Le rapport demandé par le Comité du patrimoine mondial (28 COM 15 B.31 paragraphe 6) n’a pas été reçu. Le Centre du patrimoine mondial s’est rendu aux Galápagos du 14 au 21 avril 2005 à l’invitation de l’Etat partie. Au cours de cette mission, des réunions se sont tenues avec les représentants de plusieurs groupes de partenaires (pêcheurs, ONG de conservation, organisations de tourisme et d’éducation), ainsi que des personnalités élues (gouverneur provincial, préfet provincial, maire). D’autres réunions ont eu lieu à Quito avec le Président de l’Equateur, les ministres du Tourisme et de l’Environnement, un membre du Congrès pour les Galápagos et la table ronde des agences de coopération multi et bilatérales travaillant aux Galápagos.
Depuis janvier 2003, l’Etat partie a nommé successivement 12 directeurs du Service du parc national des Galápagos (GNPS). Au cours de cette même période, il y a eu quatre ministres de l’Environnement, dont dépend le Directeur du GNPS. Ces circonstances suffisent à susciter de graves inquiétudes quant à la possibilité pour le GNPS de remplir correctement ses fonctions. Pour compliquer encore la situation, le budget du GNPS a été réduit en 2004, d’où la perte de près de 30% de son personnel, passant de 296 à 181, dont beaucoup de gardiens du parc présents depuis longtemps et très expérimentés. Quoi qu’il dispose de l’infrastructure nécessaire pour assurer la surveillance de la réserve maritime des Galápagos (deux patrouilleurs océaniques ouverts, rapides et de grande taille, un avion léger et plusieurs patrouilleurs côtiers plus petits mais rapides), le GNPS ne dispose plus du personnel nécessaire pour en faire un usage efficace De même, les programmes d’éradication d’espèces envahissantes en cours et dont plusieurs ont reçu l’appui du projet FNU-UNESCO sont en danger. En dépit de ces tendances, le système de quarantaine des îles semble avoir gagné en solidité et paraît fonctionner de manière adéquate.
L’impossibilité pour le GNPS de surveiller les activités dans la réserve maritime des Galápagos conduit à des activités de pêche non contrôlées. L’UICN et le Centre ont reçu des rapports fréquents sur l’augmentation d’une activité illégale de pêche aux ailerons de requins, où les requins sont capturés, amputés de leurs ailerons qui sont vendus au marché asiatique croissant de la soupe d’ailerons de requins, tandis que les carcasses sont rejetées à la mer. On rapporte que les flottes de pêche industrielle au thon pénètrent à nouveau dans les eaux des Galápagos après en avoir été exclues de manière efficace depuis plusieurs années grâce aux patrouilles que le GNPS effectuait dans la réserve.
La perte de crédibilité locale du GNPS en tant qu’agence de gestion efficace a été renforcée en février 2005 où une compétition illégale de pêche sportive a eu lieu aux Galápagos. Les participants étaient 17 bateaux de pêche sportive venus de Salinas sur la côte continentale et bénéficiaient de l’appui total des gouvernements locaux. En dépit des protestations du GNPS, qui est mandaté pour réglementer ce genre d’activité, la compétition s’est déroulée en toute impunité. Deux des bateaux de pêche sont restés aux Galápagos après avoir obtenu des licences pour opérer aux îles, accordées par les autorités équatoriennes de la marine marchande sans le consentement exprès du GNPS comme la loi l’exige. La communauté artisanale de pêche des Galápagos s’inquiète que les intérêts de la pêche sportive en Equateur continental ne puissent par leurs incursions illégales dans les îles finir par contrôler cette activité, considérée jusqu’ici comme une alternative viable aux pêcheries traditionnelles des îles. Cette communauté considère également l’inaction du GNPS sur ce point comme une preuve de discrimination à leur égard.
En dépit de cette situation critique, on constate dans les différents secteurs une volonté croissante de surmonter les difficultés des îles. Les secteurs du tourisme, de la pêche et de l’agriculture ont entrepris d’établir une fourniture stable de produits agricoles et maritimes pour les navires de croisière, assurant ainsi un marché important aux producteurs locaux.
Le secteur de la conservation aux Galápagos s’est multiplié au cours des quatre à cinq années passées. Alors que la Fondation Charles Darwin (CDF) était la seule organisation de conservation significative dans les îles jusqu’à la fin des années 1990, il y a actuellement plus de 12 ONG nationales et internationales et d’agences bi ou multilatérales avec un personnel permanent dans l’archipel. La croissance rapide du soutien international pour les Galápagos a provoqué une certaine confusion dans certains secteurs quant à la détermination des priorités de conservation et de développement pour les îles. L’Etat partie a reconnu la contribution de ce secteur aux Galápagos et a demandé officiellement un soutien constant au Secrétaire général des Nations Unies et à la Banque interaméricaine de développement (IADB). À la demande du ministre de l’Environnement, fin 2004, le PNUD et l’IADB ont mis au point des recommandations sur le processus d’engagement du Directeur du GNPS. Ces recommandations ont été présentées au ministère de l’Environnement en novembre 2004 mais n’ont pas encore été mises en œuvre.
La loi spéciale des Galápagos prévoit un contrôle strict des migrations dans les îles, et des réglementations sont adoptées depuis longtemps en vertu de cette loi. Toutefois, il semble que le contrôle effectif des migrations soit minime, en partie du fait d’un manque de transparence et de responsabilité dans la prise de décision. Tous les secteurs des Galápagos expriment leur inquiétude sur cette question et c’est l’un des éléments les plus critiques pour la conservation et le développement durable des îles. INGALA, l’Institut responsable du contrôle des migrations, est considéré comme affaibli. Le gouvernement de l’Italie s’est lancé dans un projet de trois millions de dollars EU pour renforcer les capacités techniques d’INGALA.
Il existe un mouvement pour l’introduction de la pêche à la palangre, pratique qui pourrait avoir un impact considérable sur la biodiversité marine. La pêche à la palangre est contraire à l’engagement de l’Etat partie en vertu de l’accord sur la conservation des albatros et des pétrels, développé sous les auspices de la Convention des espèces migratoires qui, avec la Convention du patrimoine mondial, est l’une des cinq grandes conventions mondiales de biodiversité. D’autres partenaires, comme le secteur du tourisme, ont exprimé des inquiétudes similaires.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN estiment qu’étant donné les circonstances actuelles, une mission sur ce bien devrait être invitée en septembre-octobre 2005 pour évaluer l’état de conservation du bien en vue d’estimer si les conditions pourraient conduire à l’inscription de ce bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril.