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Site de la Mosquée de Kankou Moussa à Gao

Date de soumission : 06/05/2021
Critères: (ii)(iv)
Catégorie : Culturel
Soumis par :
Délégation permanente du Mali auprès de l'UNESCO
État, province ou région :
Région de Gao
Coordonnées N16 17 3299 W00 02 0929
Ref.: 6538
Avertissement

Les Listes indicatives des États parties sont publiées par le Centre du patrimoine mondial sur son site Internet et/ou dans les documents de travail afin de garantir la transparence et un accès aux informations et de faciliter l'harmonisation des Listes indicatives au niveau régional et sur le plan thématique.

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Les noms des biens figurent dans la langue dans laquelle les États parties les ont soumis.

Description

Situé dans le tissu ancien de la ville de Gao, quartier Aldjanabandja, le site de la Mosquée de Kankou Moussa couvre aujourd’hui 35 100 m² (3ha 51a). Ce site a abrité la mosquée historique construite par l’Empereur du Manden, Kankou Moussa, à son retour du pèlerinage à la Mecque en 1324. Gao, alors une dépendance de l’Empire du Mali, était l’un des points de rencontre des pistes caravanières qui traversaient le désert et des pistes venant du sud. L’ouvrage réalisé par un architecte andalou du nom d’Es Saheli, est présenté par les chroniqueurs arabes et les traditions orales comme un bâtiment colossal et le premier cas de grands travaux entrepris dans l’histoire du Mali, avant la construction de la célèbre mosquée de Djingareyber à Tombouctou en 1325.

Le Professeur Raymond Mauny, a effectué des fouilles archéologiques sommaires sur le site au cours des années 1950, et a mentionné la présence de plusieurs structures en briques cuites ou crues. Les fouilles effectuées en 1993 et 1996 par T. Insoll (Université de Cambridge) sur le même site ont révélé la présence de structures en briques cuites associées à de nombreux objets exotiques importés, des perles (en verre, en cornaline ou en terre cuite), de la céramique et des objets en cuivre attestant de la richesse de Gao et de son rôle de Métropole du commerce transsaharien entre le 7ème et la fin du 16ème siècle.

Depuis 2003, des fouilles archéologiques sont conduites sur le site par la Direction Nationale du Patrimoine Culturel, en collaboration avec l’Institut des Sciences Humaines du Mali, le Musée National du Mali et le Musée National d’Ethnologie d’Osaka (Japon). Ces fouilles ont permis d’exposer deux bâtiments colossaux (un bâtiment avec piliers et un bâtiment en barre) et des structures annexes (mur d’enceinte, bassine avec piédestal, toilette), et de révéler les modes d’occupation spatiale sur le site et la présence d’un important mobilier archéologique constitué d’objets de fabrication locale (poterie, objets en fer, perles en terre cuite et en os) et étrangère (objets en cuivre, perles en verre, récipients en verre).

Justification de la Valeur Universelle Exceptionnelle

Le site de la mosquée de Kankou Moussa à Gao est un lieu historique et de mémoire d’une grande importance. Il constitue un témoignage historique et culturel de l’empire du Mali. Le site, par son étendue et l’importance de ses structures exhumées, constitue l’un des plus remarquables du Mali. Le site s’entend comme l’ensemble des vestiges archéologiques couvrant une superficie de 3ha 51a, situé au quartier Aldjanabandja de la ville de Gao. Cet espace englobe des biens immeubles (comprenant des vestiges des bâtiments et structures annexes en pierres sèches, briques cuites et briques moulées en banco cru) et des biens meubles enfouis (comprenant divers objets: poterie, objets en fer et en cuivre, ossements divers, fusaïoles, perles en verre, en terre cuite et en cornaline).  

Une datation radiocarbone des échantillons de charbon de bois a permis de situer la période d’utilisation du bâtiment avec piliers entre les 9ème et 12ème siècles de notre ère. La date de construction du bâtiment en barre n’est encore pas connue avec précision. Son utilisation se situe avant le 16ème siècle du fait de l’absence au cours des fouilles des pipes à tabac inconnues dans la zone avant l’invasion marocaine à la fin du 16ème siècle.

Les fouilles sur le site ont permis de fournir des éclairages sur l’importance du dépôt archéologique du site (3,80m) et les modes d’occupation spatiale sur le site. La quantité de perles en verre découverte au cours des travaux (plus de 11.000 perles en verre) nous indique à quel point Gao entretenait des liens commerciaux avec d’autres villes marchandes d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient entre le 7ème et le 13ème siècle.

Le site de la mosquée de Kankou Moussa à Gao a été inscrit à l’inventaire par Décision n°0444 / MC - SG du 07 mai 2001 et classé dans le patrimoine culturel national par Décret n°2014-0949/P-RM du 31 décembre 2014 pour ses valeurs historiques, architecturales et socioculturelles.

