Lors de la rédaction du présent document (10 mai 2010), l’État partie n’avait pas soumis au Centre du patrimoine mondial de rapport d’avancement sur l’état de conservation du bien ni de projet de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle, comme demandé par le Comité du patrimoine mondial à sa 33e session (Séville, 2009). Toutefois, un rapport de l’UNESCO préparé dans le cadre d’un projet de sauvegarde de Bamiyan en cours, financé par le Japon, donne des informations sur l’état de conservation actuel du bien, de même que les présentations et discussions qui ont eu lieu lors de la huitième réunion du groupe d’experts de Bamiyan les 25 et 26 mars 2010 à Munich, Allemagne.
Dans le cadre du projet, six missions d’experts ont visité Bamiyan entre juin et octobre 2009, pour y réaliser un certain nombre d’activités (voir ci-dessous). Ces activités ont été mises en œuvre par le Centre du patrimoine mondial et le bureau de l’UNESCO à Kaboul, en étroite coopération avec le ministère afghan de la Culture et de l’Information, le ministère du Développement urbain et les autorités provinciales de Bamiyan.
Le rapport en résultant et les présentations des experts afghans et internationaux lors de la huitième réunion du groupe d’experts ont fait part des progrès suivants dans la mise en œuvre des mesures correctives :
a) Garantir la sécurité du site
Un des projets les plus importants en 2009 a été le déminage complet de la vallée de Bamiyan. Cela a été réalisé grâce à la coopération de l’UNESCO, du Centre d'action anti-mines des Nations Unies en Afghanistan (UNMACA), des autorités afghanes et du Service de l’action anti-mines des Nations Unies (UNMAS). Les secteurs archéologiques du bien fortement minés incluaient Shar-i-Zohak, Shar-i-Ghulghulah et le sommet de la falaise des bouddhas ; ces zones sont désormais nettoyées et accessibles aux spécialistes comme aux visiteurs.
Afin de garantir la protection générale des zones archéologiques sensibles, prévenir les fouilles illicites et protéger le coûteux matériel présent sur site et nécessaire aux activités de conservation, l’UNESCO a maintenu son soutien financier afin que soient assurées la sécurité et la surveillance du site.
Le Centre du patrimoine mondial et les organisations consultatives accueillent avec une grande satisfaction l’achèvement des opérations de déminage dans la mesure où cela permettra de lancer les études et d’appliquer les mesures de conservation prioritaires dans des zones précédemment inaccessibles. Une solution durable doit être trouvée concernant la sécurité et la surveillance du site, dans laquelle les autorités afghanes devraient pourvoir aux salaires des gardes, l’UNESCO ne pouvant continuer à subventionner ce poste sur le long terme.
b) Garantir la stabilité structurelle des niches des deux bouddhas géants
En 2009, la consolidation du mur de fond de la niche du petit bouddha a quasiment été achevée grâce à l’insertion de goujons en fibre de verre et acier inoxydable, et ancres murales fixées par perçage. Les travaux ont également commencé pour garantir la sécurité des chemins et escaliers d’accès de la niche du bouddha est, ainsi que sur le croisement supérieur derrière la statue du bouddha. Ces travaux, ainsi que l’installation d’un grue/engin de levage à l’intérieur de la niche du bouddha est pour en permettre par la suite l’entretien et la conservation, devraient être achevés en 2010.
Le Centre du patrimoine mondial et les organisations consultatives notent les progrès significatifs accomplis pour garantir la stabilité structurelle de la niche du bouddha est et demandent que les propositions de conception pour l’installation d’une grue dans la niche leur soient communiquées avant que sa construction ne commence. Ils demandent également que, si les ressources le permettent, dès que la stabilisation de la niche du bouddha oriental est achevée, les travaux commencent sur la niche du bouddha ouest.
c) État de conservation approprié des vestiges archéologiques et des peintures murales
En étroite collaboration avec le ministère de la Culture et de l’Information de la République islamique d’Afghanistan (MoIC), l’Institut national de recherche pour les biens culturels (NRICPT) de Tokyo a réalisé une mission pour la conservation des peintures murales de Bamiyan du 26 juin au 9 juillet 2009. La mission a permis de réaliser un suivi de post-conservation de l’état des peintures murales situées à l’intérieur des grottes et de réorganiser les éléments meubles du bien culturel entreposés dans le Centre de formation au patrimoine culturel de Bamiyan. Le NRICPT a également proposé à deux archéologues afghans de l’Institut d’archéologie un programme de formation de quatre mois, au Japon, sur les techniques archéologiques, de conservation et de documentation (de fin juillet à fin novembre 2009).
