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Kujataa au Groenland : agriculture nordique et inuite en bordure de la calotte glaciaire

Kujataa Greenland: Norse and Inuit Farming at the Edge of the Ice Cap

Kujataa is a subarctic farming landscape located in the southern region of Greenland. It bears witness to the cultural histories of the Norse farmer-hunters who started arriving from Iceland in the 10th century and of the Inuit hunters and Inuit farming communities that developed from the end of the 18th century. Despite their differences, the two cultures, European Norse and Inuit, created a cultural landscape based on farming, grazing and marine mammal hunting. The landscape represents the earliest introduction of farming to the Arctic, and the Norse expansion of settlement beyond Europe.

La description est disponible sous licence CC-BY-SA IGO 3.0

Kujataa au Groenland : agriculture nordique et inuite en bordure de la calotte glaciaire

Kujataa est un paysage agricole subarctique situé dans la région méridionale du Groenland. Il témoigne de l’histoire culturelle des fermier-chasseurs nordiques venus d’Islande à partir du Xe siècle, et de celle des chasseurs inuits et des communautés agricoles inuits qui se sont développés à partir de la fin du XVIIIe siècle. Malgré leurs différences, ces deux cultures –nordique d’Europe et inuit  – ont créé un paysage culturel fondé sur l’agriculture, le pâturage et la chasse aux mammifères marins. Ce paysage témoigne de la plus ancienne introduction de l’agriculture en Arctique et de l’installation d’un établissement nordique hors d’Europe.

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Kujataa en Groenlandia: agricultura nórdica e inuit al borde del casquete glaciar
Kujataa es un paisaje agrícola subártico situado en la región sur de Groenlandia. Encierra testimonios de las historias culturales paleo-esquimales –de los pueblos cazadores-recolectores llegados de Islandia a partir del siglo X–,  y de las migraciones de granjeros nórdicos, de cazadores inuit y de las comunidades inuit que se desarrollaron a partir de finales del siglo XVIII. A pesar de sus diferencias, estas dos culturas –la nórdica groenlandesa y la europea inuit– y las condiciones ambientales específicas del lugar crearon un paisaje cultural basado en la agricultura, el pastoreo y la caza de mamíferos marinos. Este paisaje atestigua de la más antigua introducción de la agricultura en el Ártico y de la primera instalación de un asentamiento nórdico fuera de Europa.

source: UNESCO/ERI
La description est disponible sous licence CC-BY-SA IGO 3.0

Kujataa Groenland: Noorse en Inuit landbouw op de rand van de ijskap

Kujataa is een sub-arctisch agrarisch landschap in de zuidelijke regio van Groenland. Het getuigt van de culturele geschiedenissen van de Noorse jagers-verzamelaars die in de 10e eeuw arriveerden vanuit IJsland, van de Noorse boeren, van de Inuit jagers en van de agrarische Inuit gemeenschappen die zich vormden aan het eind van de 18e eeuw. Ondanks hun verschillen maakten de twee culturen samen een cultuurlandschap gebaseerd op landbouw, het grazen van vee en het jagen op zeezoogdieren. Het landschap representeert de vroegste introductie van landbouw in het Arctische gebied en de Noorse uitbreiding van nederzettingen buiten Europa.

Source : unesco.nl

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Chevaux près de Tasiusaq. en fond Tasiusaq Fjord. © Niels Christian Clemmensen / Christian K. Madsen
Valeur universelle exceptionnelle

Brève synthèse

Kujataa est un paysage agricole subarctique situé dans la région méridionale du Groenland. Le paysage culturel offre de spectaculaires caractéristiques et processus naturels qui ont forgé les traditions agricoles et pastorales de deux époques et cultures distinctes : le peuple nordique groenlandais (du Xe au XVe siècle) et les fermiers inuits modernes (du XVIIIe siècle à ce jour). Le bien est constitué de cinq éléments dont l’ensemble représente le cœur administratif et démographique de ces deux cultures agraires.

Malgré le caractère distinctif de ces deux cultures, chacune d’entre elles est une culture agropastorale située sur les marges arctiques de l’agriculture viable, trouvant à la fois ses moyens de subsistance dans l’agriculture, le pastoralisme et la chasse aux mammifères marins. Le paysage culturel est représentatif de la toute première introduction d’activités agricoles dans l’Arctique et de l’expansion de l’établissement nordique au-delà de l’Europe. Les colonies agricoles nordiques ont jeté les fondations physiques de l’agriculture inuite au Groenland bien des siècles plus tard.

