Le 30 septembre 2007, l'Etat partie a remis un plan d'actions annuel (POA) établi par l'unité de gestion (UGMP). L'Etat partie n'a pas remis la stratégie concernant le contrôle de l'accès occidental du Sanctuaire, ainsi que l'avait demandé le Comité du patrimoine mondial dans sa décision 31 COM 7B.45.
Le 7 mars 2008, l'Etat partie a remis un rapport d'avancement en espagnol sur les actions entreprises sur le territoire du bien. Ce rapport comprend des informations émanant de l'Institut national de la culture (INC) et de l'Institut national des ressources naturelles (INRENA) mais pas des autres institutions qui prennent part à l'UGMP, telles que le Ministère du tourisme (MINCETUR) et le Gouvernement régional.
Selon le rapport de l'Etat partie, l'INC a limité la portée de ses efforts à la zone de la Citadelle. Les résultas sont une meilleure gestion des flux touristiques autour de la Citadelle, une stratégie d'interprétation améliorée, le nettoyage et la consolidation du système inca d'évacuation des eaux, l'amélioration de l'accès officiel à la citadelle et la réparation des sentiers incas dans les zones centrale et tampon du Sanctuaire.
a) Plan de gestion et gouvernance
L'unité de gestion du bien est de nouveau en place depuis le 19 juillet 2007. Seule une mise en œuvre minime des actions prioritaires identifiées lors de l'atelier de 2007 sur la gestion participative a pu avoir lieu. Aucune action n'a été entreprise afin de mettre à jour de façon participative le plan de gestion. En ce qui concerne la gouvernance, l'UGMP n'a pas pu améliorer la coordination institutionnelle avec, par exemple, le Ministère des transports et des télécommunications ou les structures de planification urbaine.
b) Evaluation des options en matière de transport, des risques de glissement de terrain et plan de gestion des risques
L'INRENA na pas encore finalisé la carte matérialisant l'évaluation des risques pour le bien. C'est un élément essentiel de l'élaboration des mesures de préparation aux risques demandées par le Comité du patrimoine mondial. Le rapport ne fait aucune mention de l'évaluation complète et de la prise en compte des risques de glissements de terrain sur la route Hiram Bingham, où la majeure partie de ceux-ci s'est déroulée au cours des dernières années. Les actions dans ce domaine se sont limitées à interdire le nettoyage des bus sur la route, activité généralement associée à une accélération de l'érosion.
Aucune action n'a été entreprise afin de nettoyer le lit de la rivière Alcamayo ou de renforcer ses murs de soutènement dans la traversée de Aguascalientes, comme la mission de suivi de 2007 l'avait proposé. Par ailleurs, le contrat signé entre l'INC et l'Université de Kyoto sur l'évaluation des risques de glissement de terrain a été annulé, aucun programme de renforcement des capacités ou de transfert des savoirs n'a été proposé aux techniciens locaux. Le mandat des mesures de préparation aux risques a été examiné par l'UGMP mais l'Institut de la défense civile (INDECI) ne l'a pas encore approuvé sous sa forme actuelle, ce qui est indispensable avant toute procédure d'appel d'offre.
L'Etat partie signale que le 22 août 2007, un incendie s'est déroulé dans le Sanctuaire sur une superficie de 161 hectares. Suite à cet événement, un système de contrôle permanent a été mis en place sur le réseau de câbles à haute tension. Des tests de systèmes de prévention des incendies se déroulent actuellement dans le secteur de Totontoy. L'INRENA reconnaît que l'absence d'un système de détection des incendies dans le Sanctuaire associé à la menace potentielle de feux émanant des combustibles inflammables nécessaires à la gestion du bien et au manque de politiques, de réglementations et de sanctions adéquates concernant les infractions pouvant provoquer des incendies constituent une sérieuse source de préoccupation.
Outre les problèmes évoqués ci-dessus, le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives ont été informés en janvier 2008 que les vols en hélicoptères au dessus du Sanctuaire ont repris, ils atterrissent à El Rocotal, à 2 kilomètres de la Citadelle et à 1 kilomètre de Aguascalientes. Le Centre du patrimoine mondial a demandé que l'Etat partie lui remette des informations officielles sur ce sujet. Au cours des 9 dernières années, le Comité du patrimoine mondial a réaffirmé le besoin de définir, au moyen de l'élaboration et de la mise en œuvre d'un plan de transports, des alternatives adaptées pour les déplacements vers le Sanctuaire, alternatives dont les impacts seraient étudiés, comme il a été demandé dans la décision 28 COM 15B.38. Ces aménagements ont en commun un impact important sur la valeur universelle exceptionnelle du bien en ce qui concerne les valeurs archéologiques, esthétiques et de paysage du bien qui sont le fondement de son inscription.
