Par ailleurs, la mise en œuvre des recommandations de la mission de suivi de 2006 fait ressortir les insuffisances suivantes :
- Au niveau institutionnel, l’unité de gestion du Dja n’est pas fonctionnelle et efficace, et le bien ne dispose toujours pas d’une autonomie financière pour une bonne gestion ;
- Au niveau lutte anti-braconnage : les mesures prises ne permettent pas de maîtriser cette importante pression ;
- Au niveau des menaces liées à l’agriculture et la foresterie, aucune recommandation n’a été conduite ;
- Au niveau exploitation minière ou agro-industrielle : presqu’aucune recommandation n’a été réalisée.
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Les principales menaces signalées par l’état partie dans ce compte rendu, sont : le démarrage des activités de la société minière GEOVIC et les risques de pollution associés, le braconnage, l’exploitation de deux ventes de coupe, à savoir 10 02 192 et 10 02 193, accordées dans la périphérie orientale du bien, qui constitue une menace du fait des incursions possibles des opérateurs économiques dans le bien. Ces différentes menaces persisteront tant que le système de gestion du bien n’est pas amélioré.
Une mission conjointe UNESCO/ UICN de suivi de l’état de conservation de la réserve de faune du Dja a été conduite du 28 novembre au 05 décembre 2009. L’objectif de cette mission était d’évaluer l’impact des pressions en cours dans le bien ainsi que le projet d’exploitation minière de la société GEOVIC, en périphérie du bien. Cette mission de suivi a permis d’évaluer l’état de mise en œuvre des recommandations de la mission de 2006 réalisé par le Centre du patrimoine mondial et l’UICN. Ces recommandations portaient sur l’organisation institutionnelle, le système de lutte anti-braconnage, l’agriculture, la foresterie et l’exploitation minière à la lisière du bien.
a) Démarrage imminent des activités minières de la société GEOVIC en périphérie du bien
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que de véritables menaces pèsent sur la Valeur Universelle Exceptionnelle et l’intégrité du bien à cause du démarrage imminent des activités minières de la société GEOVIC. En effet, la société d’exploitation du cobalt (GEOVIC Cameroon PLC) et autres minerais a obtenu l’autorisation d’exploitation sur une concession de plus de 150,000 ha, à quelques quarante kilomètres à l’Est de la réserve, depuis 2003. Elle installe actuellement ses bases à Lomié et Kongo (sur 50 ha en cours de déforestation totale). Cette installation de GEOVIC qui s’accompagnera progressivement d’une explosion démographique à la périphérie du bien (près de 700 emplois directement créés, plus de 2 000 personnes attendues) pourrait faire augmenter significativement le braconnage commercial pour satisfaire la forte demande en viande de brousse. Par ailleurs, cette exploitation minière pourrait entraîner une forte pollution de la rivière Dja qui entoure presque les trois quarts du bien. En plus d’avoir un impact négatif sur la Valeur universelle exceptionnelle du bien, cette pollution risque de mettre en péril la santé des populations locales, et plus particulièrement celle des Pygmées Baka.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que la reprise de l’Etude d’Impact Environnemental de GEOVIC est indispensable car celle conduite en 2006 n’est plus valable, même si elle est en cours d’actualisation et de révision par une étude d’impact sur la biodiversité. Pour cela, il convient d’obtenir de GEOVIC une étude de faisabilité technique définitive pour connaître les procédés employés, les axes de circulation des minerais, l’importance des mouvements prévus de personnels, le plan d’investissements et leur chronologie. Un Plan de Gestion Environnemental et Social devra aussi être proposé par GEOVIC en vue de comprendre comment il est envisagé de réduire au maximum les impacts négatifs de ce projet d’exploitation minière. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN estiment également que la Valeur universelle exceptionnelle de la réserve de faune du Dja pourrait être menacée à très court-terme si les impacts du projet minier de GEOVIC ne sont pas maîtrisés, et considère qu’il est urgent d’interrompre les travaux actuels engagés par GEOVIC, en attendant que les informations manquantes sur l’évolution du projet d’exploitation du cobalt soient communiquées au Centre du patrimoine mondial.
