Le 1er février 2011, l’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation du bien. Des documents complémentaires ont été joints en annexe ou soumis parallèlement à ce rapport, parmi lesquels : i) le mandat défini pour l’élaboration d’un plan de gestion du bien ; ii) une copie de la loi n° 2002-102 concernant la création, la gestion et le financement de parcs nationaux et de réserves naturelles ; iii) les budgets actuels et prévisionnels établis pour le bien (2010-2013) ; et iv) un rapport présentant les résultats des survols aériens d’observation de la faune et de la flore effectués en mars 2010 par l’Association pour les chimpanzés sauvages (AFCS) et l’Office Ivoirien des Parcs et Réserves (OIPR), avec l’appui de la Société allemande de coopération internationale. (GIZ).
Le rapport établi par l’État partie fait état des progrès accomplis dans la mise en œuvre des mesures correctives adoptées par le Comité du patrimoine mondial à sa 30e session (Vilnius, 2006). Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN rappellent que la mise en œuvre de ces mesures bénéficie de l’appui du projet pour les aires protégées de la Côte d’Ivoire de la Banque mondiale et du Fonds pour l’environnement mondial (FEM), appelé PARC-CI (Projet d’Appui à la Relance de la Conservation des Parcs et Réserves - 2,54 millions de dollars EU, 2010-2014). L’État partie indique que ce projet a été suspendu en raison de la crise consécutive aux élections en Côte d’Ivoire, laquelle a considérablement ralenti la mise en œuvre des mesures correctives et, de surcroît, retardé le calendrier fixé pour leur mise en œuvre.
a) Établir, de toute urgence, un système efficace de contrôle et de patrouille pour l’ensemble du bien, en étroite collaboration avec les forces armées, en donnant la priorité au développement et à la réhabilitation des infrastructures nécessaires
L’État partie rapporte que 70 gardes sont déployés à l’intérieur du bien et note que les effectifs ont été considérablement renforcés depuis 2007. L’État partie indique qu’une nouvelle stratégie de surveillance a été mise au point et prévoit une extension progressive de la surveillance sur la base des ressources disponibles, avec l’implantation d’un poste central qui se chargera de l’affectation des patrouilles, par roulement, à deux postes de secteur. La surveillance des 5 secteurs sera assurée par les patrouilles déployées dans les deux postes susmentionnés. L’État partie note que, parallèlement à la stratégie de surveillance mentionnée ci-dessus, il contribue à hauteur de 200 millions de francs CFA (environ 431.871 dollars EU) à un plan d’action d’urgence visant à réduire le braconnage grâce au déploiement de patrouilles mixtes composées de gardes de l’OIPR et de membres des Forces Nouvelles : à ce jour, 35 gardes de l’OIPR et 22 membres des Forces Nouvelles ont été formés et équipés pour la lutte anti-braconnage. Cette initiative a reçu l’aide de Fauna and Flora International (FFI), de l’UICN et du Centre du patrimoine mondial par le biais du Fonds de réponse rapide. Huit véhicules tout-terrain et 10 motocyclettes ont été acquises pour l’appui aux actions d’application de la loi.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN accueillent avec satisfaction les efforts menés pour élaborer une stratégie de surveillance et un plan d’action d’urgence dans le cadre de la lutte anti-braconnage, qui n’ont malheureusement pas été présentés avec le rapport, mais ils notent que, en raison de la crise politique, un petit nombre seulement de patrouilles mixtes a été déployé, nuisant ainsi à l’efficacité du système de contrôle et de patrouille du bien. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que, étant donné l’important déclin des populations de la faune et de la flore (voir ci-dessous), l’établissement d’un système efficace de contrôle et de patrouille pour l’ensemble du bien constitue une priorité pour restaurer la valeur universelle exceptionnelle du bien.
b) Élaborer et lancer la mise en œuvre d’un plan de gestion du bien fondé sur le plan de gestion type établi pour le réseau national de zones protégées
L’État partie indique qu’un avant-projet de plan de gestion est en préparation et sera finalisé par un consultant. Un plan triennal d’actions prioritaires sera établi sur la base du plan de gestion. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN accueillent avec satisfaction le mandat défini pour l’élaboration d’un plan de gestion et rappellent que le Comité a demandé à l’État partie de mettre en place un système de zonage révisé pour le bien qui tienne pleinement compte du statut de bien du patrimoine mondial et de réserve de biosphère, ainsi que de mettre en place des dispositions de gestion participative avec les communautés locales.
c) Étendre les activités de la structure de gestion pour englober l’ensemble du bien
Comme mentionné au point a) ci-dessus, l’État partie indique qu’il a l’intention d’étendre progressivement les patrouilles dans l’ensemble du parc et de reprendre le contrôle de la zone. Toutefois, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN s’inquiètent du fait que la détérioration récente de la situation politique et sécuritaire en Côte d’Ivoire a contribué à ralentir la mise en œuvre de cette mesure corrective.