c) Absence d’études d'impact relatives à la capacité d'accueil de la Citadelle et du Chemin de l’Inca et retards dans l'élaboration et la mise en place d'un plan d'utilisation publique
L'INC a élaboré un Plan d'urgence pour le Machu Picchu qui s'intéresse principalement à la gestion des visiteurs de la Citadelle, qui définit des voies d'accès alternatives afin d'éviter les encombrements dans les zones stratégiques de la Citadelle et met en place de nouveaux itinéraires avec des points d'entrée et de sortie alternatifs. L'Etat partie a également remis des informations sur le projet d'installation d'un réseau de fibre optique dans le Sanctuaire afin de suivre les flux touristiques et de fournir des accès téléphoniques et Internet, aucune Etude d'impact environnementale concernant ce projet n'a cependant été jointe dans le rapport. L'Etat partie signale que l'UGMP a élaboré des "Règles de contrôle de l'utilisation de la route Santa Teresa-Colpani-Gare ferroviaire" (accès occidental au Sanctuaire) mais que celles-ci n'ont pas encore été approuvées par la Direction régionale des transports et des communications, le document spécifiant ces règles ne faisait pas partie du rapport de l'Etat partie en dépit de la décision 31 COM 7B.45. Le rapport de l'Etat partie soulève aussi un certain nombre de problèmes irrésolus. Par exemple, le nombre croissant de visiteurs arrivant à la Citadelle avant 5 heures 30 en empruntant des voies d'accès non autorisées, ce qui prouve que le renforcement des mesures de sécurité mis en œuvre au cours des 5 derniers mois n'est pas efficace. L'initiative privée qui a consisté à classer le bien comme l'une des "sept nouvelles merveilles du Monde" est susceptible d'accroître le nombre de visiteurs.
Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives reçoivent sans arrêt des informations faisant état de problèmes liés à la circulation incontrôlée, au mauvais état du réseau routier et à une offre de prestations touristiques non sécurisées qui ont, dans le pire des cas, causé la mort de deux adolescents en novembre 2007. Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives sont inquiets car en dépit de la demande urgente exprimée l'an dernier par le Comité du patrimoine mondial, aucune campagne de communication n'a été mise en œuvre afin d'informer les visiteurs et les prestataires touristiques des risques sanitaires, des risques de glissements de terrain, d'incendies, d'effondrement de bâtiments encourus lors d'un séjour d'une nuit à Aguascalientes.
La mise en œuvre du plan d'utilisation publique connaît des retards incessants par manque de financement. L'Etat partie a décidé de faire un appel d'offre pour l'élaboration de ce plan. Un second appel d'offre concernera un plan d'utilisation touristique et un troisième appel d'offres une étude sur la capacité d'accueil du bien. L'Etat partie signale que ces trois procédures sont en attente en raison d'un manque de ressources financières. Mener trois études séparées, au lieu d'une seule approche globale intégrée, comme recommandé par la mission de suivi de 2007, est susceptible d'être à l'origine de doublons et d'efforts inefficaces.
d) Retards dans la mise en place de la planification urbaine et des mesures de contrôle du village mitoyen de Aguascalientes ce qui a des impacts sur les valeurs du bien
Aucune mesure n'a été mise en oeuvre afin d'empêcher des constructions incontrôlées à Aguascalientes. Aucune mesure d'urgence n'a été prise pour enrayer l'accroissement rapide de la population du village, comme la mission de suivi réactif de 2007 l'avait recommandé. La croissance du village d'Aguascalientes représente une menace majeure pour le bien du patrimoine mondial, menace renforcée par l'ouverture de nouveaux points d'accès pour les piétons et les véhicules dans la partie occidentale du Sanctuaire.
L'inefficacité des règles de planification perdure et aucune action n'est entreprise en termes de dommages visuels, d'impact environnemental, de construction incontrôlées, et d'accroissement du nombre de constructions sur les rives de la rivière Vilcanota. Un nouvel hôtel de 7 étages a été construit sans autorisation. L'Etat partie signale, qu'au cours des derniers mois, 43 projets de constructions sans autorisation ont été recensés dans la zone protégée ce qui a des conséquences sur les valeurs visuelles du bien. Aucune solution n'a par ailleurs été trouvée pour les déchets liquides et solides qui détériorent la qualité de l'eau de la rivière qui parcourt le bien. En ce qui concerne la planification territoriale, aucun diagnostic sur des stratégies de transports local ou national n'a été élaboré.
