Les 22 janvier et 22 avril 2010, des rapports sommaires sur l’état de conservation du bien ont été soumis par l’Etat partie guinéen et l’Etat partie ivoirien. Ces rapports indiquent des progrès limités dans la mise en œuvre des mesures correctives pour le bien :
Pour la partie du bien située en Guinée :
a) Renforcer les capacités sur le terrain du Centre de Gestion de l'Environnement du Nimba et du Simandou (CEGENS), organisme de gestion en ce domaine, notamment en lui allouant les ressources financières et techniques nécessaires pour accomplir sa mission
L’Etat partie note la présence du personnel du CEGENS sur le bien, mais ne précise pas les ressources financières et techniques qui lui sont destinées. Néanmoins, il mentionne le manque de renforcement des capacités institutionnelles, financières, techniques et matérielles de l’organe de gestion. Le rapport note que du fait du retard dans la signature du Décret d’actualisation du classement du bien, certaines ressources financières prévues dans le cadre de l’accord avec la Société des Mines de Fer de Guinée (SMFG) pour des activités du Plan d’Action annuel restent bloquées.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent qu’aucun progrès ne semble avoir été réalisé au sujet du renforcement institutionnel du CEGENS depuis la mission de 2007. Sans une autorité de gestion performante et dotée de ressources humaines et financières appropriées, il restera très difficile de mettre en œuvre les mesures correctives adoptées par le Comité.
b) Renforcer la surveillance du bien en coopération avec les communautés locales, en recrutant notamment les éco-gardes nécessaires et en renforçant les capacités des comités villageois de surveillance (CVS) récemment créés
L’Etat Partie fait ressortir dans le rapport l’augmentation des effectifs éco-gardes de 16 à 32 et la création de, neuf Comités Villageois de Surveillance (CVS) dans les villages adjacents au bien. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que ces informations étaient déjà incluses dans le rapport précédent et qu'aucune information n’est donnée sur la capacité de l’actuelle surveillance à contenir les nombreuses menaces qui pèsent sur le bien. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent également que le nombre d’éco-gardes reste faible par rapport aux menaces et à l’étendue du massif.
c) Définir, en consultation avec les partenaires locaux concernés, une zone tampon pour le bien possédant un statut juridique approprié et renforcer la conservation du bien par une gestion durable des ressources naturelles au sein de cette zone tampon
L’Etat partie note que l’adoption du projet de Décret d’actualisation des actes de classement et de gestion des aires de la réserve des Monts Nimba a été retardée à cause des problèmes politiques dans le pays fin 2009. Le rapport de l’Etat partie rappelle également que le géo-référencement des limites de la réserve et de l’enclave minière a été réalisé durant l’année 2008, avec la participation de la communauté locale. Le processus de matérialisation des limites a quant àlui été reporté à 2010. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que le rapport ne clarifie pas si ce décret définira aussi une zone tampon possédant un statut juridique approprié. La mise en place d’une zone tampon fonctionnelle est une recommandation clé de la mission de 2007.
d) Mettre en place un système de suivi écologique et une base de données géo référencées pour toutes les données scientifiques collectées sur le bien
L’Etat partie note la signature d’un contrat entre le Programme de Conservation de la diversité biologique des Monts Nimba (PCB/MN) et l’ONG Fauna & Flora International (FFI) pour la mise en place d’un système de suivi écologique. Malheureusement, aucune précision n’est donnée quant au contenu de ce programme.
e) Effectuer une étude de faisabilité afin de définir un mécanisme financier durable pour le bien ;
Le rapport souligne le manque de mécanisme de financement durable pour la conservation du bien. L’Etat partie entend demander l’assistance du Centre du patrimoine mondiale pour une étude de faisabilité pour la création d’une Fondation Internationale des Monts Nimba. L’Etat partie note également une réduction considérable en 2009 du financement du Programme de Conservation de la Diversité Biologique des Monts Nimba (PCB/MN) financé par le Fonds Mondial pour l’Environnement.
f) Mettre au point une stratégie pour la protection de la forêt de Déré et des collines de Bossou ;
L’Etat partie considère que l’occupation et l’exploitation illicites de la forêt de Déré par les Forces Nouvelles de Côte d’Ivoire sont si préoccupantes que la voie diplomatique semble être la seule solution permettant d’éviter tout conflit armé entre les deux Etats parties. La forêt de Déré est située hors du bien mais constitue une des trois zones centrales de la Réserve de biosphère.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN rappellent également que la mission de 2007 avait mis en relief les problèmes liés à la conservation du groupe de chimpanzés de Bossou, et surtout la diminution de la population, ainsi que la perte de fonctionnalité d’un corridor entre ce site et le bien. Le rapport de l’Etat partie ne donne pas d’information sur l’évolution de la situation.
g) Etablir un plan de gestion pour le bien et la Réserve de biosphère
Aucun avancement n’a été signalé à cet égard. L’UICN note qu’une initiative de la Fondation Darwin et de FFI, visant à élaborer une stratégie commune de conservation et de gestion du bien, est en cours.
