La tragique destruction des bouddhas de Bamiyan en mars 2001, diffusée dans le monde entier, a conduit à une reconnaissance mondiale de la nécessité de protéger le patrimoine culturel en péril.

Les niches vides des bouddhas géants de la vallée de Bamiyan, en Afghanistan, sont un rappel perpétuel de notre devoir de protéger le patrimoine culturel et de ce que les générations futures risquent de perdre si nous ne le faisons pas. Aujourd'hui, ces niches sont inscrites sur la Liste du patrimoine mondial en tant que composante du bien "Paysage culturel et vestiges archéologiques de la vallée de Bamiyan".

Si la destruction du patrimoine et le pillage d’objets ont lieu depuis l'antiquité, la destruction des deux bouddhas de Bamiyan a néanmoins représenté un tournant important pour la communauté internationale. Acte de destruction délibéré, motivé par une idéologie extrémiste visant à détruire la culture, l'identité et l'histoire, la perte des Bouddhas a révélé comment la destruction du patrimoine pouvait être utilisée comme une arme contre les populations locales. Elle a mis en évidence les liens étroits entre la sauvegarde du patrimoine et le bien-être des personnes et des communautés. Elle nous a également rappelé que la défense de la diversité culturelle n'est pas un luxe, mais un élément fondamental pour la construction de sociétés plus pacifiques.

Depuis la destruction des Bouddhas de Bamiyan, les autorités afghanes et la communauté internationale, y compris l'UNESCO, ont travaillé sans relâche pour sauvegarder le riche patrimoine culturel et naturel de l'Afghanistan, qui témoigne de millénaires d'échanges entre différents peuples et cultures. En 2003, le paysage culturel et les vestiges archéologiques de la vallée de Bamiyan ont été inscrits simultanément sur la Liste du patrimoine mondial et sur la Liste du patrimoine mondial en péril, compte tenu de l'extrême fragilité des niches, de l'absence d’un cadre de gestion ainsi que des préoccupations en matière de sécurité.

Depuis lors, grâce à une coopération internationale solide sur le long terme, plus de 27 millions de dollars US ont été investis pour la conservation et la stabilisation du bien du patrimoine mondial de Bamiyan, l'autonomisation des communautés locales, la revitalisation du patrimoine culturel immatériel, et la construction d'un centre culturel pour Bamiyan dédié à la créativité, entre autres activités. Les partenaires internationaux sont restés engagés dans cette entreprise à travers des projets opérationnels, notamment six phases successives d'un projet de stabilisation des niches, lesquelles menaçaient de s'effondrer. Après plus de 15 ans, la consolidation de la niche orientale du Bouddha est achevée, tandis que des travaux urgents sont en cours pour sauvegarder la niche occidentale, grâce à un financement du Japon. Cette coopération a également été étendue aux sept autres composantes du bien situées de la vallée de Bamiyan, dont des grottes couvertes de peintures murales, expressions remarquables des influences indiennes et chinoises le long des routes de la soie, et la forteresse de Shahr-e Gholghola, qui marque l'origine du peuplement de Bamiyan. Ces efforts sont soutenus financièrement et techniquement par le Japon et l'Italie. L'UNESCO a également été heureuse de s'associer à l'Union européenne, l'Allemagne, la République de Corée, la Suisse et d’autres partenaires qui ont soutenu le travail que mène l’Organisation à Bamiyan.

Une conférence internationale organisée en 2017 a souligné la nécessité de continuer à mener des études sur une éventuelle reconstruction des Bouddhas. L'UNESCO et Springer ont récemment publié The Future of the Bamiyan Buddha Statues : Heritage Reconstruction in Theory and Practice [Le futur des statues du Bouddha de Bamiyan : Théorie et pratique de la reconstruction du patrimoine], un recueil de documents scientifiques traitant de cette question extrêmement complexe. Lorsque l'on considère la reconstruction du patrimoine, chaque cas est unique, et cette situation appelle à une approche axée sur un profond respect des communautés locales. L'UNESCO et ses partenaires ont continué à travailler sur le sujet, notamment dans le cadre de la "Conférence internationale sur la reconstruction : Les défis du relèvement du patrimoine mondial culturel", qui s'est tenue à Varsovie en mai 2018 et a abouti à la Recommandation de Varsovie sur le relèvement et la reconstruction du patrimoine culturel.

Tragiquement, depuis Bamiyan, nous avons assisté à la poursuite de la destruction intentionnelle du patrimoine culturel en Syrie, en Irak, en Libye, au Mali et ailleurs. Pourtant, la communauté internationale n'est pas restée silencieuse face à ces actes de violence. Dans le sillage de Bamiyan, les États membres de l'UNESCO ont adopté la Déclaration sur la destruction intentionnelle du patrimoine culturel le 17 octobre 2003. Suite à la destruction des sites du patrimoine culturel à Tombouctou en 2012, la communauté internationale a reconnu la destruction intentionnelle du patrimoine culturel comme un crime de guerre : en 2016, la Cour pénale internationale a jugé un accusé coupable de crimes de guerre pour avoir ordonné la destruction de mausolées à Tombouctou en 2012, la première décision de ce type rendue par la Cour. Ces dernières années, l'UNESCO a soutenu la reconstruction et les efforts de préparation et de réponse aux situations d'urgence dans plus de 60 pays, notamment par le biais de son Fonds d'urgence pour le patrimoine.

Alors que nous commémorons le 20e anniversaire des actes de destruction à Bamiyan, nous, à l'UNESCO, réitérons notre soutien au peuple afghan et renforçons notre engagement à faire front commun avec les peuples du monde entier pour sauvegarder le patrimoine culturel, incarnation de notre humanité commune.

Ernesto Ottone R.
Sous-directeur général de l'UNESCO pour la culture

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Déjà paru dans La Revue du Patrimoine Mondial