Á sa 29e session (Durban, 2005), le Comité du patrimoine mondial a demandé au Centre du patrimoine mondial et à l'UICN d'entreprendre une mission sur le territoire de la Réserve de faune du Dja afin de suivre l'état de conservation du bien et d'examiner les menaces pesant sur son intégrité, en particulier celles constituées par la chasse et la déforestation, ainsi que par l'exploitation minière dans la zone mitoyenne du bien. Une mission de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN s'est déroulée en 2006 et a recommandé de retirer progressivement les autorisations d'exploitation forestière accordées dans la zone mitoyenne du bien et de s'assurer que les normes environnementales les plus exigeantes s'appliquent pour les concessions minières situées en dehors mais à proximité du bien. Á sa 31e session (Christchurch, 2007), le Comité du patrimoine mondial a demandé à l'État partie de rédiger un rapport sur la mise en œuvre des recommandations de la mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN de 2006.
Le 4 avril 2009, l'État partie a remis un rapport sur l'état de conservation du bien. Le rapport donne quelques informations sur la mise en œuvre des recommandations de la mission et sur les progrès accomplis dans la mise en œuvre de la décision du Comité du patrimoine mondial.
a) Plan de gestion et autonomie financière
L'État partie a confirmé que le plan de gestion du bien avait été approuvé en octobre 2007 et lancé en novembre 2008. L'État partie signale que le programme ECOFAC (Écosystèmes forestiers d'Afrique centrale), financé par l'Union Européenne, finance partiellement la mise en place du plan de gestion. L'État partie a précédemment signalé que le programme ECOFAC IV finance une étude de faisabilité de la création d'un mécanisme de financement durable du bien. La stratégie envisagée et les discussions autour du projet sont, aux dires du rapport, en cours mais aucune information complémentaire quant aux progrès accomplis dans la mise en place d'un tel mécanisme n'est donnée.
b) Création d'une unité de coordination de la conservation et de comités de villages pour la Réserve
L'État partie rend compte du recrutement de personnel complémentaire. Quatre postes de chef d'unité ont été créés pour le suivi et la formation écologique, la lutte anti-braconnage, la prise de conscience par les populations et le développement, et, les services administratifs et financiers. L'État partie fait état d'équipements accordés au bien, dont, cinq véhicules, douze motos tout terrain, des tentes et des uniformes. En outre, les gardiens de la Réserve sont payés et nourris régulièrement.
L'État partie ne donne cependant aucune information sur les impacts des activités liées à l'application de la loi sur l'état de conservation du bien.
c) Délimitation du bien
Le rapport signale qu'une procédure de zonage est prévue. Des zones seront légalement définies à la périphérie du bien, y compris une zone de stricte protection, une zone tampon, une zone d'usage commun dans la réserve de biosphère, ainsi qu'une zone de concession minière pour GEOVIC.
En 2007, le Comité du patrimoine mondial a été informé qu'il avait été conseillé à l'État partie, sur la base d'une enquête publique, de demander à la compagnie minière GEOVIC de mener une nouvelle évaluation des risques sur la faune car l'évaluation d'origine sous estimait les impacts écologiques des activités minières envisagées. La concession minière accordée à GEOVIC se situe à l'extérieur du territoire du bien mais tout près de celui-ci, dans le secteur de Lomié. Les infrastructures nécessaires à la mine, telle que des routes et un aéroport, pourraient être situés près du bien et accroître ainsi l'accessibilité du bien, ce qui aurait pour conséquence un accroissement du niveau de menaces. L'État partie relève que le Ministère de l'environnement et des forêts n'est pas la seule entité à avoir la responsabilité de mener une évaluation poussée d'impact environnemental et social des projets miniers. L'État partie signale qu'un financement est souhaité pour mener cette évaluation. Aucune information n'a cependant été donnée quant au calendrier de mise en œuvre de cette évaluation ou quant à l'état actuel des activités de la compagnie minière GEOVIC. Des reportages diffusés sur Internet prétendent que l'aménagement des infrastructures nécessaires au projet est en cours et que l'extraction du minerai de cobalt pourrait commencer en 2010. L'État partie devrait donner des informations sur la réduction des risques liés à cette activité, sur la valeur universelle exceptionnelle et sur l'intégrité du bien.
d) Activités économiques et éducatives avec les communautés voisines
L'État partie reconnaît également le besoin de développement socio-économique des communautés voisines du bien afin de garantir sa protection de fait. Bien qu'aucune information en ce domaine ne soit donnée par le rapport de l'État partie, un certain nombre de projets sont en cours, ils sont mis en place par ECOFAC et par des ONG comme Living Earth Cameroon à l'origine du Projet d'engagement communautaire de la périphérie du Dja, projet auquel d'autres ONG apportent une aide technique. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN estiment que le rapport n'évalue pas dans les détails la mise en œuvre des recommandations de la mission de 2006 et prennent note des progrès limités accomplis par l'État partie dans la mise en œuvre pleine et entière de ces recommandations. Aucune information n'est en outre donnée sur la menace, mentionnée les années précédentes, que constitue l'agriculture industrielle pratiquée dans la zone tampon du bien.
Des informations sont également requises sur les opérations liées aux concessions minières et sur les infrastructures connexes près du bien, et, sur les opérations et activités de la compagnie minière GEOVIC. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN sont vivement préoccupés par l'absence d'informations nécessaires à l'évaluation de l'impact potentiel de l'activité minière sur la valeur universelle exceptionnelle et l'intégrité du bien, ainsi que sur les possibles impacts des autres menaces.
L'UICN prend également note de l'important travail de l'Etat partie accompli en étroite collaboration avec les communautés locales et identifie des sources alternatives de revenus à celles qui menacent la valeur universelle exceptionnelle et l'intégrité du bien et en particulier sa biodiversité.