Le rapport de l'État partie sur l'état de conservation du bien a été reçu par le Comité du patrimoine mondial le 14 février 2011, une lettre en date du 18 mars 2011 du Ministère de l'environnement a complété les informations du rapport.
a) Gouvernance et modalités de gestion pour le bien
L'État partie signale que l'efficacité de la gestion du bien a été rendue plus délicate cette année en raison de l'état d'urgence dans la région de Cuzco et de changements politiques dans l'administration du district, de la province et de la région. Il estime qu'avec une situation politique claire au cours des quatre prochaines années, la mise en œuvre du plan opérationnel annuel de 2011 sera réalisée.
L'État partie commente également les propositions actuelles de restructuration de l'unité de gestion avec une structure hiérarchique révisée de haut niveau afin d'avoir une meilleure efficacité dans une prise de décision cohérente face aux responsabilités à tous les niveaux du Gouvernement péruvien (local, régional et national). Le comité directeur serait composé des Ministres de la culture, de l'environnement et du tourisme et du Président du Gouvernement régional de Cuzco. Le comité technique serait constitué des Vice Ministres du patrimoine culturel, du tourisme, des zones naturelles protégées, du responsable régional du Gouvernement de Cuzco en charge des ressources naturelles et du tourisme, du Directeur de la culture à Cuzco du Ministère de la culture et des deux responsables des biens, le culturel et le naturel. Le projet d'amendement nécessaire à la modification de la composition de l'unité de gestion est en cours de discussion. Des informations complémentaires font état de la préoccupation déjà exprimée par le Gouvernement régional de Cuzco au sujet de la composition de l'unité de gestion, il soumettra ce point à la réflexion.
Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives prennent note de l'information sur la restructuration de l'unité de gestion. Ils estiment que bien qu'un comité directeur de haut niveau puisse effectivement renforcer l'engagement politique à la conservation du bien, des problèmes restent à résoudre dans les processus de prise de décision au niveau local. Des mécanismes de gouvernance sont encore à déterminer afin d'encourager une large participation des municipalités impliquées afin que le cycle actuel dans lequel les décisions prises sont perçues comme des ordres imposés soit révolu. Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives expriment également leur préoccupation quant au caractère durable de telles dispositions au-delà du contexte politique stable.
En ce qui concerne la demande de mise en place d'ateliers de résolution des conflits, l'État partie précise que la Municipalité du district de Machu Picchu et les organisations rurales du Sanctuaire historique de Machu Picchu ont signé un mémorandum afin de créer un panel technique destiné à examiner les problèmes actuels du district. Aucune information complémentaire n'est donnée sur le rôle du panel technique ou sur la façon dont les conclusions de ses discussions seront mises en œuvre.
b) Mise en œuvre d'une évaluation d'efficacité de gestion et accord donné à un plan triennal d'amélioration de son efficacité
L'unité de gestion a préparé les termes de référence cahier des charges de l'actualisation du plan de gestion, comme demandé par le Comité du patrimoine mondial en 2007. L'État partie a déclaré que le plan de gestion ne sera révisé qu'après l'approbation officielle de la Déclaration rétrospective de valeur universelle exceptionnelle.
c) Harmonisation des dispositions règlementaires et des cadres légaux existants et définition de stratégies afin de les mettre en place de façon efficace
Aucune information n'a été donnée par l'État partie sur ce sujet.
d) Élaboration d'une Déclaration de valeur universelle exceptionnelle et d'un État de conservation souhaité dans la cadre d'un atelier participatif
La Déclaration rétrospective de valeur universelle exceptionnelle a été reçue par le Centre du patrimoine mondial le 21 juin 2009 et soumise à l'examen des Organisations consultatives. L'État de conservation souhaité n'a pas été soumis sous la forme demandée, à la lumière des problèmes soulignés par les précédentes décisions du Comité du patrimoine mondial.