b) L’accroissement du braconnage traditionnel et commercial
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent l’accroissement du braconnage dans le bien, qui concerne presque toutes les espèces de faune (avec une forte proportion de petites ongulés, de primates et d’éléphants), ceci étant confirmé par tous les partenaires, y compris le réseau des ONGs Locales du Dja (ROLD). Les rapports de patrouille montrent un net recul de la faune vers la partie centrale et sud de la réserve. Différentes sources évoquent une augmentation significative du commerce illégale de l’ivoire. La chasse traditionnelle, qui pouvait être considérée comme négligeable au cours des dernières décennies, pourrait devenir « le facteur de trop » si les équilibres séculaires entre populations proches et ressources naturelles de la réserve sont rompus. Or la population locale croit en ses moyens d’agir (armes à feu), se développe, et ses raisons de chasser augmentent (demande extérieure). Le braconnage commercial repose en grande partie sur la chasse traditionnelle sur le terrain. C’est cette demande externe croissante pour les produits forestiers ou fauniques, sans rapport avec la capacité de fourniture du milieu, qui crée un déséquilibre localement.
La mission considère qu’une campagne nationale d’information devrait être initiée car seul un changement des comportements au niveau national permettra d’assurer à long terme la sauvegarde de la faune du Dja. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN encouragent l’Etat partie à prendre toutes les mesures préventives pour parer à l’accroissement du braconnage suite à la croissance prévisible de la population à Lomié, liée à l’installation de la société GEOVIC.
c) Développement de l’exploitation forestière et l’avancée du front agricole dans la périphérie du bien
L’exploitation forestière se trouve à la lisière de la réserve, notamment dans la zone est. La mission a constaté que certain concessionnaires n’hésitent pas à prospecter dans le Dja en capitalisant sur l’absence de limites formalisées, sur la faiblesse du contrôle et sur différents moyens de contourner les lois. La mission a également noté des empiétements agricoles là ou les limites du bien sont imprécises, notamment sur la bordure nord de la réserve. Cette pression est amplifiée par les hésitations de l’administration à borner les zones d’extension possible de l’agriculture, et sa propension à reculer devant l’avancée des champs et des défrichements. Plusieurs plantations commerciales se développent dans l’ouest de la périphérie du bien.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent qu’il est important que les exploitations forestières et les plantations commerciales fassent l’objet d’une évaluation d’impacts environnementales, et que des indicateurs de suivi et des méthodes de contrôle soient développées pour toutes les activités en périphérie du bien.
d) Gestion du bien
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que la réserve de faune du Dja présente beaucoup de carences du point de vue de la gestion, et la planification, la surveillance, le suivi écologique, qui ne ciblent pas les principales valeurs du bien. En effet, le plan de gestion en cours est peu opérationnel et n’est pas décliné en plans d’actions. La surveillance n’est pas efficace du fait des moyens logistiques inadaptés dans une zone de forêt où le déplacement est très difficile (véhicules au détriment de l’équipement pédestre). Les cadres de concertations officiellement créés pour une cogestion de la réserve n’ont jamais étés fonctionnels et les ONG locales ne sont pas impliquées dans la gestion du bien.
La mission conclue que bien que la Reserve du Dja possède toujours la valeur universelle exceptionnelle (VUE), sa richesse quantitative en biodiversité s’est érodée avec une diminution sensible des effectifs de faune depuis son inscription sur la Liste du patrimoine mondial. La mise en danger critique de certaines des espèces de grande faune du fait du braconnage, pourrait remettre en question, à court-terme, la justification du critère (x). La pression qui s’exerce sur certaines ressources non ligneuses, et la raréfaction de certaines espèces de mammifères qui ont un rôle important dans le maintien des processus écologiques naturels, pourraient remettre en cause le critère (ix) également. En outre le lancement du projet d’exploitation minière du cobalt dans la périphérie du bien, dont les impacts négatifs directs et indirects ne semblent pas suffisamment considérés, constitue une menace importante sur son intégrité.
Cependant la mission estime que cette tendance de dégradation de la Valeur universelle exceptionnelle pourrait encore être inversée, si un Plan de Gestion Environnemental et Social permettant de pallier les impacts négatifs directs et indirects du projet minier, et un plan d’urgence pour renforcer la gestion, sont développés et mis en œuvre à court terme. Ces éléments sont inclus au projet de décision.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN appuient la conclusion de la mission qui considère qu’en l’absence de cette réponse, il est certain que le Bien répondra bientôt aux critères d’une inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril.