En janvier 2012 l’État partie a soumis un rapport complet sur l’état de conservation du bien, abordant les mesures correctives adoptées par le Comité à sa 30e session (Vilnius, 2006). Il se concentre essentiellement sur les trois mesures qui n’avaient pas été réalisées au moment de la mission conjointe de suivi réactif UNESCO/UICN d’octobre 2009, et réexamine les progrès réalisés dans d’autres domaines.
Concernant les trois mesures correctives en suspens, l’État partie rapporte les développements suivants :
a) Améliorer la démarcation sur le terrain de l’extension envisagée du bien et finaliser sa publication officielle dans la législation nationale
L’État partie note que la publication officielle des nouvelles limites du bien a été retardée et ce, malgré la réussite de leur redéfinition avec la participation des populations locales. L’État partie signale que la publication officielle a pris du retard par crainte que celle-ci n’entraîne l’obligation de soumettre une nouvelle proposition d’inscription. Il déclare que la publication officielle des nouvelles limites sera bientôt achevée, à condition qu’il ne soit pas demandé de nouvelle proposition d’inscription.
Ainsi qu’il est indiqué dans des rapports précédents, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN saluent les progrès réalisés dans la définition des nouvelles limites mais observent que leur publication officielle a été bloquée en raison d’un malentendu sur le processus de redéfinition des limites du bien du patrimoine mondial. Ils notent que le rapport de l’État partie ne fournit pas d’information sur les améliorations recommandées concernant la démarcation sur le terrain et le géo-référencement de l’extension proposée. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN soulignent que la publication officielle de l’extension dans la législation nationale est nécessaire pour offrir une protection légale adéquate au parc national et devrait être réalisée sans tenir compte des processus du patrimoine mondial. Ils précisent qu’une fois la publication officielle achevée dans la loi nationale, l’État partie devrait envisager de soumettre une proposition de modification de limites du bien du patrimoine mondial. Étant donné la superficie concernée, la modification de limites doit être considérée comme une modification importante, conformément au paragraphe 165 des Orientations. Même si cela signifie que la documentation qui doit être soumise est basée sur les exigences d’un dossier de proposition, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN souhaiteraient préciser que cela ne remet pas en question le statut de patrimoine mondial de la zone. Ils notent aussi qu’à moins que les nouvelles délimitations du parc coïncident avec le bien du patrimoine mondial, des parties importantes de l’aire de répartition du loup d’Abyssinie et de Walia ibex seraient exclues de l’inscription du bien sous le critère (x). Ils encouragent l’État partie à clarifier les exigences concernant les modifications des délimitations avec le Centre du patrimoine mondial. L’UICN note qu’il est prêt à fournir des conseils techniques et à aider l’État partie à identifier un conseiller compétent.
b) Revoir la stratégie de la réduction de la pression du pacage, identifier des éléments pour sa mise en œuvre immédiate dans le cadre de projets et de programmes existants et chercher des soutiens supplémentaires pour la mise en œuvre d’autres actions prioritaires.
Le rapport de l’État partie note que la stratégie de pacage qui a été développée prévoit l’établissement d’un programme de zonage, avec différents niveaux d’accès restreint pour le pacage (zone principale, zone d’utilisation limitée, zone d’utilisation multiple). Toutefois, il note que pour mettre en œuvre les objectifs de la stratégie, une approche coordonnée entre les différents acteurs locaux et la mobilisation de ressources de la communauté internationale seront nécessaires. Il note de plus que l’État partie n’a pas pu achever le plan d’action stratégique pour réduire la pression du pacage en raison de contraintes financières. Le rapport mentionne de plus que l’Autorité éthiopienne de conservation de la faune (EWCA) travaille en collaboration avec le programme de gestion durable des ressources du Nord Gondar financé par l’Autriche et le ministère de l’Agriculture afin de réduire la pression du pacage dans le bien grâce à la production de fourrage dans les fermes, l’introduction de méthodes de gestion de bétail basées sur la stabulation permanente (système de fourrage prêt à couper et à emporter) et l’introduction de races de bétail améliorées. De plus, il note que la surveillance du parc a été intensifiée afin de restreindre le pacage du bétail dans les aires principales de répartition de la faune telles que Chenek, Sankaber et Geech.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN saluent les efforts entrepris pour traiter les problèmes de pacage par l’introduction de techniques d’élevage améliorées. Toutefois, ils insistent sur l’importance d’introduire le zonage prévu dans la stratégie de pacage et rappellent l’état souhaité de conservation en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril (DSOC) adopté dans la Décision 34 COM 7A.9 qui demande l’établissement de zones interdites au pacage couvrant 30% de la superficie du parc, et de zones de production de fourrage prêt à couper et à emporter couvrant une superficie supplémentaire de 20% du parc. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN reconnaissent que des ressources supplémentaires seront nécessaires pour soutenir la mise en œuvre de la stratégie de réduction de la pression du pacage et que cela dépendra du succès de la conférence des bailleurs de fonds qui est retardée depuis 2010 mais dont la tenue est aujourd’hui prévue après la 36e session (voir point e) ci-après).
c) Développer des moyens de subsistance alternatifs pour les habitants actuels du parc afin de permettre une réduction systématique des superficies de cultures illégales et du nombre de résidents dans le parc.
