Le 12 février 2010, l'État partie a remis un rapport sur l'état de conservation du bien. Le rapport comprenait deux projets, un de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle et un de l'État de conservation souhaité en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril. Ils sont tous les deux en cours d'examen.
La mission de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN demandée par le Comité du patrimoine mondial lors de sa 33e session (Séville, 2009) s'est déroulée du 28 avril au 6 mai 2010. La principale raison de l'inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril est la perte de son isolement écologique due à la croissance des échanges, principalement provoquée par le nombre croissant de visiteurs et de biens entre les îles et le continent, ce qui a facilité l'introduction d'espèces exogènes qui menacent les espèces indigènes et endémiques des Galápagos. D'autres problèmes existent également, ils sont liés à des pressions exercées par la pêche illégale dans la Réserve marine des Galápagos (Reserva marina de Galápagos - RMG) et à une instabilité institutionnelle. Un examen complet des 15 mesures correctives est inclus dans le rapport de l'État partie. Celles évoquées ci-dessous sont celles pour lesquelles il y a encore à faire. Les mesures correctives non évoquées sont considérées par la mission comme pleinement ou très grandement mises en place.
a) Diminuer le nombre de points d'accès aux Îles Galápagos, par voies aérienne et maritime, afin de réduire les risques d'introduction de nouvelles espèces envahissantes
Le nombre de points d'entrée aérien et maritime aux Galápagos a été réduit à trois. Des services élémentaires d'inspection de la biosécurité sont disponibles dans ces trois points d'accès. Dans l'archipel, deux aéroports commerciaux et quatre ports reçoivent du trafic commercial directement depuis le continent. La mission a cependant remarqué que la multiplication des points d'accès à l'archipel divisait la capacité déjà limitée d'inspection de la biosécurité des îles. La très sèche et petite île de Baltra constitue un endroit où les infrastructures destinées au contrôle de la biosécurité pourraient être concentrées. En 2007, un grand terminal d'aéroport a été construit à Villamil. La mission a remarqué qu'il était tout à fait adapté à l'accueil de centaines de passagers. Bien qu'il ne soit pas utilisé, la construction de cet équipement est l'expression d'une attente réelle de la part de divers intervenants d'un accord donné à une liaison aérienne commerciale, qui présenterait le risque de constituer un futur point d'entrée supplémentaire sur l'archipel et augmenterait ainsi la menace à laquelle le bien doit faire face. La mission conclut que trop de points d'accès subsistent et que cela constitue un un risque croissant d'introduction et de dispersion des espèces invasives.
b) Renforcer le processus de sélection pour les plus hauts postes de l'INGALA (Instituto Nacional Galápagos) et du SESA (Servicio Ecuatoriano de Sanidad Agropecuaria)
La mission signale que la nouvelle constitution équatorienne, adoptée le 20 octobre 2008, a regroupé au sein de la même entité l'Institut national des Galápagos (INGALA) et le Gouvernement provincial, désormais dirigée par un Conseil gouvernemental composé de trois ministres et des maires élus des Galápagos. Bien qu'officiellement en place, ce Conseil n'a pas encore recruté de Directeur des opérations, un poste de haute responsabilité pour la bonne marche du bien. On a assuré à l'équipe de la mission que ce poste serait attribué sur des critères techniques et de façon transparente. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN estiment que le processus de recrutement de ce Directeur des opérations devrait être aussi transparent et basé sur les compétences que le processus qui conduira au choix d'autres postes importants comme celui des Directeurs du Parc national des Galápagos (PNG) et d'Agrocalidad. Ils estiment par ailleurs qu'il est indispensable que la communication soit établie entre le Conseil gouvernemental et le Directeur du PNG.
c) Réglementer les activités de pêche de loisir
Un tournoi international de pêche, exclusivement consacré à la pêche au gros comme le marlin ou l'espadon, a été organisé en décembre 2009 sans l'aval des services du PNG, qui sont pourtant en charge de toutes les activités de la réserve marine. Cette activité a été déclarée illégale et le tournoi n'a pas été autorisé. Les organisateurs l'ont alors transformé en "tournoi de pêche artisanale de subsistance", l'un des types de pêche autorisé dans la réserve marine. Sous cette nouvelle appellation, la même activité a été autorisée par le PNG. Le tournoi consistait à attraper puis à relâcher, le temps du déroulement du concours, autant de gros poissons que possible. Malgré les modalités de cette pratique, le taux de mortalité du poisson est élevé. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN sont inquiets de l'autorisation accordée de facto par le PNG à la pratique de la pêche sportive sur le territoire de la Réserve marine des Galápagos, sans prise en considération de ses impacts potentiels sur la valeur universelle exceptionnelle du bien. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN remarquent par ailleurs que les données sur les populations de poissons concernées par la pêche au gros manquent, alors que celles-ci subissent une forte pression exercée par la pêche tant commerciale que sportive dans tout l'est de l'océan pacifique. Ils estiment en outre que l'autorisation accordée à cette activité est un indicateur de l'efficacité réduite de la gestion du PNG.
