La principale menace qui pèse sur la valeur universelle exceptionnelle de ce bien vient de la rupture de son isolement écologique en raison d’une augmentation de la population insulaire. L’augmentation consécutive du transport de marchandises et de personnes entre le continent et les îles ainsi qu’entre les îles a ouvert de multiples voies à l’introduction d’espèces allogènes, qui délogent les espèces indigènes et endémiques des Galápagos et/ou les chassent. Les autres menaces sont liées aux pressions excessives sur les réserves halieutiques au sein de la réserve marine des Galápagos (RMG), l’absence de contrôle de la pêche entraînant un sévère déclin des espèces commerciales clés. Une instabilité institutionnelle grandissante a accentué l’érosion de l’intégrité du bien, les agences gouvernementales ne pouvant plus accomplir leurs mandats en matière de conservation. Ces conditions ont conduit à l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril en 2007, après une demande de l’État partie.
Le 13 février 2009, le Centre du patrimoine mondial a reçu un conséquent rapport sur l’état de conservation pour ce bien. Il décrit les principales actions mises en œuvre en 2008 pour appliquer les mesures correctives adoptées par le Comité du patrimoine mondial, fournissant des informations quantitatives sur les tendances pour divers indicateurs.
En fonction des informations communiquées dans le rapport de l’État partie et d’autres données collectées, les progrès suivants concernant la mise en œuvre des mesures correctives ont été notés :
a) Diminuer le nombre de points d'accès aux Îles Galápagos, par voies aérienne et maritime, afin de réduire les risques d'introduction de nouvelles espèces envahissantes
De modestes améliorations ont été réalisées mais un nombre important de problèmes subsiste. Le nombre total de points de départ depuis le continent et de points d’accès aux îles a été réduit à 13, bien que cela soit très loin du point d’accès aérien et maritime central aux Galápagos recommandé par la mission Centre du patrimoine mondial/UICN de 2006. Une réduction du nombre de points d’accès permettrait de concentrer les investissements en inspection phytosanitaire moderne nécessaire et en infrastructure de contrôle (installations portuaires, entreposage de produits frais, fumigation, contrôle des bagages, contrôle des avions, etc.)
b) Optimiser les ressources accordées aux différentes agences en charge de la conservation des Galápagos
La régularisation de 154 employés du PNG a été signalée tout comme l’obtention de l’objectif de capitalisation de 15 millions de dollars EU du fonds en dépôt pour les espèces introduites. En 2008, le PNG a reçu une dotation de 5,04 millions de dollars EU, tandis que 630 000 dollars EU supplémentaires ont été alloués pour la gestion de la RMG à partir des droits d’entrée du parc. De plus, une compensation de 3 millions de dollars EU pour les dommages écologiques causés par le déversement de carburant du pétrolier Jessica en 2001 a été obtenue et sera investie dans des activités de gestion et de conservation clés au sein du PNG et de la RMG. Le SESA manque de manière chronique de fonds et de personnel. Le rapport de l’État partie ne mentionne aucunement la création d’un système de récupération des coûts pour les services du SESA, comme recommandé dans le rapport de mission Centre du patrimoine mondial / UICN de 2006.
c) Renforcer le processus de sélection pour les plus hauts postes de l'INGALA et du SESA
Aucun effort en ce sens n’est mentionné.
d) Réduire de façon importante le nombre d'immigrants illégaux sur les Îles Galápagos
Des efforts considérables ont été faits pour systématiser la traçabilité des résidants permanents et temporaires ainsi que des touristes grâce à l’usage de cartes de transit informatisées. Ce système a déjà fait la preuve de son efficacité, ayant conduit à l’identification et au rapatriement de plusieurs centaines de personnes. S’il est appliqué de manière efficace et s’il est strictement respecté, ce système pourra aider à contrôler la présence de personnes non autorisées sur les îles. Plus de 5 000 personnes ont bénéficié d’un statut de “résidant temporaire” en 2007-2008. Ce statut est généralement accordé aux personnes qui entrent aux Galápagos pour répondre à un manque de main-d’œuvre. Par exemple, sur 1 980 propositions d’emploi publiées aux Galápagos en 2008, seules 150 ont été assumées par des résidants permanents (13%).