Critère (ii) : Il a joué un rôle important dans l’évolution du commerce entre le Sud, le Sahara et le monde méditerranéen. Avec l’accroissement de ce commerce. Ce site atteste de la richesse de Gao et de son rôle de métropole du commerce transsaharien entre le 7ème et la fin du 16ème siècle. Il illustre également l’étape importante et la grandeur de la ville de Gao dans les itinéraires culturels, les échanges, le long et dynamique brassage, le dialogue multidimensionnelle et les liaisons commerciales entre le monde noir subsaharien et le monde méditerranéen, et les routes transatlantiques et transsahariennes. Cette situation a occasionné une production culturelle intense dans laquelle les communautés se sont construites des identités plurielles à travers des pratiques, traditions et expressions orales.

Les vestiges de la mosquée de Kankou Moussa constituent ainsi un témoignage encore vivace du commerce transsaharien et de la structuration urbaine des métropoles de l’époque, marquées par l’existence de grands travaux (bâtiments colossaux en plusieurs structures), de monuments d’architecture (en particulier les mosquées) et de modes d’occupation spatiale. Ces vestiges apportent un témoignage historique typique de l’architecture soudano-sahélienne. Cette tradition architecturale est encore très vivace dans plusieurs localités du Mali. L’exploitation des vestiges exhumés constitue une source importante pour la réécriture de l’histoire du Soudan occidental et du monde méditerranéen.

Critère (iv) : Le site de la Mosquée de Kankou Moussa satisfait au critère (iv). Il est un ensemble de vestiges archéologiques et un lieu de mémoire de l’empire du Mali, fondé par Soundjata Keita au 13ème siècle et qui connut son apogée au 14ème siècle sous le règne de l’Empereur Kankou Moussa.  

En effet, avec ses vestiges de plusieurs structures en briques cuites ou crues, associées à de nombreux objets exotiques de fabrication locale ou importés, des perles, de la céramique, des objets en cuivre, des bâtiments colossaux aux fondations encore bien dessinées, le site de la Mosquée de Kankou Moussa constitue un exemple de type de construction adapté aux changements climatiques avec ses avantages écologiques et de paysage témoignant de périodes significatives de l’histoire humaine.

Symbole du dynamisme du commerce médiéval transsaharien, le site de la Mosquée de Kankou Moussa  est non seulement  le témoignage d’un entrepôt commercial important entre le Maghreb et le Soudan, mais aussi celui de la maîtrise d’un plan d’urbanisation poussée dans le Nord de notre pays.

Jusqu’au déclenchement de la crise multidimensionnelle qu’a connue notre pays à partir de janvier 2012, ce site constituait une des destinations touristiques par excellence de la ville de Gao et concourait à son développement culturel et économique.

Déclarations d’authenticité et/ou d’intégrité

Malgré les menaces d’urbanisation anarchique qui ont entrainé l’occupation de l’Est du site dans les années 1970, la partie classée du site de la Mosquée de Kankou Moussa en 2014 conserve son intégrité physique. Cette partie ne souffre d’aucune perturbation pouvant remettre en cause son intégrité physique qui est extrêmement élevée liée à la présence de la Mission Culturelle de Gao (Service rattaché à la Direction Nationale du Patrimoine Culturel), chargée de la protection et de la gestion du site.

En plus de la protection juridique du site (inscription à l’inventaire par Décision n°0444 / MC - SG du 07 mai 2001 et classement dans le patrimoine culturel national par Décret n°2014-0949/P-RM du 31 décembre 2014), son caractère  historique, l’implication et l’attachement des communautés, des jeunes, des associations culturelles, des Collectivités territoriales, des autorités administratives lui ont conféré sa bonne conservation à la pression du développement urbain.  

En outre, le soutien permanent des autorités politiques et administratives régionales de Gao constitue une garantie de durabilité et de vivacité dans la conservation du site. Par ailleurs, les éléments culturels nécessaires à la compréhension du site sont (tessons de poterie, restes des murs colossaux et des structures rectangulaires, perles, objets en fer, en cuivre) encore présents.

Néanmoins, le site de la Mosquée de Kankou Moussa est soumis à certaines menaces dont entre autres l’empiètement par les activités socioéconomiques, l’utilisation inappropriée des abords immédiats, la pression du développement urbain, l’érosion éolienne, les structures mises au jour grâce à des fouilles archéologiques sont menacées par l’ensablement et l’arrêt brusque des activités de recherche sur le site à la suite du déclenchement du conflit armé. La sensibilisation et la conscientisation des populations riveraines permettront d’assurer l’intégrité du site.

Comparaison avec d’autres biens similaires

Le site de la Mosquée de Kankou Moussa à Gao s’apparente aux ruines d’Es-souk (Région de Kidal au Mali). Il partage avec ce site certaines spécificités, notamment les  constructions en pierres sèches, les poteries, les perles et la participation au commerce transsaharien. Toutefois, en termes de nombre, de concentration, de qualité des structures en pierre et la diversité des trouvailles, le site de la Mosquée de Kankou Moussa est très riche et plus accessible.

Aujourd’hui, tous ces sites réussissent encore à cristalliser l’attachement de toutes les parties prenantes à leur gestion et l’intérêt scientifique des chercheurs, le développement de la formation universitaire et de la recherche pluridisciplinaire dans les domaines de l’archéologie, l’histoire, l’anthropologie et de la muséologie, le développement de l’artisanat d’art, le développement des secteurs de l’architecture et de l’urbanisme par la valorisation des savoirs et savoir-faire et des matériaux locaux de construction.