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Hôpital Notre-Dame à La Rose - Lessines

Date de soumission : 03/04/2019
Critères: (iii)(iv)
Catégorie : Culturel
Soumis par :
Délégation Permanente de la Belgique auprès de l'OCDE et de l'UNESCO
État, province ou région :
Wallonie, Province de Liège
Coordonnées N50,713049 – E3,831611
Ref.: 6399
Avertissement

Les Listes indicatives des États parties sont publiées par le Centre du patrimoine mondial sur son site Internet et/ou dans les documents de travail afin de garantir la transparence et un accès aux informations et de faciliter l'harmonisation des Listes indicatives au niveau régional et sur le plan thématique.

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Les noms des biens figurent dans la langue dans laquelle les États parties les ont soumis.

Description

L’Hôpital Notre-Dame à la Rose a été fondé en 1242 par Alix de Rosoit à Lessines, cité drapière florissante à cette époque. Sa vocation est d’accueillir les indigents et les pèlerins. Il est confié aux bons soins d’une congrégation religieuse chargée également de prier pour le salut de la fondatrice et de sa famille. L’hôpital jouera son rôle de maison d’hospitalité jusque dans les années 1980 lorsque les dernières religieuses et résidents le quittent. Le site a échappé au démantèlement pour acquérir une dimension patrimoniale et culturelle. Il constitue donc un témoignage exceptionnel, voire remarquable, de l’histoire de l’accueil des faibles et des démunis pendant plus de 7 siècles. 

Les bâtiments de l’hôpital ont été reconstruits entre le XVIème et le XVIIème siècle, constituant un ensemble articulé qui comprend un bâtiment principal à vocation à la fois conventuelle et hospitalière, une ferme, des jardins, une glacière et un cimetière, le tout traversé par une rivière, la Dendre. En ce sens, il constitue un des derniers exemples de site hospitalier autarcique comme l’Ancien Régime les concevait.

Bien que progressivement réaménagés aux Temps modernes et donc marqués par les différents styles qui se sont succédé ou côtoyés à cette période, les bâtiments forment un harmonieux quadrilatère autour du cloître et de son jardin intérieur. Les ailes, de type traditionnel, superposent, au-dessus d’un soubassement chanfreiné, deux niveaux principalement en brique et calcaire percés de baies à division de pierre. Elles sont surmontées d’amples bâtières d’ardoises ponctuées de lucarnes à croupe. Les ailes ouest et nord présentent vers l’extérieur un pignon à gradins d’influence Renaissance flamande, dont le parti est repris pour composer la façade-pignon de l’aile sud où se loge l’entrée principale d’un esprit baroque mesuré. Le rez-de-chaussée du quadrilatère intègre un cloître de style gothique tardif, rythmé par de grandes baies en arc brisé dont l’encadrement creusé en gorge est le plus souvent encore muni d’un remplage. La galerie intérieure est couverte de voûtes de briques sur croisée d’ogives en pierre blanche retombant sur des clefs de voûte animées de motifs floraux ou de grotesques. 

L’aile sud renferme une chapelle à nef unique de trois travées qui se signale à l’extérieur par un clocheton en charpente ardoisée.

Les bâtiments, les espaces, les objets racontent la vie quotidienne et spirituelle de ceux qui ont entretenu des liens privilégiés avec l’établissement (donateurs, religieux, hôtes). Le site témoigne de l’évolution des institutions sociales passant de la charité chrétienne à la bienfaisance publique.  Ainsi, certains bâtiments construits aux XIXème et XXème siècles pour les services de la Commission des Hospices civils - qui deviendra la Commission d’Assistance publique - expriment cette laïcisation progressive des hôpitaux et des structures d’aide sociale.

