Bien soumis à l’application du mécanisme de suivi renforcé depuis 2007 (31 COM 7A.32).
Le 1er février 2008, un rapport sur l'état de conservation des cinq biens du patrimoine mondial de la RDC a été présenté par l'État partie. Le rapport donne un bref aperçu des activités de gestion en cours dans le parc, mais ne livre malheureusement aucun détail sur la mise en œuvre des mesures correctives.
En 2007, un travail de terrain a été réalisé pour dresser un inventaire de l'ensemble du bien. Un rapport final est en préparation et sera disponible avant la 32e session. Un premier résumé des résultats préliminaires a été reçu par le Centre du patrimoine mondial le 15 avril 2008.
L'étude porte sur la répartition et la fréquence des grands mammifères, ainsi que sur les activités humaines à l’intérieur du bien, en évaluant leur impact depuis le début du conflit (1996-2006). Les conclusions principales sont résumées ci-après :
a. Toutes les espèces phares importantes, comme l'éléphant, l'okapi, le chimpanzé et onze autres espèces de primates, ont été repérées au cours de l'inventaire. La plupart des habitats uniques, dont celui de l’inselberg avec une flore endémique, sont intacts ;
b. La population d'éléphants a diminué de 48 % depuis le recensement de 1995, avec une perte estimée à 3 260 éléphants victimes du braconnage. Un compte rendu détaillé révèle des pratiques de braconnage épisodiques et intensives durant la décennie du conflit, marquées par une forte recrudescence en période de conflit ou d'instabilité ;
c. Les populations d'okapis endémiques ont baissé de 43 %, avec une perte estimée à 2 000 animaux ;
d. Il y a aussi un sérieux déclin des populations parmi les cinq espèces de duikers, de 26 % à 59 %, selon les espèces ;
e. Des signes d'activités humaines, en particulier de braconnage, ont été largement observés dans l’ensemble de la Réserve, mais avec une incidence nettement moins importante dans la zone de protection intégrale proposée.
f. Aucune preuve récente de braconnage d'éléphants n’a été signalée, ce qui indique que les efforts récents de l'ICCN pour mettre un frein au braconnage sont couronnés de succès ;
g. Des activités minières à petite échelle ont aussi été observées à plusieurs endroits, mais la plupart de ces témoignages ne sont pas récents, ce qui sous-entend que la campagne d’éviction des mineurs a été efficace.
En conclusion, les résultats montrent que les populations d'espèces phares, motivation clé de l'inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial, ont sérieusement décliné. Les données spécifiques concernant l'okapi sont très préoccupantes car, contrairement à l’éléphant, l'okapi n'était pas réputé être la cible de braconniers armés. Les tendances relatives à la population de duikers révèlent que la pression de la chasse, y compris celle que pratique la population locale, n'est pas durable.
L’étude démontre clairement que le braconnage a eu un impact notoire sur la valeur universelle exceptionnelle du bien. Cependant, comme aucune espèce clé n'a disparu, il est possible de récupérer la valeur universelle exceptionnelle du bien à condition de pouvoir contrôler la chasse et les autres pressions. Les résultats définitifs fourniront aussi une indication importante pour le développement d'une proposition d'état de conservation souhaité en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril.
Les conditions de sécurité dans la Réserve de faune sauvage à okapis étant bien meilleures que dans les autres biens situés à l'est de la RDC, les progrès suivants ont été accomplis dans la mise en application de quelques-unes des mesures correctives qui avaient été fixées :
a) Assurer le retrait immédiat du personnel militaire de l’armée congolaise impliqué dans le braconnage, le trafic de l’ivoire et l’exploitation minière illégale:
Les autorités de la Réserve ont pu continuer à consolider la situation, après l'opération de lutte contre le braconnage à grande échelle organisée en 2006 avec l'assistance du Fonds du patrimoine mondial. La collaboration renforcée avec les autorités militaires et administratives et l'organisation d'opérations conjointes avec l'armée se sont avérées efficaces pour combattre le braconnage armé dans les zones qui n’étaient pas préalablement placées sous le contrôle de l’ICCN. Les responsables du parc estiment qu'ils contrôlent désormais 95 % de la Réserve. Le braconnage des éléphants a régressé selon les dires de 85 %.
b) Arrêter et empêcher toute exploitation minière illégale dans le bien:
Toutes les concessions minières illicites sont maintenant fermées et aucune nouvelle exploitation minière illégale n'a été signalée à l'intérieur du bien. Le fait que 95 % de la Réserve sont maintenant placés sous le contrôle de l'ICCN est un élément important pour maintenir la fermeture des mines. L'ICCN estime qu'une forte mobilisation des autorités provinciales sera indispensable pour faire respecter ces mesures. C’est pourquoi les responsables du bien sont en train de sensibiliser les autorités provinciales nouvellement investies à la nécessité de sauvegarder l'intégrité de la Réserve.