e) Réglementer les activités de pêche de loisir
Des progrès ont été signalés concernant le système de concessions mis en place pour la pêche de loisir mais il est trop tôt pour en évaluer l’efficacité.
f) Contrôler le nombre de touristes venant aux Galápagos
Le rapport de l’État partie signale qu’en 2008, 173 420 personnes sont entrées aux Galápagos, ce qui représente une augmentation de près de 100% depuis 2003. Seuls 52% ont pris part à une croisière, indiquant une croissance très rapide des séjours hors croisière (qui ne sont pas toujours en rapport avec le tourisme – visites familiales, courts séjours professionnels). Les séjours terrestres sont en progression en raison de la promotion de voyages organisés terrestres (hors croisières) relativement bon marché qui ne se concentrent pas nécessairement sur les atouts caractéristiques habituels des Galápagos. Bien que le nombre de touristes de croisière ait augmenté de 36% ces 5 dernières années (qui s’explique par des taux d’occupation plus élevés, des croisières plus courtes et un renouvellement plus important de la clientèle, la capacité totale d’accueil en croisière n’ayant pas augmenté de manière significative), les séjours en hôtel ont progressé de plus de 450%. Le nombre de chambres d’hôtel disponibles aux Galápagos a augmenté de 12% ces douze derniers mois, selon l’office du tourisme national des Galápagos.
g) Appliquer les réglementations en matière d’inspection et fumigation des avions
Cet objectif semble avoir largement été atteint, selon le rapport de l’État partie qui fournit des données quantitatives sur la mise en œuvre des activités phytosanitaires, à savoir i) la réalisation de 8 831 inspections dans des avions et bateaux ; ii) l’inspection de marchandises à bord de 1 159 vols interinsulaires.
h) Appliquer des mesures de quarantaine et de protection phytosanitaire aux bateaux de croisière et aux cargos
L’État partie signale que les avions et les bateaux sont pulvérisés d’insecticides et que les taux d’inspection sont en hausse. Une obligation stricte de tenir des registres a été mise en place à cet égard. Les installations portuaires ne satisfont toutefois pas encore pleinement les protocoles phytosanitaires à Guayaquil. Le projet du SESA pour ces installations est une première étape mais, tant qu’elles existent, un important point d’entrée sous contrôle peu efficace reste ouvert pour les espèces allogènes à Guayaquil.
i) Lutter contre la surexploitation des réserves halieutiques et fournir d’autres possibilités d’emplois au secteur de la pêche artisanale
Des progrès ont été faits pour structurer les activités touristiques liées à la mer auxquelles les pêcheurs auront un accès prioritaire. Le registre des pêches a été purgé et 113 pêcheurs et dix bateaux restés inactifs depuis plus de trois années consécutives radiés. Par ailleurs, 56 pêcheurs et dix bateaux de pêche se consacrent désormais exclusivement à des excursions de pêche tandis que 50 autres pêcheurs suivent une formation de maître de plongée, autorisés à travailler aux côtés des professionnels du tourisme.
j) Lutter contre la propagation des espèces envahissantes
De premiers efforts ont été faits en termes d’application des protocoles phytosanitaires pour les bateaux. En 2008, le SESA a confisqué un total de 2 661 produits interdits ou acceptés sous certaines conditions en mauvais état ou contaminés par des nuisibles, soit une augmentation de 21% par rapport à 2007. Un “système optimal de transport de marchandises” a été approuvé pour être mis en œuvre en avril 2008 et un coordinateur a été engagé pour ce faire. Aucune information n’a été communiquée sur les tentatives de réduction du nombre de bateaux, ou du nombre de ports visités, ni sur la fréquence des visites.
k) Accroître le personnel et les infrastructures aux points de départ sur le continent et aux points d'entrée sur les Îles Galápagos afin d'exercer une inspection efficace
Le rapport de l’État partie a indiqué que le nombre total d’employés du SESA est de 46 mais affirme que le nombre requis est “largement supérieur”. Étant donné que le SESA doit assurer une charge d’inspection dans un total de 13 points d’entrée et de départ aériens et maritimes distincts, ainsi que la charge des opérations de surveillance partout ailleurs, le nombre des employés est en effet extrêmement limité.
l) S'assurer que les bateaux de cabotage remplissent les conditions requises au transport de marchandises et de nourriture
Les inspections pour le transport interinsulaire ont augmenté, tout comme le pourcentage de déclassement de produits. Aucune information n’a toutefois été communiquée sur les spécifications techniques requises pour le transport interinsulaire de marchandises (par ex. réfrigération, décontamination régulière, installations portuaires autorisées).
m) Prévoir et mettre en œuvre une stratégie de renforcement des capacités pour les résidants locaux
L’effort le plus notable est lié à la création éventuelle d’un institut de formation professionnelle aux Galápagos, se concentrant sur les compétences demandées au sein de l’archipel. L’institut de formation professionnelle n’est pas encore opérationnel mais devrait être une priorité. De plus en plus d’universités privées instaurent des campus aux Galápagos ou se montrent intéressées pour le faire, bien que ces dernières s’adressent a priori essentiellement aux étudiants anglophones.
n) Mettre en œuvre la réforme générale de l'éducation
La mise en œuvre de la réforme relève de la responsabilité commune de plusieurs agences gouvernementales et non gouvernementales, au nombre desquelles l’UNESCO, avec lequel le ministère de l’Éducation a signé un protocole d’entente à cet effet. Plusieurs activités significatives ont été mises en œuvre en 2008, preuve d’un certain avancement bien que le financement général reste problématique. La récente découverte de 104 carcasses de tortues géantes tuées pour leur viande sur l’île Isabela près de la ville de Villamil prouve l’urgence de mettre en œuvre une réforme de l’éducation spécifique adaptée aux Galápagos.
o) Renforcer les capacités dans la détection précoce et l'éradication des espèces envahissantes
Le système de détection précoce et de contrôle des nuisibles a été activé en août 2008, lorsque le PNG, le SESA-SICGAL et d’autres entités ont uni leurs forces dans le but de contrôler et d’éradiquer la mouche méditerranéenne des fruits, récemment détectée. Les derniers résultats de surveillance révèlent une diminution significative mais une présence encore active. Le poisson exotique d’eau douce tilapia, rencontré dans le lac El Junco il y a un peu moins de dix ans, aurait été éradiqué. La Charles Darwin Foundation (CDF) a signalé la présence de “fourmis à grosse tête” (Pheidole megacephala) en 2008, espèce de fourmis parmi les plus envahissantes au monde selon le groupe de spécialistes des espèces envahissantes de l’UICN. Cette fourmi est connue pour déloger les espèces indigènes. Des études sur le parasite aviaire Philornis downsi introduit, détecté pour la première fois en 1964, ont révélé qu’il est présent jusque dans 97% des nids de pinsons de Darwin, causant une mortalité moyenne de 50% dans les nichées. Il s’est répandu sur onze îles pour le moins et est considéré comme un facteur majeur de la tendance à la baisse de plusieurs espèces d’oiseaux des Galápagos, pouvant déboucher sur une extinction potentielle.
En plus de ce qui précède, le rapport de l’État partie explique que la nouvelle constitution de l’Équateur, adoptée le 20 octobre 2008, contient des dispositions spéciales pour les Galápagos. Bien que l’archipel reste une province de l’Équateur, il ne sera plus gouverné par un préfet provincial élu mais par un conseil directeur, présidé par un représentant du président national et se composant de maires et de représentants d’autres institutions. La manière dont les responsabilités pour la conservation des terres du parc national (97% de la surface terrestre des Galápagos) et de la réserve marine seront articulées avec ce nouvel conseil directeur n’est pas claire.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN prennent note de l’étendue des informations fournies par le rapport de l’État partie et autres sources d’information. La régularisation du personnel et l’obtention de l’objectif de capitalisation du fonds en dépôt pour les espèces introduites font partie des éléments clés précédemment cités qui méritent d’être reconnus. L’État partie a lourdement investi dans la mise en œuvre des nombreuses actions nécessaires. Si elles sont maintenues, il est probable qu’elles se traduisent en progrès mesurables en faveur du renversement de certaines des tendances qui ont conduit à l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril. Complétées par des actions portant sur les domaines suscitant des préoccupations constantes, et en cas d’améliorations mesurables, la situation devrait être de plus en plus propice pour envisager le retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril dans les trois à cinq ans qui viennent. L’UICN note qu’il s’agit également du délai envisagé dans le plan d’action officiel préparé par le ministre de l’Environnement lors de la mission de suivi réactif de 2007.
En dépit d’actions positives sur plusieurs fronts, les rapports font également état de défis considérables auxquels sont encore confrontées les Îles Galápagos et de la nécessité de consolider les efforts dans un certain nombre de domaines clés. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent avec satisfaction que le tourisme de croisière et la pêche se sont stabilisés et ne semblent plus constituer une attraction majeure croissante pour les migrants économiques. Toutefois, malgré les succès constatés dans le contrôle de la pêche et de l’industrie des croisières, l’augmentation de 450% des séjours hôteliers lors des cinq dernières années est inquiétante. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que cette tendance ne pourra pas être gérée en vertu du cadre juridique et réglementaire actuel mis en œuvre aux Galápagos. En conséquence, étant donné le lien entre croissance économique rapide, immigration et espèces introduites, la question des séjours terrestres apparaît comme la menace la plus critique et immédiate pour la conservation à long terme des îles. L’absence d’une politique clairement définie sur le tourisme aux Galápagos étroitement liée à la conservation et l’absence de mesures de contrôle sur le nombre d’arrivées jettent les bases des grandes menaces qui vont peser sur la valeur universelle exceptionnelle du bien, amoindrissant les efforts significatifs accomplis à ce jour par l’État partie.
D’autres points nécessitant une attention particulière sont notés par le Centre du patrimoine mondial et l’UICN, notamment :
a) la création d’un port d’accès central aux Galápagos reste une exigence. Les 13 points d’entrée et de départ de l’actuel système de transport sont un défaut de conception critique qui mine constamment tous les autres efforts de contrôle des espèces introduites.
b) Le fonds en dépôt pour les espèces envahissantes doit être rendu opérationnel. Il est important de garantir que ses ressources serviront strictement à gérer les préoccupations liées aux espèces introduites et non à supplanter les activités normales des agences gouvernementales.
c) Une dotation adéquate en fonds et personnel doit être accordée au SESA. Dans la mesure où contrôle et éradication des nouvelles espèces sont plus coûteux que le fait de prévenir leur entrée, le manque de capacités du SESA continue d’être une lacune majeure dans la réponse de l’État partie à la menace des espèces introduites.
d) D’autres investissements pour renforcer l’application et l’efficacité du système de cartes de transit sont vivement recommandés. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN sont préoccupés par le degré d’utilisation du statut de “résidant temporaire” et des mesures sont nécessaires pour s’assurer qu’il ne s’agit pas d’une faille dont pourrait gravement souffrir le contrôle à l’immigration.
e) Le système de concession touristique a besoin d’être mis en œuvre de manière plus stricte, processus qui pourrait être difficile notamment vis-à-vis des activités de pêche de loisir de facto mises en œuvre sans autorisation.
f) Il doit être confirmé que la nouvelle constitution va renforcer le rôle du service du PNG dans la gestion du bien.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que l’État partie n’a pas élaboré de projet de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle incluant les conditions d’intégrité et une proposition de l’État de conservation souhaité pour le bien en vue de son retrait de la Liste du patrimoine mondial en péril, comme demandé par la décision 31 COM 7B.35 et rappelé par la décision 32 COM 7A.13. Ces déclarations sont essentielles pour établir un cadre de référence afin d’évaluer où en sont les conditions permettant d’envisager le retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril. Il serait bon d’envisager leur élaboration comme une priorité pour la 34e session du Comité du patrimoine mondial, l’UICN étant en mesure d’apporter des conseils techniques en la matière à l’État partie.