Pour la partie du bien située en Côte d’Ivoire :
Le rapport de l’Etat partie souligne que la lenteur du processus de sortie de crise continue à entraver la mise en œuvre des mesures correctives. Le rapport signale des difficultés d’ordre logistique, et notamment la forte réduction du budget de l’autorité de gestion depuis le début de la crise, ce qui rend difficile le respect d'un calendrier pour la mise en œuvre des mesures correctives.
h) Réinstaurer la présence de l’Office ivoirien des parcs et réserves (OIPR, l’autorité en charge de la zone protégée) au sein du bien et reprendre les activités de gestion, établir des mécanismes de coopération et renforcer la communication avec la communauté locale
Le rapport de l’Etat partie rappelle le redéploiement progressif du personnel de gestion, toujours basé à Duékoué, à une distance considérable du bien. Cependant, l’accès à la réserve est limité du fait de l’insuffisance des moyens matériels et logistiques, et de la lenteur du processus de désarmement. Des discussions sont en cours avec le Centre de Commandement Intégré (CCI) de l’armée et les autorités locales pour la restauration de l’autorité de l’Etat sur la réserve. L’Etat partie note que des contacts on été pris pour la création et la mise en place d’un Comité de Gestion Locale du Mont Nimba afin de renforcer la coopération avec les communautés locales.
i) Réaliser une étude des espèces clés de la faune et de la flore pour préciser le statut de la valeur universelle exceptionnelle du bien et mettre en place un programme complet de suivi afin de surveiller et contrôler les menaces, en particulier le braconnage
L’Etat partie note qu’avec la normalisation de la situation sociopolitique, l’OIPR prévoit des études sur la faune et sur la conservation de l’habitat. A cet effet, une requête de financement non signée pour la réalisation d’un inventaire a été adressée fin 2009 au Centre du patrimoine mondialL’Etat partie note que des partenaires de l’OIPR envisagent également à court terme un inventaire sur certaines espèces de faune dans la réserve.
j) Définir, en consultation avec les partenaires locaux concernés, une zone tampon pour le bien possédant un statut juridique approprié et renforcer la conservation du bien par une gestion durable des ressources naturelles au sein de cette zone tampon
L’Etat partie considère que l’aménagement du territoire ne permet pas de créer une zone tampon autour du bien. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN rappellent que la mission de 2008 avait recommandé que cette zone tampon soit organisée avec lapleine adhésion des populations locales,sur la base d’une exploitation durable des ressources naturelles qui ne mette pas en péril la ceinture forestière et, au contraire, renforce la conservation de la biodiversité.
k) Elaborer un plan de gestion en étroite coopération avec toutes les parties prenantes, en particulier la communauté locale et harmoniser ce plan avec le plan en cours d’élaboration en Guinée
Le rapport note l’élaboration d’un premier projet du plan de gestion simplifié et l’élaboration des termes de références pour un projet d’atelier avec l’Etat partie de la Guinée, soumis conjointement pour financement au Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO et au Fonds Africain du Patrimoine Mondial. En ce qui concerne la partie UNESCO, la demande a été approuvée par le Président du Comité du patrimoine mondial le 2 mars 2010 pour un montant de 30.000 dollars des Etats-Unis.
l) Définir un mécanisme financier durable pour l’ensemble du bien avec l’État partie de Guinée
Dans ce cadre, la Côte d’Ivoire et la Guinée envisagent l’organisation d’un atelier international qui devrait relancer les ateliers tripartites avec le Libéria pour la finalisation de l’accord-cadre sur la gestion transfrontalière du bien naturel.
Le rapport de l’Etat partie ivoirien fait référence à la Déclaration de valeur universelle exceptionnelle et note que dans le cadre des rencontres qui ont eu lieu lors d’ateliers internationaux en 2009, un projet de déclaration conjoint de valeur universelle exceptionnelle est en cours d’élaboration par les deux Etats parties. Aucun Etat de conservation souhaité pour le bien n’a été défini.
m) Exploitation minière
Les rapports des deux Etats parties évoquent les menaces minières qui affectent le bien de part et d’autre de la frontière
Pour la Guinée : le rapport de l’Etat partie note qu'en ce qui concerne le projet minier mené dans l’enclave par la Société des Mines de Fer de la Guinée (SMFG), la mise en œuvre de l’étude d’impact environnemental et social est retardée. A ce sujet, le a, la SMFG a informé le Centre du patrimoine mondial que suite à la réunion tenue à l’UNESCO en 2009, elle a revu les Termes de Référence de l’étude en tenant compte des propositions du Centre et de l’UICN. La SMFG a par ailleurs confirmé que depuis la réunion, il y a eu peu d’avancées dans le développement du projet minier, et donc dans l’étude d’impact, étant donné que certaines décisions stratégiques qui doivent être prises au niveau du gouvernement ont été retardées, suite aux événements politiques. A ce jour, il n’y a plus de forage exploratoire dans l’enclave. Des travaux de réhabilitation des sites de forage ainsi que des pistes ouvertes sont en cours de finalisation.
Pour la Côte d’Ivoire : l’Etat partie note la renonciation de Tata Steel au projet d’exploration minière du bien suite aux discussions entre l’UICN, le Centre du patrimoine mondial et le Directeur du Groupe Global Minerals de Tata Steel. Toutefois, l’Etat partie ne répond pas à la demande du Comité de confirmer de façon urgente que toutes les concessions minières au sein du bien ont effectivement été annulées.
1. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent en outre que les menaces qui pèsent sur le bien sont toujours présentes et que les mesures prises par les Etats parties guinéen et ivoirien restent insuffisantes pour maîtriser ces menaces. En particulier, le système de surveillance du bien ne maîtrise pas les nombreuses agressions et activités illégales sur ses ressources. A ces menaces s’ajoute la problématique minière. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent qu’il est urgent de renforcer la gestion du bien, à travers un renforcement des capacités de l’autorité de gestion CEGENS en Guinée et en assurant que les activités de gestion en Côte d’Ivoire soient rétablies. En outre les Etats parties ivoirien et guinéen doivent se concertent pour élaborer et mettre en œuvre une stratégie commune de surveillance conjointe du mont Nimba. Une réunion de la Commission tri-nationale permettrait d’avancer sur cette question. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent donc que le bien devrait être maintenu sur la Liste du patrimoine mondial en péril.