d) Résultats des survols aériens d’observation de la faune et de la flore effectués en mars 2010
L’État partie a soumis un rapport présentant les résultats des survols aériens d’observation de la faune et de la flore effectués en mars 2010 par l’Association pour les chimpanzés sauvages (AFCS) et l’OIPR, avec l’appui de la GIZ, et note que de nouvelles opérations aériennes et terrestres d’observation pourront être réalisées en 2011. Les survols effectués en mars 2010 au-dessus du parc national de la Comoé et de la zone limitrophe font apparaître une perte de 80 % des grands mammifères au cours des 30 dernières années. La densité des grands mammifères à l’intérieur du bien est très faible. Aucun éléphant ni lion n’a été observé et seules deux traces d’éléphants ont été relevées au cours de la période d’observation. D’après les estimations établies par l’étude, il restait 8.800 bubales roux, 900 buffles et 950 cobas, avec 90 % de leurs populations vivant à l’intérieur du bien. L’UICN note que, à la fin de l’année 1970, les estimations établies pour ces espèces se situaient autour de 13.000 bubales roux, 5.000 buffles et 50.000 cobas et que, en 1978, la population des éléphants était estimée à 1.500 animaux.
S’agissant des activités humaines dans le périmètre du parc, l’étude a révélé que 90 % de la population totale des mammifères présents à l’intérieur du bien étaient des animaux domestiques et que, de par son ampleur, le pacage du bétail était responsable d’une importante dégradation de l’écosystème du bien. Selon les résultats de l’étude, le pacage du bétail est concentré dans le nord et l’est du parc, l’empiètement des activités agricoles couvre une zone étendue dans l’ouest et les feux de brousse sont concentrés dans une bande centrale qui traverse le bien selon un axe nord-sud. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN rappellent que, d’après une étude antérieure menée par l’Association pour les chimpanzés sauvages (AFCS) en juin 2009 (où la taille réduite de l’échantillon n’avait pas permis de faire une estimation de la population), des populations de grands mammifères étaient encore présentes dans la partie sud-ouest du bien et dans la zone limitrophe, y compris des chimpanzés et des éléphants, confirmant ainsi leur présence à l’intérieur du bien. Le rapport issu de l’étude d’observation réalisée en mars 2010 conclut que, au vu des données disponibles, le risque que les populations d’éléphants et de chimpanzés présentes à l’intérieur du bien soient désormais trop peu nombreuses pour être viables et qu’elles soient en voie de disparition dans le parc, à moins que des mesures ne soient prises de toute urgence, est élevé.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN sont gravement préoccupés par les résultats des survols aériens d’observation effectués en mars 2010 qui démontrent clairement que la Valeur universelle exceptionnelle du bien subit une dégradation sérieuse et accélérée et que, si les menaces et les pressions existantes continuent de s’exercer sur le bien, il est à craindre qu’une perte de Valeur universelle exceptionnelle ne se produise dans un proche avenir. Ils s’inquiètent en particulier du fait que certaines espèces, comme les éléphants, seraient menacées d’extinction à l’intérieur du bien. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN souscrivent à la conclusion de l’étude selon laquelle le rétablissement des populations de la faune et de la flore à l’intérieur du bien est encore possible, sous réserve que des mesures soient prises de toute urgence, et considèrent qu’il est clairement prioritaire i) de restaurer immédiatement l’intégrité du bien en excluant le bétail du parc et en luttant contre les empiètements agricoles et ii) de mettre rapidement en place un système efficace de surveillance du bien en vue de ralentir l’intensification du pacage du bétail, des empiètements agricoles, du braconnage et des feux de brousse. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN recommandent à l’État partie et à ses partenaires en matière de conservation d’adopter toutes les recommandations énoncées dans le rapport rédigé à l’issue des survols aériens d’observation de la faune et de la flore effectués en mars 2010 et considèrent que les résultats de ces observations servent de base de référence pour suivre le rétablissement des populations de la faune et de la flore sur le bien au fil des années.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que, au moment de la préparation du présent rapport, un climat d’instabilité politique continuait de régner en Côte d’Ivoire. Il y a donc tout lieu de s’attendre à une aggravation de la dégradation du statut du bien et à de possibles répercussions sur la mise en œuvre des mesures correctives.
e) Exploitation minière
Concernant des rapports antérieurs sur l’octroi de licences d’exploration minière, l’État partie note que, si des explorations géologiques étaient pratiquées sur le bien, elles auraient pour but d’évaluer les ressources minérales potentiellement contenues dans le bien, et il considère que cela ne signifie pas une intention d’exploiter. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN rappellent qu’il était mentionné, dans le rapport de 2008 de l’État partie, que trois licences d’exploration minière avaient été accordées, couvrant une partie de la surface du bien, et que, dans sa décision 33 COM 7A.2, le Comité du patrimoine mondial avait prié instamment l’État partie de retirer ces licences, en accord avec la position clairement établie du Comité du patrimoine mondial, selon laquelle l’exploitation minière est incompatible avec le statut de patrimoine mondial. Il note que, à la 34e session, le représentant de la Côte d’Ivoire a déclaré qu’aucune licence d’exploration minière couvrant le bien n’avait été concédée et qu’il s’agissait d’une erreur dans les rapports antérieurs.