L’évolution de la pratique médicale s’exprime également à travers les structures en place. Selon les conceptions anciennes, l’état du corps reflète l’état de l’âme et les soins spirituels sont indissociables des soins du corps. La chapelle et la salle des malades sont en relation étroite, se situant dans le prolongement l’une de l’autre. Ce lien sera maintenu lors de leur reconstruction aux XVIIème et XVIIIème siècles. Avant même d’être admis dans la salle des malades, les patients devaient obligatoirement passer par le service d’urgence : la chapelle où ils recevaient les premiers soins dont la confession, la communion et la prière. Entre les deux pièces, se trouvaient le comptoir de veille et les chambrettes de garde qui accueillaient les deux religieuses chargées de la garde des malades pendant la nuit. Elles sont en outre chargées de prendre soin des agonisants qui ne peuvent mourir sans assistance spirituelle. Faillir à cette tâche est considéré comme une faute grave par les statuts.

La première salle des malades met en application les théories miasmiques et humorales qui considéraient que l’air pouvait être vicié par des miasmes pathogènes. La grande salle munies de fenêtres haut placées, des lucarnes dans les fenêtres et une trappe dans le plafond permettant de brasser l’air frais et de faire des courants d’air pour évacuer les vapeurs fétides. C’est l’architecture de l’hôpital dit pneumatique.

La seconde salle des malades qui est construite au XIXème siècle sur la Dendre s’inscrit dans le courant hygiéniste inspiré par Pasteur, Lister, Semmelweiss. Vers 1865, deux nouvelles salles des malades sont construites en rive gauche de la Dendre, dans le prolongement du quadrilatère, empiétant sur la cour de la ferme. Elle marque une nouvelle approche où la fonctionnalité l’emporte sur la qualité architecturale.

D’autres composantes participent également à l’exemplarité du site.

La glacière que l’on voit aujourd’hui date du XIXème siècle. Elle était destinée à conserver la glace récoltée pendant l’hiver qui était utilisée pour la conservation des denrées alimentaires destinées aux religieuses et aux patients mais aussi pour la préparation de boissons rafraîchissantes et de compresses pour les malades.

Le jardin des plantes médicinales ou jardin des simples est construit selon le modèle de l’Herbularius. Avec l’Hortus (potager) et le Viridarium (verger), il faisait partie du jardin médiéval. Dans une recherche autarcique, les plantes cultivées servaient à nourrir la communauté et les patients, à soigner les malades et à fleurir la chapelle.

La ferme est un autre témoin du système autarcique complet de l’hôpital. Sous l’Ancien Régime, l’hôpital était un grand propriétaire terrien de la région avec jusqu’à 550 ha de terres cultivables, de prairies, de bois et plusieurs autres fermes. Le dernier fermier de l’hôpital a cessé ses activités en 1990. L’existence de la ferme est attestée depuis le XIIIème siècle, avec une liaison avec l’hôpital situé sur l’autre rive de la rivière. Au cours de l’histoire, les bâtiments agricoles ont été plusieurs fois transformés et reconstruits, notamment aux XVIIème et XVIIIème siècles. Au XIXème siècle, la grange ravagée par un incendie est reconstruite : la façade donnant sur la cour intérieure est ouverte de fenêtres néo-classiques.  En 1834, une chapelle octogonale (chapelle du verger) est ajoutée à l’ensemble. En 1866 environ, les bergeries sont démolies pour faire place aux troisième et quatrième salles des malades. Côté rue, les étables et écuries qui sont plus anciennes sont séparées par un grand portail surmonté d’un colombier.