L’État partie signale des progrès continus de la formation professionnelle des jeunes qui a permis à quelques résidents du parc de créer une activité viable dans les villes voisines et de s’installer sur place. Toutefois, un manque de financement a limité la mise en œuvre du programme d’amélioration des moyens de subsistance alternatifs. Selon des rapports reçus par l’UICN, le nombre de bénéficiaires d’un programme de formation de jeunes et autres activités visant à fournir une alternative aux moyens de subsistance a été fortement limité par le faible niveau des financements disponibles. De plus, la relocalisation volontaire réussie des résidents du village de Akwasiye (qui était situé dans un passage sensible pour la faune) en 2008 – 2009 ne s’est pas reproduit ailleurs, là encore essentiellement par manque de financement.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que la réduction de 40% du nombre de foyers vivant dans le bien, qui serait nécessaire pour restaurer l’intégrité écologique à un niveau acceptable pour envisager le retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril, selon les normes établies par le DSOC, n’a pas été atteinte. Ils considèrent que la réalisation de cette mesure corrective dépendra du succès de la conférence des bailleurs de fonds d’octobre 2012.
d) Progrès réalisés dans la mise en œuvre d’autres recommandations identifiées par les missions de suivi antérieures.
L’État partie rapporte que la construction de la route Debark – Sawerea – Beless – Inchet kab – Mekane Berhan est en cours, offrant ainsi une alternative à la route actuelle qui longe le sommet de l’escarpement et traverse une zone sensible pour la faune au milieu du parc. La nouvelle route contournera le parc et éliminera la circulation intense qui le traverse actuellement. L’État partie note aussi qu’un nouveau tracé de la route principale au nord de Debark qui passe par Limalimo pour éviter la nouvelle extension ouest du parc est en discussion.
L’État partie note que dans un effort pour protéger les espèces menacées de Walia ibex et du loup d’Abyssinie d’une possible transmission de la clavelée, de l’acarien de la gale et de la rage, un total de près de 50.000 animaux domestiques ont été vaccinés dans 4 districts en novembre 2011 et une formation a été offerte aux fermiers et aux techniciens vétérinaires sur l’importance et les techniques utilisées en matière de vaccination.
Le rapport de l’État partie indique que le nombre de touristes à augmenté de 50% depuis la mission de 2009, avec une augmentation du revenu correspondante et de l’emploi local dans le secteur des services au tourisme, et que les recettes reversées au gouvernement provenant du prix de l’entrée des visiteurs et des véhicule ont augmenté de 300% sur cette même période.
L’État partie rapporte que la responsabilité de la gestion du parc a été transférée de l’administration régionale à l’EWCA fédéral en 2009 et qu’elle a subi une réorganisation des processus. Il en est résulté une augmentation du nombre des employés du parc ; le recrutement de techniciens ; la formation du personnel ; une augmentation des budgets du parc ; l’introduction de nouvelles structures et pratiques de gestion. La nouvelle autorité du parc est aujourd’hui bien établie et l’augmentation importante des populations des deux espèces emblématiques indique son succès : Walia ibex compte aujourd’hui895 têtes (contre 740 en 2008), le loup d’Abyssinie compte 102 individus (contre 84 en 2009).
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN saluent les progrès rapportés et la mise en œuvre continue des recommandations des missions de suivi précédentes et reconnaît les progrès importants signalés concernant l’amélioration de l’efficacité de la gestion du bien.
e) Conférence des bailleurs de fonds
L’État partie informe qu’il a réuni un groupe de travail constitués de représentants du gouvernement et d’autres organisations non gouvernementales en août 2011 afin de planifier, d’organiser et de convoquer la conférence des bailleurs de fonds. Selon les derniers échanges avec l’État partie, la conférence est en principe prévue pour octobre 2012 et, à la suite d’une demande d’assistance internationale, le Centre du patrimoine mondial a décidé d’attribuer un montant de 20.000 dollars EU au titre de la ligne budgétaire 2012 du Fonds du patrimoine mondial pour les sites inscrits sur la Liste du patrimoine mondial en péril. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent qu’une issue positive de la conférence est essentielle pour résoudre les problèmes en suspens des moyens de subsistance alternatifs et de la réduction de la pression du pacage.