Le rapport explique que la mise en œuvre d'une planification urbaine relève des compétences de la municipalité de Aguascalientes et que la création du service concerné est prévue pour 2008. Aucune information n'a été fournie quant aux compétences et aux responsabilités de ce futur service, pas plus que sur sa composition, son travail et son mode de fonctionnement.
e) Manque de gestion efficace du site
Il y a un manque continuel de progrès accomplis dans la mise en œuvre des décisions du Comité du patrimoine mondial, résultant de la visite sur le terrain de six missions en dix ans. Une série de nouveaux problèmes voit le jour, ils résultent d'un manque de gestion intégrée adaptée, d'une piètre gouvernance et d'un manque de coordination institutionnelle. Il semble que l'engagement politique et/ou la capacité technique de l'Etat partie ne soient pas suffisants pour répondre efficacement aux besoins du bien.
Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives concluent que le bien, et plus particulièrement les valeurs qui ont conduit à son inscription, sont d'évidence en péril. Les menaces détaillées dans les paragraphes 179 et 180 des Orientations affectent d'ores et déjà les valeurs environnementales du bien et ont un fort potentiel d'accroissement.
Les menaces principales sont:
(i) Le manquement des structures de gouvernance dans l'élaboration et la mise en œuvre d'une gestion intégrée efficace du Sanctuaire, et le manque de participation de toutes les parties concernées dans l'élaboration et la révision du plan de gestion;
(ii) L'absence de mesures efficaces visant à remédier aux graves risques menaçant le bien tels que les glissements de terrain, l'effondrement des bâtiments et les incendies;
(iii) La croissance incontrôlée du village de Aguascalientes, avec en conséquence des impacts directs et indirects sur le bien, et des risques collatéraux pour les visiteurs en raison des mauvaises conditions d'hygiène, des menaces pour leur santé et des conflits sociaux;
(iv) Une gestion inadaptée et non planifiée des visiteurs avec pour conséquence un usage du site incontrôlé, une planification de l'accès inadaptée au regard de la capacité d'accueil du bien, des encombrements tant à Aguascalientes que dans la Citadelle du Machu Picchu, et une absence de contrôle de l'accès occidental au bien.
Les facteurs constitutifs de menaces pour le bien sont susceptibles d'être corrigés par l'intervention humaine et remplissent ainsi les conditions requises par le paragraphe 181 des Orientations.
Le bien devrait être maintenu sur la Liste du patrimoine mondial en péril jusqu'à la mise en œuvre effective des mesures correctives suivantes qui sont conformes aux précédentes recommandations du Comité du patrimoine mondial et de la mission de suivi de 2007:
(i) Mise en place d'une gouvernance améliorée et efficace et d'une gestion intégrée du bien en particulier du Sanctuaire, et impliquant les principales parties prenantes concernés;
(ii) Etablissement d'un plan de gestion efficace prenant en compte toutes les valeurs culturelles et environnementales concernées par le bien, et financement approprié de sa mise en œuvre;
(iii) Elaboration et mise en œuvre d'une stratégie globale de réduction des risques afin d'identifier et d'apporter des solutions aux risques présentés dans ce rapport;
(iv) Elaboration et mise en œuvre d'un plan d'urbanisme pour Aguascalientes afin de traiter efficacement les problèmes suivants qui ont un impact sur les valeurs esthétiques et l'intégrité du bien ainsi que sur le séjour et la sécurité des visiteurs:
a. Le risque important de glissements de terrain provoqués par l'aménagement urbain des pentes très escarpées, qui a des conséquences sur leur stabilité;
b. L'absence de contrôle du nombre, de la situation, de la hauteur et de la qualité des constructions de bâtiments;
c. La capacité limitée des services de lutte contre l'incendie destinés à la population locale et aux visiteurs;
d. L'impact des déchets liquides et solides et le manque de structure de traitement appropriée;
e. Le niveau de pauvreté et les problèmes de conflits d'intérêt entre les aménagements touristiques illégaux et les décisionnaires.
(v) L'élaboration et la mise en œuvre de plans de gestion efficaces des visiteurs et d'alternatives pour le transport et l'accès au bien, répondant aux encombrements croissants de Aguascalientes et de la Citadelle du Machu Picchu.
L'Etat de conservation souhaité pour le retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril, les mesures correctives détaillées et leur calendrier de mise en œuvre devront être élaborés par l'Etat partie en collaboration avec les autres parties en présence sur le bien, ainsi qu'avec le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives.
Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives estiment que l'inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril serait un excellent moyen de garantir l'engagement politique au plus haut niveau pour la conservation et la gestion du bien. Cela constituerait également un moyen de promouvoir une coopération internationale afin d'aider l'Etat partie à se voir accorder les ressources financières et les moyens techniques nécessaires à la conservation du bien à long terme.