Justification de la Valeur Universelle Exceptionnelle

L’hôpital Notre-Dame à la Rose est un exemple remarquable des structures et institutions de prise en charge des plus faibles depuis le Moyen Âge jusqu’au début du XXème siècle. Il témoigne du mode de vie autarcique des communautés religieuses chargées de l’accueil et du soin des malades nécessiteux. Du XIIIème au XXème siècle, il a été consacré à l’accueil des malades pauvres. Sa longévité et la persistance de cette fonction sont inscrites dans le site et ses diverses composantes. Il témoigne de l’évolution de la politique sociale dans nos sociétés : relevant au départ de la sphère religieuse pour progressivement se laïciser et devenir une mission publique. L’hôpital Notre-Dame à la Rose est fondé par la veuve d’un seigneur local comme un acte de rédemption et de charité chrétienne. L’institution sera confiée à une communauté religieuse avant d’être reprise par les pouvoirs publics. Le site témoigne également de l’évolution de la conception de la médecine et des pratiques qui en découlent.  Il constitue un microcosme au sein d’une ville dont il est cependant un élément essentiel. L’état de conservation est très bon. La reconversion rapide en centre muséal dédié à la vie de la congrégation et à la médecine hospitalière a permis la conservation in situ des équipements divers. La conjugaison de ces deux facteurs fait de l’hôpital Notre-Dame à la Rose un exemple exceptionnel de l’histoire hospitalière permettant d’appréhender les modes de vie et de soigner d’hier.

Critère (iii) : L’hôpital Notre-Dame à la Rose est un exemple exceptionnel de la dimension universelle de la charité (chrétienne et privée) liée aux activités hospitalières, de la tradition de l’hôpital médiéval religieux jusqu’à l’assistance publique et sociale des XIXème et XXème siècles. Il se distingue par sa longévité, son état de conservation et son extrême cohérence. Sa force réside dans le lien étroit et historique qui existe entre l’architecture et la fonction. Il témoigne de la capacité de l’institution à évoluer et à s’adapter aux besoins de la ville tout en maintenant intacte une structure autarcique typique des fondations pieuses du Moyen Âge et de sa capacité à répondre à l’évolution des techniques et savoirs médicaux.

Critère (iv) : L’hôpital Notre-Dame à la Rose est un témoin exceptionnel de l’histoire universelle de l’homme, au niveau de l’évolution des pratiques médicales, de la conception de la santé et de l’hygiène, de l’organisation hospitalière et des traditions d’accueil et de charité depuis le Moyen Âge jusqu’à nos jours. Au fil des siècles, la médecine a évolué et, avec, elle, l’art de soigner ainsi que les lieux où l'on accueillait les malades. Cette histoire s’incarne dans l’architecture et les divers bâtiments ; elle se lit à travers la cohérence du site.

Déclarations d’authenticité et/ou d’intégrité

L’hôpital Notre-Dame à la Rose témoigne d’une grande authenticité, considérant la longévité de la fonction et des éléments qui l’accueillent. Les différentes campagnes de restauration ou d’agrandissement illustrent l’art de bâtir et de mode de vie de leur époque tout en respectant l’esprit du lieu.  Ces modifications du tissu bâti ont contribué à la persistance du site et témoignent de sa capacité d’adaptation aux nouvelles pratiques, exigences politiques ou connaissances scientifiques.

L’hôpital Notre-Dame à la Rose présente un haut niveau d’intégrité en ce qu’il s’agit d’un site complet témoignant tant de l’évolution sociétale que médicale du soin aux plus faibles. Il réunit tous les attributs qui soutiennent la valeur universelle de cet ensemble exceptionnellement préservé.  Les diverses composantes sont dans un bon état de conservation et sont entretenus de manière régulière et soigneuse. La valeur et la conservation s’appuient également sur la qualité et complétude des collections et archives héritées des propriétaires, bénéficiaires et donateurs. Il bénéficie du plus haut niveau de protection aux termes de la législation wallonne. Son affectation en lien direct avec sa fonction première est le meilleur garant de sa préservation.

Comparaison avec d’autres biens similaires

Une analyse comparative a été réalisée entre les 7 sites hospitaliers fondés au Moyen Âge dans l’actuelle Wallonie : l’ancienne Ladrerie de Chièvres, l’hôpital Saint-Julien de Boussoit à La Louvière, l’hôpital Saint-Jacques à Le Roeulx, l’hôpital Notre-Dame à La Rose à Lessines, les hospices Saint-Gilles à Namur, l’hospice des Vieillards à Rebecq et l’ancien hôpital des Pauvres Pélerins à Saint-Hubert.

