Le 11 février 2005, le Centre du patrimoine mondial a reçu le document « Propuesta general y lineamientos para el plan maestro del Santuario histórico de Machupicchu » (Instituto nacional de Cultura de Cuzco, novembre 2004), qui trace les grandes lignes du nouveau schéma directeur du Sanctuaire historique de Machu Picchu. Cette proposition a été conçue en décembre 2003 par l’INC (Instituto nacional de Cultura) à Cuzco, en coopération avec l’INRENA (Instituto nacional de Recursos naturales) et le MINCETUR (Ministerio de Comercio exterior y Turismo). Elle présente dans un premier temps vingt-trois études fondamentales et diagnostics sur des thèmes relatifs à la gestion et à l’exploitation du sanctuaire. Ces études ont été réalisées de juillet à décembre 2004 par un groupe d’universitaires et de techniciens de l’INC, et des consultants spécialisés dans ce domaine.
Les dispositions provisoires du schéma directeur se résument en sept points :
a) expliquer les objectifs, la méthodologie, les stratégies et les études nécessaires à l’élaboration du nouveau schéma directeur ;
b) analyser le cadre juridique, les conventions internationales et le rôle de toutes les institutions, à savoir leur participation, leurs responsabilités et leur concurrence ;
c) présenter le caractère sacré des espaces naturels et culturels, ainsi que les problèmes critiques qui en découlent. D’après les observations des facteurs relatifs au tourisme sur le site, les auteurs estiment la capacité de charge de la Citadelle à 2 500 personnes par jour ;
d) diriger l’attention sur le territoire, les ressources naturelles et culturelles, l’infrastructure, les systèmes urbains et la conception des circuits touristiques possibles ;
e) présenter un organigramme de la grande ceinture de Machu Picchu, avec son infrastructure, son potentiel économique, ses propriétés naturelles et ses aspects culturel, sociaux et touristiques ;
f) proposer un plan à long terme (dix ans, 2005-2015), comprenant des sections à moyen terme (cinq ans, 2005-2010) et à court terme (un an), basées sur onze lignes stratégiques ;
g) préciser l’ordre d’exécution des quatre phases du plan sur les dix prochaines années, avec la liste des 75 programmes ou projets conformes aux onze lignes stratégiques.
La réglementation de l’urbanisme d’Aguas Calientes n’est pas analysée convenablement dans les dispositions proposées pour le schéma directeur. L’INC, l’INRENA et la Municipalité d’Aguas Calientes devraient se concerter afin de s’assurer que le nouveau plan comporte des arrêtés municipaux détaillés qu’il convient d’adopter et d’appliquer de toute urgence. L’ICOMOS fait également observer que l’autorisation légale du régime foncier du territoire qu’occupe le sanctuaire est l’un des problèmes à résoudre, au même titre que la coordination entre des institutions aussi diverses que l’INC, l’INRENA, le MINCETUR. Un autre aspect que néglige la proposition est l’accès routier à la citadelle en provenance de la gare ferroviaire, pour lequel il faut trouver une solution de toute urgence. Le Centre du patrimoine mondial et l’ICOMOS en concluent que le document renferme les principes nécessaires à la préparation du nouveau schéma directeur du Sanctuaire historique de Machu Picchu, mais que ce n’est pas le schéma directeur lui-même. La prochaine étape devrait être consacrée à la rédaction du plan définitif qu’il convient d’institutionnaliser.
A la demande de la 28e session du Comité (Suzhou, 2004), le Centre du patrimoine mondial a collaboré avec le gouvernement péruvien à l’organisation d’une réunion à Lima pour réfléchir à la manière dont le projet de réhabilitation et de gestion de la Vallée de Vilcanota pourrait améliorer l’état de conservation du Sanctuaire historique de Machu Picchu (SHMP). La réunion s’est tenue les 18 et 19 avril 2005 entre la Banque mondiale, le Centre du patrimoine mondial et les autorités péruviennes concernées. Le projet de Vilcanota a pour but d’aider le gouvernement péruvien à mieux gérer le tourisme dans le SHMP. Il porte essentiellement sur le développement du tourisme pour stimuler les initiatives en faveur d’un développement durable de la Vallée de Vilcanota qui compte environ 100 000 habitants et couvre un vaste territoire inscrit sur la Liste du patrimoine mondial. Le projet sera mis en œuvre en partenariat avec laNational Geographic Society, le World Monuments Fund, les ONG et les bailleurs de fonds bilatéraux.
