Des rapports ont été soumis respectivement le 23 janvier et le 3 février 2007, par les Etats parties de Côte d'Ivoire et de Guinée. La mission de suivi commune UNESCO/UICN demandée par le Comité lors de sa 30e session a dû être repoussée plusieurs fois en raison de problèmes de sécurité. Il est actuellement prévu que la mission se déroule du 13 au 22 mai. Les conclusions de cette mission seront présentées oralement lors de la 31e session.
Le bien est toujours menacé par un manque de contrôle de la totalité de son territoire, contrôle total rendu impossible par la présence de forces rebelles dans la partie ivoirienne du bien. En Guinée, l'empiétement du bien et les potentiels impacts négatifs de l'exploitation minière par la société SFMG (Société des Minerais de Fer de Guinée), qui a repris, constituent des menaces pesant sur le bien.
a) Côte d’Ivoire :
Le rapport soumis par l'Etat partie fait état de la suspension des activités de gestion du bien à cause de l'occupation par des forces rebelles, mais du peu d'impact de la crise sur les ressources naturelles du bien, ce qui permet une restauration de celui-ci. Le braconnage est considéré comme étant la plus grande menace, l'exploitation forestière, qui se pratiquait dans la zone tampon jusqu'en octobre 2006, a été stoppée dans toutes les zones suite à une décision des autorités rebelles visant à interdire cette activité. Il n'y a pas d'empiétement à but agricole dans le bien, et le village voisin de Yéalé continue de contribuer à la protection du bien. L'Office Ivoirien des Parcs et Réserves (OIPR) n'a toujours pas la possibilité d'accéder au bien à cause de la dégradation des routes. Les bâtiments du parc (ses bureaux et le logement des gardes) sont complètement détériorés et sont occupés par les ex-membres des forces rebelles. Une rencontre sur le Mont Nimba prévue pour 2006 a été repoussée à plus tard au cours de l'année 2007, elle a pour but d'établir un plan de collaboration pour une gestion transfrontalière améliorée entre le Libéria, la Côte d'Ivoire et la Guinée.
b) Guinée :
L'Etat partie guinéen a soumis un rapport détaillé sur l'état de conservation, soulignant un manque de ressources financières nécessaires à une amélioration de la gestion du bien. Le rapport donne aussi des détails sur la mise en œuvre de quelques unes des recommandations de la mission de 1993:
(i) Alors que les limites du bien telles que proposées par la mission de 1993 ont été approuvées par toutes les parties concernées, elles n'ont pas encore été définies légalement;
(ii) Une structure de gestion du bien a été créée (CEGENS) mais elle manque des ressources financières et techniques;
(iii) Aucun progrès n'a été accompli dans la mise œuvre de la convention environnementale avec la compagnie minière;
(iv) La compagnie minière SMFG n'a pas jusqu'alors contribué financièrement ni au développement régional ni à la gestion du bien;
(v) Aucune étude d'impact environnemental complémentaire n'a été menée depuis l'évaluation d'impact environnemental de 1990. Cependant, la compagnie minière prépare actuellement un cahier des charges pour une Etude environnementale d'impact ;
(vi) Depuis 2004, d'importants travaux préparatoires d'infrastructure ont été entrepris dans l'enclave d'exploitation minière, tels que la réouverture de la route conduisant au Pierré Richaud et la construction d'un équipement de rétention d'eau
(vii) Aucun progrès n'a été réalisé dans la reformulation du plan de gestion;
(viii) Les communautés locales continuent de dépendre des ressources naturelles du bien, ce qui entraîne une dégradation supplémentaire de celui-ci. La seule route accessible est la route Lola – Gbakoré – N'Zoo, récemment rénovée par la compagnie minière.
Le rapport reconnaît que des efforts sont actuellement entrepris pour être en conformité avec certaines recommandations, reprises par le projet PNUD/Fonds de l'Environnement Mondial (FEM), mais remarque que les autorités de gestion (CEGENS) ne sont pas suffisamment impliquées dans la mise en œuvre du projet.
Le rapport remarque aussi qu'une grande partie du bien est endommagée par des feux de brousse. Des recherches n'ont pas encore été menées pour en connaître l'origine mais des braconniers sont susceptibles d'en être la cause. La forêt de Bossou, qui accueille un habitat de chimpanzés, est détériorée par la pression exercée par les communautés agricoles voisines dont les terres ne sont plus fertiles. En outre, les forces rebelles ivoiriennes sont la cause de graves problèmes de gestion en Guinée. Le long de la frontière ivoirienne, des communautés indigènes et exogènes occupent 2.700 hectares de clairière, 1.300 hectares de forêt ouverte détériorée, 4.000 hectares de terres agricoles empiétées sur le bien, et 1.500 hectares de terres complètement détériorées.
Pour aider à faire face à ces menaces, l'Etat partie guinéen demande une aide de la communauté internationale pour mener à bien des actions de gestion profitant au bien.
L'Etat partie guinéen souligne sa volonté politique et de soutien du bien mais remarque qu'il est gravement entravé dans sa démarche par un manque de ressources et de capacités financières et souhaite une aide accrue de la communauté internationale. Une assistance internationale est demandée car le Mont Nimba recouvre un territoire transfrontalier partagé par la Côte d'Ivoire, le Libéria et la Guinée, ces trois pays souffrant des mêmes maux: un manque de ressources, une pauvreté des communautés locales voisines du bien, ces communautés souffrant d'illettrisme, et une pression exercée par l'exploitation minière. L'Etat partie souhaiterait être aidé à promouvoir et à négocier des actions concertées visant à mettre en œuvre les mécanismes institutionnels dans chacun des trois pays, afin de permettre un développement durable, bénéficiant aux acteurs locaux et aux ressources naturelles.
Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN reconnaissent les difficultés de gestion du bien dans le cadre de la crise ivoirienne mais souligne la nécessité pour la Côte d'Ivoire, le Libéria et la Guinée de continuer un travail commun pour essayer de résoudre les problèmes. La mise en œuvre des recommandations de la mission de suivi de 2007 sera constitutive de la protection du bien et requerra une coopération accrue entre les Etats parties impliqués, ainsi qu'une assistance technique et financière de la communauté internationale.
Le 17 décembre 2006, une délégation de la SMFG, composée de son Président et de son Directeur de la communication et de l'environnement, a rendu visite au Directeur du Centre du patrimoine mondial. Au cours de cette rencontre, la SFMG a souligné que la compagnie et ses actionnaires BHP Billiton et Newmont, tous deux membres de l'ICCM, prennent les problèmes environnementaux autour du projet d'exploitation minière de Nimba très au sérieux. Ils ont reconnu que seul un projet très attentif sera capable de limiter les impacts du projet minier à l'intérieur de l'enclave et ont annoncé qu'ils allaient mettre en route un projet de vaste et complète évaluation d'impact environnemental et social afin d’analyser les impacts potentiels, directs et indirects, dans et au-delà des limites de la mine et de ses infrastructures.
La mission de suivi étant prévue pour mai, il est probable qu'un projet de décision révisé soit proposé à la 31e session, celui-ci inclura les conclusions et les recommandations de cette mission.