidé d’à nouveau transférer la gestion du bien du niveau régional (Autorité pour le développement et la Protection des parcs d’Amhara - PaDPA) au niveau fédéral (Autorité de conservation de la vie sauvage d’Éthiopie). Aucune information n’est donnée à ce sujet dans le rapport. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN signalent que si tel est le cas, il sera important de s’assurer que la dynamique créée pour la conservation du bien depuis qu’il est géré par la PaDPA soit maintenue et que des ressources suffisantes soient obtenues du budget fédéral.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que l’État partie a accompli des progrès dans la mise en œuvre des mesures correctives et autres recommandations de la mission de suivi de 2006. L’extension des limites du parc national est un élément clé pour préserver la valeur universelle exceptionnelle, puisque la majorité des loups et bouquetins d’Abyssinie (Walia ibex) se rencontrent effectivement en dehors des actuelles limites du bien du patrimoine mondial. Il est par conséquent très important de mener à bien ce processus par une publication officielle et de revoir les limites du bien du patrimoine mondial lorsque les limites du parc auront été légalisées. En même temps, les deux principales menaces qui pèsent sur le bien, l’utilisation d’une partie du bien à des fins agricoles et le pacage de bétail, doivent être traitées dans la mesure où elles affectent ses valeurs et son intégrité. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN accueillent favorablement les importantes stratégies qui ont été élaborées pour traiter ces problèmes mais sont préoccupés par le fait que la stratégie de pacage ait été supprimée du plan de gestion. La mission envisagée devra préciser si la stratégie s’applique toujours ou si et quelles autres mesures sont envisagées pour s’attaquer à cette menace clé. Il est par ailleurs essentiel d’identifier les ressources pour mettre en œuvre les stratégies.
L’UICN mentionne également des rapports qu’elle a reçus concernant la construction d’une infrastructure clé dans la région. Tout en accueillant favorablement la disponibilité accrue de routes, écoles et dispensaires pour la population locale, l’UICN recommande à l’État partie de s’assurer que ces installations soient situées à l’extérieur des limites du parc national après extension.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent qu’il a été difficile d’organiser la mission sur le bien en mai 2009 et qu’elle est désormais prévue pour juillet 2009.
Dans le cadre de son rapport en 2008, l’État partie avait également soumis un projet initial de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle révisée. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN proposent que ces projets soient examinés lors de la mission de suivi proposée et présentés pour approbation à la 34e session du Comité du patrimoine mondial. La définition de l’Etat de conservation souhaité en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril et les conclusions de la mission seront importantes pour permettre au Comité du patrimoine mondial d‘envisager, sur une base claire, le retrait éventuel du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril à sa 34e session en 2010.