Le projet facilitera, en principe, l’accès à des services urbains et des équipements plus performants dans l’ensemble de la vallée, à travers la création d’un système régional de traitement des déchets solides, le transfert des foyers précaires à Aguas Calientes, les évaluations complètes d’impact environnemental et d’ingénierie et les investissements en matière d’urbanisme. Au cours de la réunion, le Centre du patrimoine mondial s’est déclaré préoccupé par un élément clef du projet ayant trait au transfert de soixante familles d’Aguas Calientes, dont les habitations sont fort vulnérables aux éboulements. Les responsables du projet ont commencé à informer les résidents de l’éventualité d’un transfert dans la vallée de l’Aobamba, non loin de la citadelle de Machu Picchu et du village d’Aguas Calientes, à l’intérieur de la zone tampon du SHMP, mais tout près de la zone centrale du bien. Il faut 13,5 hectares de terrain pour installer un village pilote où héberger les familles d’Aguas Calientes. Ce terrain relève de la compétence de la Municipalité d’Aguas Calientes, et comme cette dernière n’a pas pu mettre fin au développement anarchique du village même d’Aguas Calientes, on craint de voir se reproduire un processus analogue dans le nouveau lotissement. Les autorités péruviennes devraient définir clairement les conditions d’une étude d’impact environnemental qui tiendrait compte des conséquences globales du projet, en particulier du relogement, et envisager d’autres lieux d’implantation pour les résidents.
Lors de la réunion de Lima, le Centre du patrimoine mondial a répété qu’on ne pouvait pas faire mention de l’UNESCO en tant que responsable de l’exécution du projet de Vilcanota, comme le mentionne le site Web de la Banque mondiale, puisque l’actuelle coopération au projet n’est pas institutionnalisée.
Comme le révèle le titre du projet et en vue de fournir des stratégies de développement économique, social et culturel, une plus vaste coordination institutionnelle serait nécessaire pour la bonne mise en œuvre des activités. Aucune des mesures proposées ne sera efficace sans l’autorité d’une Unité de gestion qui devrait créer des mécanismes pour renforcer sa capacité institutionnelle aux niveaux national et régional en procédant aux interventions envisagées.
Le Centre du patrimoine mondial a aussi reçu le document intitulé : « Precursory Stage of Landslides in the Inca World Heritage Property at Machu Picchu, Peru » de Kyoji Sassa, du Centre de recherche sur les glissements de terrain, Institut de recherche sur la prévention des catastrophes (K. Sassa, Université de Kyoto, Japon). Les recommandations 12, 13 et 14 de la mission UNESCO/ICOMOS/UICN de 2002 incitent à poursuivre les études sur la possibilité d’un glissement de terrain à la Ciudadela.
Le document explique qu’un consortium international sur les glissements de terrain a été créé avec des spécialistes de plusieurs disciplines et divers pays qui dirigent un programme scientifique international sur Machu Picchu. Les travaux sur le terrain ont amené à identifier deux blocs susceptibles d’être emportés par des éboulis : le bloc 1 sur les pentes de la citadelle, accédant à la route de Hiram Bingham, et le bloc 2 qui englobe tout le versant, dont une partie de la citadelle de Machu Picchu. « Toutefois, le processus se déroulera extrêmement lentement au niveau de la durée dans la vie quotidienne de la population, comme tout processus de développement géologique et géomorphologique ».
Le Centre du patrimoine mondial et l’ICOMOS reconnaissent que certains progrès ont été accomplis dans l’étude des problèmes de glissement de terrain à Machu Picchu, mais que de nouvelles recherches s’imposent pour obtenir plus de garanties quant aux risques et aux moyens de les combattre. L’UICN a déclaré qu’elle n’avait pas suffisamment étudié le rapport de l’Université de Kyoto et qu’une analyse approfondie et un réexamen du document, ainsi que les recommandations de l’Union seraient mises à la disposition de la 29e session du Comité.