Le 28 avril 2010, l'Etat partie a présenté un bref rapport sur l'état de conservation du bien. Ce rapport fournit une mise à jour sur la mise en œuvre des mesures correctives. Du 12 au 14 octobre 2009, une mission conjointe de suivi réactif UNESCO / UICN a visité le bien. Cette mission a constaté que des progrès significatifs ont été accomplis dans la mise en œuvre des mesures correctives adoptées par le Comité à sa 30e session (Vilnius, 2006). Le rapport de mission est disponible en ligne à l'adresse suivante: http:/whc.unesco.org/fr/sessions/34COM/.
La mission a évalué les progrès accomplis par l'État partie dans l'application des mesures correctives établies par le Comité à sa 30e session en 2006 :
a) Finaliser l'extension du Parc national des montagnes du Simien (SMNP) pour inclure les monts Yared Silki - Kiddis Yared et le mont Ras Dejen avec les couloirs qui les relient
La superficie du parc a été élargie, passant d'environ 136 km² à 400 km² avec l'inclusion de quatre nouveaux secteurs reliés par des couloirs d'habitat. Les nouveaux secteurs sont tous libres d'installations et de cultures et les frontières ont été négociées et convenues avec les communautés locales. Les zones d'extension comprennent certains des meilleurs habitats pour le Walia ibex et le loup d'Abyssinie, et contribueront de manière significative à la conservation de ces deux espèces endémiques extrêmement menacées, ainsi qu'à celle d'autres espèces sauvages.
Un élément essentiel de cette extension a été la réinstallation volontaire d'environ 165 familles du village d'Arkwasiye qui se trouvait dans un corridor de faune essentiel reliant le parc d'origine à l'extension des monts Silki - Kiddis Yared au nord-est. Le déplacement de ces familles a été partiellement financé (environ 15% du budget total) par le Fonds du patrimoine mondial et a créé la possibilité pour la faune de se disperser entre ces deux blocs d'habitats principaux, tout en améliorant les moyens de subsistance des personnes qui ont été déplacées.
La mission estime que cette mesure corrective est pleinement mise en œuvre.
b) Publier officiellement les nouvelles limites du parc, incluant les extensions de Lemalimo, Mesarerya, des monts Yared Silki - Kiddis Yared et le mont Ras Dejen, ainsi que le réalignement de la frontière pour exclure certains villages
Les limites du parc élargi ont été tracées après des consultations exhaustives avec les communautés locales dans chaque zone. Les villages au pied de l'escarpement ont été exclus de la zone du parc. La localisation précise des points le long de la ligne de démarcation convenue a été enregistrée par le système de positionnement géographique (GPS), et les points stratégiques (par exemple, là où la limite passe à côté de parcelles cultivées, de fermes, etc) ont été marqués à la peinture rouge sur les rochers saillant naturellement. En outre, 300 balises en béton ont été installées tout autour de la zone élargie du parc. Cependant, la démarcation de la frontière n'est pas claire et, dans certains cas, pas visible. Par conséquent, la poursuite des travaux sur la démarcation physique de la frontière est donc nécessaire. En plus de la démarcation physique, un projet de publication officielle a été préparé par l'Autorité de développement et de protection des parcs de l'Etat d'Amhara (PaDPA), avant le récent transfert de responsabilités à l'Autorité éthiopienne de conservation de la faune (EWCA).
En ce qui concerne l'inscription juridique du parc élargi au Journal officiel, la mission a noté que l'EWCA s'inquiète du fait que la publication officielle d'une nouvelle limite dans la législation nationale peut nécessiter la préparation d'un dossier de proposition d'inscription au patrimoine mondial complètement nouveau. Cette préoccupation a été alimentée en partie par l'opinion exprimée dans le précédent rapport de la mission de suivi UNESCO/UICN de 2006, qui a déclaré que «Cela nécessitera une nouvelle proposition d'inscription du bien car cela constituera un changement de limite important. » La mission a demandé des précisions à ce sujet au Centre du patrimoine mondial et conclut que :
(a) aux termes des Orientations, l'extension proposée exigerait qu'une nouvelle proposition d'inscription soit préparée, incluant une mission d'évaluation ;
(b) la documentation ne doit pas être aussi abondante que s'il s'agissait d'une proposition d'inscription pour un nouveau bien, car potentiellement les valeurs pour lesquelles le bien actuel a été inscrit resteront les mêmes. Toutefois, il serait essentiel de mettre à jour et d'examiner la documentation existante sur le bien ;
(c) la "nouvelle proposition d'inscription" requise devrait inclure une carte détaillée de la nouvelle frontière, et se concentrer sur la manière dont l'extension et la modification des limites renforceront la valeur universelle exceptionnelle du bien inscrit ;
(d) l'État partie peut demander une assistance internationale au Fonds du patrimoine mondial pour obtenir l'appui de consultants pour préparer la documentation nécessaire. L'UICN est également disposée à fournir des conseils techniques et identifier des experts pour aider l'Etat partie à répondre aux exigences d'une nouvelle proposition d'inscription.