Les attributs du bien sont les structures et les sites archéologiques, ainsi que les objets associés à l’établissement nordique de Kujataa ; les champs entourant les fermes, les pâturages et les prairies ; les types de végétation associés à l’agriculture et au pâturage ; l’environnement paysager (y compris les formes de relief et les caractéristiques écologiques) des cinq éléments ; les maisons de fermes inuites et les bâtiments annexes (bâtiments historiques classés) ; et tout un ensemble d’attributs immatériels, comme la langue, les noms de lieux historiques, le savoir écologique, l’artisanat, les activités et les rituels saisonniers.

Critère (v) : Kujataa est un exemple éminent d’établissement humain. Bien que marginal pour ce qui est de l’activité agricole, le climat relativement doux dans le sud du Groenland a contribué au développement d’établissements fondés sur l’agriculture et la chasse au cours de deux grandes périodes de l’histoire : l’établissement de l’agriculture nordique groenlandaise du Xe au XVe siècle, et de l’agriculture inuite-européenne à partir des années 1780 jusqu’à ce jour.

Les établissements agricoles nordiques groenlandais et inuits ont créé un paysage culturel singulier et vulnérable basé sur des pratiques d’utilisation des terres dans une niche écologique spécifique, capable de soutenir l’agriculture et le pastoralisme en complément de la chasse aux mammifères marins. Les conditions climatiques particulières qui ont permis à deux différentes traditions culturelles de développer l’utilisation des terres, l’établissement et la subsistance dans ce milieu extrême, ont permis au paysage agricole inuit de révéler et visualiser de façon remarquable les premiers établissements nordiques.

Intégrité

Tous les éléments nécessaires à la transmission de la valeur universelle exceptionnelle se retrouvent dans les cinq éléments du bien, y compris les attributs essentiels des systèmes agricoles nordique et inuit. Ils illustrent les différentes facettes de types d’exploitation agricole, les modes d’utilisation des terres, les formes de relief et l’histoire des cultures. Des fermes inuites modernes jouxtent par endroits les vestiges de fermes nordiques, tandis que d’autres constituent des paysages archéologiques relativement intacts où le pâturage des moutons maintient le caractère pastoral des sites agricoles nordiques abandonnés.

Le paysage culturel recouvre les paysages, les modes d’agriculture et d’implantation et les attributs archéologiques.

L’état des attributs est satisfaisant. Quant aux menaces potentielles, elles sont convenablement traitées. L’intégrité du bien est jugée vulnérable de par l’étendue et l’ampleur des projets de développement miniers, énergétiques et infrastructurels proposés dans cette région méridionale du Groenland. Les engagements pris par l’État partie visant à établir la protection légale des zones tampons contribueront à améliorer l’intégrité du bien.

Authenticité

L’authenticité du paysage culturel repose sur son caractère pastoral introduit dès le Xe siècle apr. J.-C.. Bon nombre de sites patrimoniaux au sein des éléments constitutifs du bien apportent les preuves archéologiques de l’implantation et de l’activité agricole du peuple nordique groenlandais. La forme, les matériaux et la conception des bâtiments de ferme, ainsi que l’architecture monumentale datent des deux périodes historiques. Les modèles d’établissement du paysage nordique sont lisibles dans et entre les éléments sélectionnés.

La conservation des attributs architecturaux a eu pour objet d’assurer leur stabilité structurelle et la plupart des sites archéologiques n’ont pas été modifiés par l’activité humaine depuis leur abandon. Une documentation historique détaillée soutient l’authenticité de nombreux attributs.

Le supplément de documentation sur les paysages agricoles paléo-esquimaux, inuits thuléens et postérieurs au XVIIIe siècle, ajouté au relevé cartographique des ressources et lieux de chasse, éclairera la compréhension du paysage culturel.

Éléments requis en matière de protection et de gestion

Un certain nombre de mécanismes de protection légale s’appliquent au bien : la loi de protection du patrimoine (loi no. 11, 19 mai 2010) sur la protection et la conservation du patrimoine culturel ; le décret-loi sur la protection du patrimoine culturel (approuvé en juillet 2016 et entré en vigueur le 1er août 2016) ; la loi sur les musées (loi Inatsisartut no. 8, 3 juin 2015) et la loi sur la planification (loi no. 17, 17 novembre 2010). Outre la protection du patrimoine culturel matériel, la loi sur les musées protège le patrimoine culturel immatériel en vertu de la Convention UNESCO de 2003 sur la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel (ratifiée par le Danemark en 2009).