d) Contrôler le nombre de touristes venant sur les Îles Galápagos
La capacité d'accueil par voie maritime est limitée par les autorités gouvernementales, elle s'est stabilisée il y a 10 ans. La capacité d'accueil par voie aérienne n'est limitée que par la capacité des avions eux-mêmes desservant l'archipel. Selon les chiffres, le nombre de visiteurs arrivés en avion à Villamil est passé de 5.000 en 2003 à 25.000 en 2009. La mission a remarqué qu'un hôtel était en construction et des maisons d'hôtes non-officielles continuent de s'ouvrir à un rythme rapide sans faire de demande préalable auprès de la Municipalité ou du Ministère du tourisme. Un hôtel, l'Iguana Crossing, à Villamil est sous le coup d'une procédure judiciaire pour s'être établi sur le territoire du PNG. Les services du Parc national lutte avec acharnement pour mettre en place un modèle de nouveaux services touristiques autorisés dans le cadre de concessions dans le parc et dans les zones marines (plongée, transport inter-îles, pêche artisanale, excursion d'un jour en bateau). Le Parc doit faire face à un nombre croissant d'opérateurs non autorisés, de remises en cause judiciaires de ses décisions et doit poursuivre devant les tribunaux les opérateurs d'activités non autorisées sur le territoire du bien. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN estiment qu'il est indispensable que soient définies une politique et une stratégie touristiques pour les Galápagos et que des mécanismes soient mis en place afin d'enrayer un développement incontrôlé du tourisme.
e) Appliquer des mesures de quarantaine et de protection phytosanitaire aux bateaux de croisière et aux cargos circulant entre les îles et entre le continent et les Galápagos
La mission a découvert que le "chainon manquant" dans le contrôle de la biosécurité est toujours le transport de marchandises du continent vers les îles. Plusieurs petits bateaux, ayant de 28 à 56 ans d'âge, sont en cause, ils utilisent trois quais de chargement à Guayaquil. Bien que des règles minimales de biosécurité aient été imposées, les experts précisent que la conception même de ces bateaux rend les contrôles très difficiles. Des efforts sont actuellement entrepris, avec l'aide de l'ONG WildAid, afin d'équiper un des docks privés, sur les trois actuellement utilisés par les cargos aux Galápagos, d'infrastructures d'inspection de biosécurité. Seuls des cargos ayant utilisé de tels équipements devraient être autorisés à desservir les Galápagos et cette pratique devrait être auditée régulièrement par un service indépendant dûment accrédité. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN recommandent vivement que des politiques soient mises en place visant à remplacer les bateaux existants par d'autres plus récents, plus grands et conçus pour permettre des contrôles de biosécurité. Sur les îles des Galápagos, les marchandises sont déchargées dans chacun des trois principaux points de débarquement de façon lente et désorganisée. Les villes principales ne disposent pas de port en eau profonde. Mais, on ne saurait oublier que de telles installations portuaires seraient en totale contradiction avec la vocation éco-touristique de ces villes. La meilleure solution demeure l'utilisation de l'île de Batra, déjà en eau profonde, en tant que seul et unique terminal de marchandises pour toutes les îles.
f) Accroître le personnel et les infrastructures aux points de départ sur le continent et aux points d'entrée sur les Îles Galápagos afin d'exercer une inspection efficace
Agrocalidad, l'agence en charge de la biosécurité, a informé les membres de la mission qu'elle recrutait actuellement 25 nouveaux techniciens. Des chiens renifleurs (pour la détection de la drogue et des ailerons de requins) sont désormais opérationnels dans les trois principaux ports des îles. La mission a cependant remarqué que ces chiens ne sont pas entrainés à détecter les plantes ou les animaux qui constituent les plus gros volumes d'importation posant problème en termes d'espèces invasives. Il est également fait état de l'installation d'un contrôle aux rayons X par le PNG à l'aéroport de Baltra afin d'améliorer la détection des produits interdits. La concentration de la détection sur quelques rares points d'accès, comme l'île de Baltra, est problématique.
Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN prennent note des importants progrès accomplis dans la consolidation d'Agrocalidad. Son efficacité est cependant compromise par la dispersion de ses efforts sur différents points d'accès à l'archipel. De la même façon, en l'absence d'une approche moderne de la prise en charge des marchandises à Guayaquil et aussi longtemps que les bateaux de transport des marchandises ne se conformeront pas à des règles adaptées, les investissements faits par Agrocalidad demeureront peu efficaces. Jusqu'à ce que la chaine complète du contrôle soit effectivement mise en place, ce bien restera vulnérable à l'arrivée de nouvelles espèces invasives.
Bien que les services du PNG semblent mettre en place de façon efficace ses activités à court terme, le Centre du patrimoine mondial et l'UICN sont inquiets de leur capacité à traiter les problèmes stratégiques sur le long terme. La récente cession de 70 hectares du territoire du parc à la ville de Puerto ayora est également un indicateur d'une efficacité réduite de la gestion du parc. Cette situation a été également illustrée par le changement d'attitude des autorités du parc dans l'autorisation accordée au tournoi de pêche sportive suite à des pressions exercées par un petit groupe d'intervenants locaux et étrangers. Ces incidents témoignent d'un nouvel affaiblissement de la gouvernance institutionnelle des îles, où des intervenants extérieurs, et non les autorités nationales, prennent l'initiative de définir l'usage du parc et de la réserve marine.
Dans l'ensemble, des progrès importants ont été accomplis sur les quinze mesures correctives définies pour le bien, le Centre du patrimoine mondial et l'UICN concluent cependant que d'importants progrès pourraient être accomplis sur les points ci-dessous (en lien avec les mesures correctives correspondantes):
1. Achever et sécuriser la chaine d'inspection et de contrôle de la biosécurité. Une attention toute particulière doit être accordée aux mesures correctives a, h et k:
- Mettre en place un seul point de chargement de marchandises à Guayaquil, disposant de l'infrastructure nécessaire;
- S'engager à remplacer les bateaux de transport de marchandises actuels vieillissants et mal adaptés par de nouveaux bateaux conçus afin de faciliter la mise en place de mesures de biosécurité;
- Appliquer les mesures définies de biosécurité, avec des audits réguliers de conformité, aux points de chargement et de déchargement et sur les bateaux de marchandises;
- Étudier la faisabilité du choix de Baltra comme seul et unique port autorisé, pour l'archipel des Galápagos, à recevoir des marchandises directement du continent;
- S'assurer que le terminal de l'aéroport de Villamil ne soit pas mis en service et envisager sa destruction afin de ne pas encourager la spéculation.
2. Démontrer que les autorités nationales mènent une politique de développement et d'aménagement touristiques pour les Galápagos qui permette à la valeur universelle exceptionnelle du bien de ne pas être compromise par un développement et une croissance incontrôlés (mesures correctives e et f)
- L'État partie développe et met en place une stratégie touristique lisible pour les Galápagos, en insistant sur la mise en œuvre de mécanismes destinés à décourager une croissance rapide et incontrôlée du nombre de visiteurs. Un moratoire sur la pêche sportive est décidé jusqu'à ce que: a) l'évaluation des risques soit faite par le Gouvernement de l'impact potentiel de la pêche sportive sur le tourisme écologique des Galápagos et qu'une décision afférente soit prise, et que b) des preuves scientifiques suffisantes aient été recueillies afin que le PNG puisse définir et mettre en place des règlementations précises (par ex. l'intensité, la saisonnalité, le zonage, l'accord d'autorisation);
- L'État partie envisage la mise en place d'un mécanisme, tel que la définition d'un nombre annuel maximum d'autorisations d'accès au parc, qui lui donnerait le temps nécessaire à la définition et à la mise en place de stratégies efficaces de gestion touristique.
3. Garantir que les décisions prises par le nouveau Conseil gouvernemental des Galápagos prennent prioritairement en compte la valeur universelle exceptionnelle du bien (mesure corrective c)
- Garantir que le processus de recrutement du Directeur des opérations du Conseil gouvernemental soit tout à fait transparent et basé sur les compétences, ainsi que celui des autres principaux postes, y compris ceux de Directeurs du PNG et d'Agrocalidad;
- S'assurer que la communication soit réellement établie entre le Conseil gouvernemental et le Directeur du PNG dans le domaine de la gestion du Parc national et de la Réserve marine, ainsi dans celui des politiques liées au Parc.
Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN estiment que, jusqu'à l'achèvement de la mise place des ces mesures correctives, le bien devrait être maintenu sur la Liste du patrimoine mondial en péril.