La mission considère qu'il ne devrait pas être permis que la préoccupation relative au statut de patrimoine mondial retarde l'indispensable publication officielle de l'extension dans la législation nationale, qui relève d'une question distincte. En outre, la mission est d'avis que si le nouveau tracé des limites du parc ne coïncide pas avec le bien du patrimoine mondial, la situation serait la suivante : (a) certains villages ont été exclus du parc, mais restent dans le bien inscrit ; et (b) des parties importantes du territoire du Walia ibex et du loup d'Abyssinie sont exclus du bien inscrit, alors qu'elles sont des espèces emblématiques justifiant l'inscription du bien au titre du critère (x).
En résumé, la mission estime que des travaux supplémentaires sont nécessaires, tant en termes de démarcation physique sur le terrain que de processus juridique, pour satisfaire pleinement aux exigences de la mesure corrective (b).
c) Élaborer une stratégie et un plan d'action, dans le cadre de la révision du plan de gestion prévu, afin de réduire de façon significative l'impact du pacage du bétail sur la conservation du bien, en créant des zones interdites au pacage et des zones de pacage limité basées sur des critères environnementaux, et en mettant en place un régime de gestion strict dans les zones où le pacage sera encore toléré à court et moyen termes, et trouver des fonds pour leur mise en œuvre
Un document sur la « Stratégie de réduction de la pression du pacage(GPRSD) » a été préparé (juillet 2007) par des consultants sous contrat avec la PaDPA. Ce document identifie une série d'interventions visant un zonage du parc selon les différents degrés de pacage, limitant les droits de pacage, réduisant le nombre d'animaux, améliorant la santé animale et engageant les collectivités locales. L'intervention sur cinq ans devrait coûter environ 110 millions de Birr (environ 9 millions de dollars EU).
Certaines interventions ont déjà été effectuées pour réduire la pression du pacage, avec le soutien financier de l'actuel Programme de gestion durable des ressources financé par l'Autriche ; elles constituent des signes encourageants prouvant que des progrès peuvent être accomplis. Toutefois, il est clair que le pacageintensif du bétail reste le problème le plus important et le plus tenace affectant l'intégrité écologique du bien. Selon la loi des parcs nationaux, le pacagedans les parcs nationaux est illégal, et les autorités ne veulent pas le "légitimer" en lui donnant de l'importance dans le plan officiel de gestion, préférant développer une stratégie globale de réduction du pacagecomme une question distincte. La mission n'accepte pas ce raisonnement excluant la stratégie du pacagedu plan de gestion, quand il s'agit clairement d'une question aussi cruciale, et en particulier lorsque tout un chapitre du plan de gestion est consacré au "programme de gestion des installations" (une autre activité illégale dans le parc). Malheureusement, le document sur la "Stratégie de réduction de la pression du pacage" comporte également un certain nombre de lacunes ; il y manque des objectifs spécifiques vérifiables de réduction du pacage, ainsi que des cartes des zones qui pourraient être considérés comme des zones de "pacage interdit" ou de "pacagelimité". En outre, rien n'indique que des efforts ont été faits pour présenter la "stratégie de réduction du pacage" à des donateurs potentiels, et il est douteux (compte tenu de l'accent mis au niveau national sur la sécurité alimentaire) qu'aucun donateur puisse être trouvé pour soutenir dans sa totalité une stratégie si coûteuse , telle qu'elle est actuellement documentée.
La mission conclut donc qu'il reste encore beaucoup à faire pour satisfaire à l'exigence de la mesure corrective (c).
d) Mettre au point une stratégie et un plan d'action, dans le cadre de la révision du plan de gestion afin de soutenir le développement de moyens de subsistance alternatifs pour les personnes vivant à l'intérieur et aux abords immédiats du parc, de manière à limiter leur impact à moyen terme sur les ressources naturelles du bien, et assurer le financement pour leur mise en œuvre
Un document de stratégie sur les moyens de subsistance alternatifs a été préparé par un consultant international financé par le Centre du patrimoine mondial. Il identifie 29 entreprises privées différentes et coopératives à travers lesquelles 586 familles vivant actuellement dans le parc peuvent trouver d'autres moyens de subsistance durables et quitter le parc. La mise en œuvre de la stratégie prendrait cinq ans pour un coût d'environ 8,7 millions de dollars EU. Le financement n'est pas encore assuré, et aucun progrès significatif n'a été accompli pour trouver des moyens de subsistance alternatifs pour ceux qui continuent de résider à l'intérieur du parc.
Comme avec la stratégie de réduction des pâturages, l'équipe de la mission a des doutes importants sur la possibilité de lever 8,7 millions de dollars EU parmi les donateurs pour financer la stratégie sur les moyens de subsistance alternatifs dans sa forme actuelle ; une approche plus pragmatique pourrait consister à mettre en œuvre des éléments de celle-ci lorsque l'occasion se présente. La présente proposition implique un investissement de 15.000 dollars EU par ménage / emploi créé, ce qui peut se révéler prohibitif. Le déplacement d'Arkwasiye a impliqué plusieurs bailleurs de fonds (notamment l'UNESCO, la Coopération autrichienne pour le développement et la Francfort Zoological Society-FZS), avec la majorité des fonds (68%) fournis par le gouvernement régional d'Amhara. Dans ce cas de figure, 165 familles ont été déplacées avec succès pour un coût total de 194.000 dollars EU, ou 1.175 dollars EU par famille. Une approche similaire peut s'avérer nécessaire ailleurs.
La mission conclut que quoiqu'une stratégie sur les moyens de subsistance alternatifs ait été préparée, il n'y a aucune indication quant au financement pour la mettre en œuvre, et des travaux supplémentaires sont requis pour satisfaire aux exigences de la mesure corrective (d).
La mission conclut que malgré les progrès réalisés, beaucoup de travail reste à faire pour réduire les menaces qui ont conduit à l'inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril. La mission a été confortée par le déplacement volontaire mené récemment avec succès de 165 familles du village d'Arkwasiye, car cela crée un précédent pour des exercices similaires à l'avenir. Les membres des autres communautés du parc, y compris notamment le village de Gich (qui se trouve au cœur même du parc), seraient prêts à déménager volontairement s'ils sont dédommagés de la même manière et réinstallés dans le même district. Il y a eu une forte croissance du nombre de touristes et des recettes, soutenue par l'achèvement d'un lodge haut de gamme en 2006 et de nouveaux hôtels à Debark. Le nombre de visiteurs a presque doublé depuis 2006 (de 6.019 à 11.648), et a été multiplié par dix depuis que le bien a été inscrit comme étant en péril. Les avantages directs du tourisme pour les communautés locales ont beaucoup contribué à améliorer les comportements vis-à-vis du parc, et à faire accepter les mesures de conservation nécessaires.
La mission a également noté que les statistiques du recensement de la faune indiquent que les populations du très menacé et endémique Walia ibex et du loup d'Abyssinie ont continué d'augmenter et sont maintenant environ le double de ce qu'elles étaient lorsque le bien a été classé comme étant en péril en 1996. Un plan de gestion global sur 10 ans a également été réalisé avec l'assistance financière du Fonds du patrimoine mondial. La mission note également la décision prise de faire passer le tracé de la nouvelle route de Dilyibza par Chiroleba, évitant ainsi l'important "couloir de faune d'Arkwasiye", ainsi que l'avait recommandé la mission de 2006
La mission a effectué un examen initial du projet de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle présenté par l'Etat partie. Il a été suivi par un examen plus approfondi entrepris par l'UICN, qui a été accepté par l'Etat partie et sera présenté au Comité du patrimoine mondial à sa 34e session.
Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN reconnaissent les efforts considérables entrepris afin de rétablir la valeur universelle exceptionnelle du bien et les progrès réalisés dans la mise en œuvre des mesures correctives. Cependant, ils notent que deux des principales menaces pour les valeurs et l'intégrité, à savoir la pression du pacage intensif dans le bien et le rôle important des empiètements agricoles, n'ont pas encore été traitées. Ils reconnaissent le travail entrepris pour élaborer des stratégies pour contrer ces menaces, mais s'inquiètent du fait que jusqu'à présent aucun financement n'a été obtenu pour les mettre en œuvre. Ils soutiennent donc la recommandation de la mission, à savoir que le bien doit rester sur la Liste du patrimoine mondial en péril et que l'État partie devrait continuer à mettre en œuvre les trois mesures correctives qui n'ont pas été finalisées. La mission a formulé des recommandations précises sur le travail qui reste à faire et en a discuté avec l'État partie.
La mission a réitéré la recommandation du Comité du patrimoine mondial que l'Etat partie organise d'urgence une conférence des donateurs afin d'obtenir le financement nécessaire à la mise en œuvre des stratégies de pacage et des moyens de subsistance alternatifs, qui sont essentiels pour satisfaire aux conditions énoncées dans les mesures correctives. En réponse à cette proposition, un financement a été offert à l'Etat partie par le Fonds du patrimoine mondial en décembre 2009. La conférence des donateurs a été initialement programmée pour février 2010, mais a été reportée par l'État partie afin d'assurer la participation des principaux bailleurs de fonds. Le Centre du patrimoine mondial est toujours en attente d'une nouvelle proposition de date pour la conférence. Si une conférence de donateurs est organisée en 2010 et est couronnée de succès, et si la publication officielle des limites peut être incluse dans le programme législatif pour la prochaine session parlementaire, l'équipe de la mission estime qu'une mission de suivi pourrait être entreprise avant la 35e session du Comité du patrimoine mondial, permettant ainsi au bien d'être retiré de la Liste du patrimoine mondial en péril à ce moment-là.
Afin d'améliorer encore les possibilités de retrait du bien de la Liste en péril dans les meilleurs délais, la mission a proposé des objectifs précis pour un état de conservation souhaité pour le retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril, qui pourraient être atteints sans le plein l'appui des donateurs aux stratégies actuelles fondées sur des projets pour réduire les menaces. Ils sont détaillés dans le rapport de mission. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN estiment que ces objectifs devraient être atteints avant que le bien puisse être retiré de la Liste du patrimoine mondial en péril.