La loi de protection du patrimoine garantit la protection des monuments anciens, des bâtiments historiques/classés et des sites historiques.

La protection du paysage et des attributs naturels est assurée par un large éventail de lois et de règlementations en matière de planification, en particulier les lois sur la préservation des zones naturelles, la protection de l’environnement, la trappe et la chasse, ainsi que les lois relatives aux diverses utilisations du sol à l’intérieur comme à l’extérieur du bien, et le décret-loi sur la protection du patrimoine culturel (juillet 2016). La loi sur la protection de la nature (loi no. 29, 18 décembre 2003) encadre la gestion des valeurs paysagères et l’utilisation durable des ressources naturelles, y compris l’agriculture. Le décret-loi sur la protection du patrimoine culturel (juillet 2016) garantit la protection intégrale essentielle au patrimoine culturel et aux attributs du bien du patrimoine mondial.

Hormis les pressions environnementales en cours (dont celles liées au changement climatique), les principales menaces qui pèsent sur le bien sont l’exploitation minière et le développement d’infrastructures, ainsi que l’intensification de l’agriculture. Une attention accrue et une planification détaillée s’imposent également pour assurer la gestion future du tourisme dans la région.

La notion de propriété privée n’ayant pas cours au Groenland, les activités et les constructions requièrent l’approbation de l’utilisation des terres par la municipalité de Kujalleq ou le gouvernement groenlandais. Le Musée national et Archives du Groenland figure parmi les autorités en charge d’examiner les demandes d’utilisation des terres par rapport aux valeurs du patrimoine protégé. Le Musée national et Archives du Groenland exerce aussi une fonction de consultant ayant un rôle consultatif dans le développement de projets d’utilisation des terres et le suivi des valeurs patrimoniales. Toute perturbation et démolition de sites du patrimoine est interdite et punissable par la loi.

Les permis d’activité touchant les ressources minérales sont assujettis à de strictes exigences légales en vertu de la loi sur les ressources minérales (7 décembre 2009). Les demandes de licence d’exploitation sont soumises, par exemple, à une évaluation d’impact environnemental et à une évaluation d’impact social (chacune d’elles nécessitant une audition et une consultation publiques) et doivent comporter un plan d’atténuation d’impact. Le Musée national et Archives du Groenland peut imposer d’entreprendre des recherches archéologiques. Les processus d’évaluation d’impacts sur le patrimoine sont impératifs dans l’examen de propositions de développement, d’exploration minière et de changements d’utilisation de terrains agricoles.

Le bien est administré et géré par un groupe directeur composé de représentants du Gouvernement groenlandais, du Musée national et Archives du Groenland, de la Municipalité de Kujalleq, des conseils de village, des agriculteurs, de l’Agence danoise pour la culture et l’industrie du tourisme. L’engagement de la population locale dans les processus de proposition d’inscription et de gestion est bien ancré.

Le système de gestion qui encadre la prise de décision sera mis en œuvre au moyen d’engagements financiers publics. Le plan de gestion dans lequel sont définies les priorités, telles que le tourisme durable, la propriété locale et autochtone, l’engagement et le développement durable, a obtenu l’approbation du gouvernement groenlandais et de la municipalité de Kujalleq. La gestion quotidienne sera confiée à un secrétariat local dirigé par un gestionnaire de site et des personnels de terrain, dont un ou plusieurs gardiens de parc, qui travailleront en étroite concertation avec les autorités représentées au sein du groupe directeur.

Les ressources consacrées à la mise en œuvre du système de gestion pourraient être augmentées. De nouveaux mécanismes sont à pourvoir en faveur d’un engagement soutenu et direct auprès des autorités responsables de l’approbation et du contrôle des exploitations minières, de même qu’il convient de renforcer la coordination entre les organismes compétents. L’adoption de la stratégie nationale pour le tourisme (2016-2020) préfigure d’un meilleur fonctionnement des ports et de l’aéroport, et la stratégie touristique de la Municipalité de Kujalleq (2015- 2020) vise à améliorer la coordination et les initiatives de promotion de l’image de marque du bien axées sur l’agrotourisme et les Vikings en Arctique.