e) Plan d'action d'urgence pour la réduction des risques et le sauvetage en cas de catastrophes
Suite aux événements qui se sont déroulés en janvier 2011, le Ministère de la culture, le Service national des zones protégées du Pérou (SERNANP) et le Ministère de commerce extérieur et du tourisme (MINCETUR) ont créé un groupe de travail sur le réduction des risques, auquel participeront également le Service national de météorologie et d'hydrologie du Pérou, le Ministère des transports et des communications, Peru Rail, l'Institut national de protection des citoyens et la Chambre régionale de tourisme de Cuzco. Ce groupe de travail collectera et suivra les données des neuf stations météo installées en permanence sur le site du Sanctuaire historique de Machu Picchu depuis 2010 et des trois stations hydrologiques de la rivière Vilcanota pour faire un suivi des conditions climatiques et hydrologiques du Sanctuaire. Ce travail vise à déterminer et à prendre des mesures préventives en cas de pluies inhabituelles et d'inondations par la rivière Vilcanota, susceptibles de mettre en danger les populations locales et les visiteurs du bien. L'évaluation menée a permis d'actualiser le Plan d'action d'atténuation des conséquences des catastrophes naturelles du village de Machu Picchu qui est actuellement dans le processus de mis en place.
Dans le cadre du Plan de réduction des risques, MINCETUR et l'entité gouvernementale en charge du tourisme au Pérou (COPESCO) ont signé un accord avec le District municipal de Machu Picchu le 28 décembre 2010 sur la mise en place d'un système d'alerte et d'un plan d'urgence pour le village de Machu Picchu. Cet accord n'est à ce jour qu'à l'état de projet.
Un autre accord a également été signé entre le SERNANP et l'Institut national de météorologie et d'hydrologie (SENAMHI) sur la mise en place et l'échange automatique de données climatiques et hydrologiques sur le territoire du Sanctuaire afin de prévenir les catastrophes naturelles. Cet accord prévoit également de mettre en place des projets destinés à empêcher les feux de forêts et les risques de glissements de terrain.
Malgré le gros impact des pluies torrentielles et l'absence de mesures préventives adaptées, l'évaluation de l'État partie des catastrophes naturelles dans la région a défini le processus géodynamique comme de "risque faible". Le rapport de l'Évaluation des risques techniques et de la vulnérabilité du Sanctuaire historique de Machu Picchu, menée en 2010 par le SERNANP, a identifié plusieurs zones de risque imminent et de grande vulnérabilité aux phénomènes naturels. Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives estiment que cette évaluation est un outil essentiel au développement d'un plan global de gestion des risques et encouragent la mise en œuvre de ses recommandations.
f) Définition de règlementations sur l'utilisation publique
Comme précisé dans les précédents rapports annuels, le SERNANP et le Ministère de la culture réalisent un suivi de l'accès ouest du site en utilisant les données sur le nombre de visiteurs passant par le point de contrôle. Le nombre annuel de visiteurs du Sanctuaire en 2010 a augmenté, ce qui est un élément important en termes de capacité d'accueil car l'accès au bien a été fermé pendant deux mois suite aux pluies torrentielles de 2010.
En ce qui concerne le plan d'utilisation publique du bien, le Gouvernement régional de Cuzco a annoncé publiquement le 11 mars 2010 le recrutement d'un expert pour préparer le plan par Appel d'offre #005-2009/GR/Cuzco (Plan d'utilisation publique du Sanctuaire historique de Machu Picchu) et le processus de sélection pour l'adjudication #018-2010/GR/Cuzco de petites concessions conformément à la réglementation nationale sur l'accès au bien. À ce stade, le Plan ne concernera que la composante du bien concernée par l'utilisation touristique et de loisirs pour un montant de 130.000 dollars EU.
Une seconde partie du Plan d'utilisation publique, l'étude des "limites acceptables au changement (LAC)" et des limites à la capacité d'accueil du Chemin de l'Inca et de la Citadelle, a été préparée et était incluse dans le rapport. Elle a été achevée en décembre 2010 et est actuellement en cours d'évaluation par les services gouvernementaux pour approbation et mise en place. Le rapport n'analyse aucun des problèmes liés à l'accès ouest du bien. Il identifie plusieurs facteurs ayant un impact sur l'utilisation touristique du bien dont, entre autres, des pratiques non planifiées et non réglementées, l'augmentation incontrôlée de l'installation d'habitants (en particulier le long du Chemin de l'Inca) et la gestion des déchets. Le rapport ne fournit aucune réponse stratégique aux problèmes identifiés et les recommandations sont très limitées et trop générales pour permettre la mise en place d'une action précise. Il n'est pas précisé comment les résultats auront des conséquences sur le plan d'utilisation touristique et de loisirs ou comment ils seront liés au plan de gestion.
Aucune information n'est donnée en ce qui concerne l'élaboration et le calendrier des autres composantes du plan d'utilisation publique qui comprend l'éducation, le renforcement de capacités, la communication, la participation de la société et les relations institutionnelles.
g) Accès ouest au Sanctuaire
Suite aux événements de janvier 2010, le Ministère des transports et des communications, par la Résolution ministérielle #057-2010-MTC/02, a temporairement réintégré la route de la Santa Maria - Santa Teresa - centrale hydroélectrique dans le réseau national routier, et le 16 septembre 2010, le Chef de cabinet a promulgué la loi #29584 déclarant la construction de la route Machu Picchu – Santa Teresa d'intérêt national immédiat. La loi devra être approuvée par décret présidentiel. Des tronçons des routes se trouvent sur le territoire de la zone tampon et tout près du bien et de son accès à la Citadelle.
Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives expriment leurs vives préoccupations quant au projet de construction d'une grande route nationale destinée à fournir une seconde entrée au Sanctuaire, qui viendra en complément des routes à grande circulation du réseau routier national. Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives reconnaissent que le train constitue actuellement le seul accès au Sanctuaire, et depuis la construction illégale du pont de Carrilluchayoc, les touristes et les autochtones n'ont pas d'autre choix que de marcher sur les voies ferrées entre Santa Teresa et le Sanctuaire, ce qui représente un vrai danger. Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives accueilleraient avec satisfaction des projets alternatifs d'accès de sécurité plus élevée pour les piétons mais estiment que les projets officiels actuels auront un impact négatif sur le bien et sur son cadre.
h) Analyse de la situation foncière et cartographie des utilisations actuelles afin d'identifier les mesures à prendre pour le maintien de la valeur universelle exceptionnelle et de l'intégrité du bien
Afin de renforcer la protection des patrimoines naturel et culturel du Sanctuaire historique de Machu Picchu, le Ministère de l'environnement et le Ministère de la culture ont nommé un procureur d'état en charge de la prévention des délits. L'État partie précise que des poursuites judiciaires sont actuellement en cours au tribunal d'Urubamba afin de sanctionner des constructions illégales dans la ville de Machu Picchu, ainsi que d'autres infractions telles que l'abattage illégal, les incendies, et l'entrée non autorisée dans le Sanctuaire.
Par sa Résolution suprême #121-2010-JUS, en date du 21 juin 2010, le Maire du District municipal de Machu Picchu a proposé au Ministère de l'environnement la mise en œuvre pour 2011 d'un Plan d'enregistrement des terrains urbains du village de Machu Picchu. Aucune information sur le cadastre du bien et de la zone tampon n'a été fournie. La situation foncière du bien est essentielle pour définir une réponse stratégique au maintien de la valeur universelle exceptionnelle et de l'intégrité du bien, y compris par l'identification de points d'accès sûrs et de routes pour la visite du bien.
i) Visite du Directeur général de l'UNESCO au Sanctuaire
À l'occasion de la visite officielle du Directeur Général de l'UNESCO au Pérou (du 20 au 25 février 2011), le Directeur général a visité le Sanctuaire historique de Machu Picchu. Il a évoqué les problèmes soulevés par le Comité du patrimoine mondial en ce qui concerne l'accessibilité inadaptée, les énormes dégâts de l'an dernier et l'impérative nécessité de mettre en place un Plan d'urgence. Lors d'une réunion entre le Président de la République, le Ministre de l'environnement, le Ministre de la culture et l'autorité régionale de Cuzco, le Directeur général a déclaré que l'UNESCO, en coopération avec les autorités nationales, s'était engagée à trouver une solution au problème de l'accès au Sanctuaire, à définir un système approprié de gestion des visiteurs de la Citadelle et à s'assurer de la mise en place d'un Plan d'urgence pour le bien.
Le 22 mars 2011, le Ministre de l'environnement a envoyé un courrier au Directeur du Centre du patrimoine mondial demandant, conformément à la décision 34 COM 7B.42, l'application du mécanisme de suivi renforcé pour le bien. Le courrier a confirmé l'accord des Autorités péruviennes pour créer un panel international d'aide destiné à fournir des conseils techniques et à aider les Autorités nationales, pour traiter les problèmes de gouvernance, de ressources et de finances, pour encourager l'implication effective des acteurs locaux, et pour faire une demande d'aide pour la mise en œuvre totale du plan d'action de 2009.