Les critères considérés sont :

  • L’implantation : comme à Namur, Saint-Hubert et le Roeulx, l’hôpital Notre-Dame à la Rose s’inscrit en milieu urbain.
  • La fondation : comme tous, à l’exception de Saint-Hubert qui est lié à l’abbaye, l’hôpital Notre-Dame à la Rose a été fondé par un membre de la noblesse ou de la bourgeoisie comme un acte de charité et de rédemption.
  • La fonction : comme tous, à l’exception de l’ancienne Ladrerie de Chièvres qui est réservée à l’accueil des seuls lépreux, l’hôpital Notre-Dame à la Rose se destine à l’accueil des « pauvres malades ». Comme tous, sauf l’hôpital des Pauvres Pélerins de Saint-Hubert, il sera marqué par l’arrivée des Français mais échappera à la suppression des communautés religieuses, mais leur gestion passera aux mains du Bureau de Bienfaisance.  Ceci marque une étape importante dans le processus de laïcisation.
  • L’organisation : pour ces institutions, le soin de l’âme est au moins aussi important que le soin du corps. A l’hôpital Notre-Dame à la Rose, la continuité entre la salle des malades et la chapelle témoigne de cette relation entre spiritualité et médecine.  Le caractère autarcique est une caractéristique de ces fondations religieuses du Moyen Âge.  Le Roeulx, Lessines et Rebecq ont conservé leur jardin et des fermes.
  • La taille : avec Le Roeulx et Namur, l’hôpital Notre-Dame à la Rose appartient à la catégorie des sites hospitaliers de grande taille alors que Rebecq et Saint-Hubert peuvent être considérés comme de taille moyenne. Chièvres et La Louvière sont de taille plus petite.
  • La fonction actuelle : tous ont perdu leur fonction première. Toutefois, à Le Roeulx, la ferme de l’hôpital a été convertie en lieux d’hébergement pour personnes âgées et est ouverte aux pèlerins en route vers Saint-Jacques-de-Compostelle. L’hôpital Notre-Dame à la Rose accueille maintenant une activité muséale présentant la vie de la congrégation et retrace l’histoire de l’institution hospitalière.
  • Le patrimoine mobilier et les fonds d’archives : l’hôpital Notre-Dame à la Rose est le seul site à avoir conservé un important patrimoine mobilier - œuvres d’art, mobilier, instruments médicaux, objets religieux - et des archives relatives à l’histoire du lieu. Ils renforcent la qualité du site, participent à sa compréhension, à sa valorisation et éclairent sa conservation et sa gestion.

De par la conjugaison de ces différents critères, l’hôpital Notre-Dame à la Rose s’impose comme exemple le plus remarquable de site hospitalier d’origine d’Ancien Régime de Wallonie.

Une éventuelle proposition d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial se développerait sur base sérielle, transnationale.  La thématique hospitalière et du soin est peu présente sur la liste du patrimoine qui recense le palais de la musique catalane et l’hôpital de San Pau à Barcelone (Espagne) ainsi que la grande mosquée et l’hôpital de Divrigi (Turquie).  Les listes indicatives ne sont guère plus fournies avec l’ancien hôpital Albert Schweitzer de Lambaréné (Gabon), le sanatorium Zonnestraal (Pays-Bas), l’hôpital Paimio (Finlande) et l’hôpital des partisans de Franja (Slovénie).

Il conviendra de réaliser une étude comparative faisant intervenir les critères suivants :

  • Architecture hospitalière
  • Vocation sociale et accueil du pauvre malade
  • Fondation par la charité chrétienne
  • Illustration de l’évolution des techniques médicales et scientifiques
  • Modèle économique autarcique

Le réseau des Hôtels-Dieu et Apothicaireries pourrait être une aide précieuse pour ce travail.