Le Centre du patrimoine mondial et les organisations consultatives notent les progrès accomplis dans la conservation de certaines grottes à proximité des niches des bouddhas et accueillent avec satisfaction la formation des deux archéologues afghans. Les huit éléments du bien du patrimoine mondial ayant été déminés, leur état doit être évalué de manière urgente afin de planifier et mettre en œuvre des mesures de conservation d’urgence.
d) Mettre en œuvre le plan de gestion et le schéma directeur culturel (plan de zonage protecteur)
Une mission consultative technique de l’UNESCO a été réalisée en juin 2009 pour aider les autorités afghanes dans l’élaboration et la mise en œuvre du plan de gestion pour le bien, ainsi que du schéma directeur culturel pour Bamiyan (plan de zonage pour l’ensemble de la vallée). Les discussions ont porté sur la possibilité de créer une synergie avec le programme d’écotourisme de Bamiyan financé par la Nouvelle-Zélande et réalisé par la Fondation Aga Khan pour la culture (AKTC). Par la suite, en septembre 2009, un atelier de formation sur la planification de la gestion du patrimoine mondial a été organisé à Bamiyan. Il a été co-organisé par l’UNESCO et le bureau de l’AKTC à Bamiyan et a impliqué 50 professionnels du patrimoine culturel afghan, le gouverneur de Bamiyan et le sous-ministre de la Culture, ainsi que des représentants de l’université de Bamiyan, la communauté locale et les chefs de file du conseil de Bamiyan (Choura).
Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives accueillent favorablement des progrès accomplis dans le renforcement des capacités en planification de la gestion du patrimoine par les responsables afghans. Dans la mesure où tous les éléments du bien du patrimoine mondial sont désormais accessibles, il est espéré que des progrès sur l’élaboration d’un plan de gestion seront possibles. Le Centre du patrimoine mondial et Organisations consultatives considèrent que les mesures du schéma directeur culturel, y compris les contrôles des projets sur le paysage culturel, devraient être adoptées et appliquées de manière urgente et officielle.
D’autres développements importants résultant de la huitième réunion du groupe d’experts ont permis la coordination et l’harmonisation des activités actuellement réalisées par diverses équipes internationales travaillant sur le site, un examen des principaux problèmes de conservation et la formulation de recommandations spécifiques, accessibles en ligne (voir ci-dessus dans “matériel d’illustration”). D’après les résultats de cette réunion, et en ce qui concerne les mesures correctives adoptées par le Comité du patrimoine mondial, les autorités afghanes considèrent que l’état de conservation souhaité pour le bien en vue de son retrait éventuel de la Liste du patrimoine mondial en péril pourrait être atteint d’ici 2013.
Autre réalisation importante de la réunion de Munich, la discussion préliminaire sur les solutions possibles à long terme pour la conservation, la mise en valeur et l’interprétation des niches des bouddhas après leur stabilisation structurelle. Afin d’obtenir le soutien de la communauté locale, un consensus général a été obtenu sur la nécessité de passer de l’actuelle phase d’étude et de consolidation à des activités plus visibles. Différentes options ont été abordées, allant de l’anastylose des fragments, lorsque cela est possible, à des solutions alternatives qui restaureraient l’‘image’ des deux statues, sans physiquement les reconstruire. Toutefois, toute proposition de conservation et mise en valeur des niches des deux bouddhas devra faire l’objet de discussions et reposer sur des études et analyses scientifiques complètes, illustrées par des moyens graphiques appropriés et communiquées aux spécialistes du groupe d’experts ainsi qu’au Centre du patrimoine mondial et aux autorités afghanes. Le Comité du patrimoine mondial devrait également être informé de tout grand projet de restauration affectant le bien. Dans l’optique de discuter d’autres options éventuelles, et si les conditions de sécurité le permettent, les autorités afghanes ont exprimé le souhait de recevoir une mission consultative conjointe Centre du patrimoine mondial, ICOMOS et ICCROM dans le courant de l’automne 2010.
Finalement, la réunion du groupe d’experts a recommandé la création d’une zone d’interprétation du site, où des fragments restaurés pourraient être exposés, et d’un musée plus grand pour la vallée de Bamiyan, afin de présenter le bien dans son contexte géoculturel général. L’UNESCO prendra en compte toutes les suggestions résultant de cette réunion dans la planification d’une éventuelle quatrième phase du projet, devant démarrer en 2011, grâce à un financement japonais.
Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives notent les progrès significatifs accomplis en 2009 – 2010 pour atteindre ‘l’état de conservation souhaité’. Toutefois, ils regrettent que l’État partie n’ait pas soumis le rapport ni le projet de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle demandés. En ce qui concerne ce dernier, le Centre du patrimoine mondial et les organisations consultatives fourniront une assistance à l’État partie dans le cadre du prochain exercice de soumission de rapports périodiques pour la région Asie-Pacifique.
Le Centre du patrimoine mondial et les organisations consultatives accueillent favorablement les recommandations faites par le groupe d’experts. En particulier, ils considèrent que – si les conditions de sécurité le permettent – la mission conjointe susmentionnée destinée à apporter des conseils techniques sur les orientations servant à guider à long terme la conservation et la mise en valeur du bien, notamment les niches des deux bouddhas, serait très utile. À cet égard, le Centre du patrimoine mondial et les organisations consultatives rappellent les dispositions du paragraphe 172 des Orientations, exigeant que des informations sur tout projet de restauration conséquent ou activité affectant le bien soient communiquées au Comité du patrimoine mondial, via le Centre du patrimoine mondial, “avant que des décisions difficilement réversibles ne soient prises”.