Le problème des concessions minières attribuées par le ministère des Mines n'est toujours pas résolu et cette question sera abordée dans le rapport général des biens de la RDC, dans le document WHC-08/32.COM/7A (point 31).
c) Suspendre les travaux de réfection de la RN4 qui traverse la Réserve:
Les travaux de réfection de la RN4 ont repris après qu’un nombre de mesures palliatives supplémentaires ont été convenues avec l’ICCN. Le 15 avril 2008, le Centre du patrimoine mondial a finalement reçu un exemplaire du plan de gestion environnementale préparé en juillet 2007, après avoir suspendu les travaux de réfection à sa demande. Malheureusement, les mesures palliatives supplémentaires portent presque exclusivement sur la limitation et l’atténuation de l’impact direct des travaux de construction, y compris les mesures dans l’intérêt des communautés locales, mais ne ciblent pas les effets à long terme de la réfection de la route sur les valeurs du bien. Les travaux sont maintenant achevés et la route est ouverte à la circulation depuis avril. Le Centre du patrimoine mondial a reçu des rapports indiquant que depuis la réouverture de la route, les travaux de réfection ont entraîné une augmentation notoire de l’exploitation illégale de produits forestiers aux alentours de la Réserve, en particulier du bois et de la viande de brousse. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que le plan de gestion environnemental ne suffit pas à atténuer ces impacts à long terme, en particulier la recrudescence potentielle de l’immigration dans la Réserve, ainsi que le commerce de produits forestiers illicites.
d) Créer un fonds spécial pour la réhabilitation des biens du patrimoine mondial de la RDC:
Les efforts visant à créer un fonds spécial se poursuivent et sont mentionnés dans le rapport général concernant les biens de la RDC, dans le document WHC-08/32.COM/7A (point 31).
e) Instituer une coopération permanente entre les autorités politiques et militaires au niveau provincial, la MONUC et l’ICCN pour mettre fin aux activités illégales à l’intérieur et autour du bien:
Bien qu'aucune coopération permanente officielle entre l'ICCN et les autorités politiques et militaires n'ait été instaurée, les responsables de la Réserve poursuivent leur travail de sensibilisation auprès des autorités militaires et politiques à l'échelon provincial et des patrouilles communes ont été organisées avec l'armée. Il n'y a pas de coopération permanente avec la MONUC, qui est moins active dans cette région, mais il y a quelques contacts sporadiques.
f) En coopération avec le gouvernement ougandais, mettre fin au trafic illégal de bois, de minerai et d’ivoire à la frontière entre la RDC et l’Ouganda au nord-est de la RDC:
Aucun progrès n'a été réalisé à ce jour par l'État partie.
Le Centre du patrimoine mondial poursuit ses échanges avec le secrétariat de la Convention sur le commerce illégal des espèces menacées (CITES), comme l'a demandé le Comité du patrimoine mondial à sa 30e session (Vilnius, 2006). Lors de sa 14e Conférence des Parties, les États membres de la Convention ont demandé au secrétariat de la CITES de collaborer avec le Centre du patrimoine mondial pour traiter des questions relatives au commerce illégal. Le Centre du patrimoine mondial et la CITES discutent actuellement de l'organisation, début 2009, d'un programme de renforcement des capacités concernant les responsables des postes frontières.
g) Préparer un plan de zonage des aires forestières qui jouxtent le bien pour protéger celui-ci des impacts négatifs de l’exploitation non durable de la forêt:
Aucun progrès à ce jour. De récents rapports sur l'octroi d'une concession forestière à l'est de la Réserve démontrent l'urgence de cette mesure.
h) Légaliser et renforcer le système pilote mis en place par l’ICCN pour réglementer et contrôler l’immigration ainsi que la circulation des véhicules sur la RN4:
Aucun progrès à ce jour. L’actuel système de contrôle, qualifié de système pilote, est encore en place mais devrait être officialisé dès que possible. Cette mesure sera déterminante pour atténuer l'impact de la route maintenant que les travaux de réfection sont terminés.
i) Prendre des mesures pour renforcer l’équipe de gardes, la dynamiser et la rendre plus efficace :
Une équipe de surveillance a été formée et mise en place dans l'ensemble du bien, ce qui a amélioré l'efficacité des patrouilles.