Le 12 février 2007, un rapport succinct sur l’état de conservation des cinq biens du patrimoine mondial de la RDC a été soumis par l’État partie. Ce rapport donne un bref aperçu des opérations de gestion en cours dans le parc, mais ne livre malheureusement aucun détail sur la mise en application des mesures correctives.
Durant la mission de suivi de 2006, un plan d’action d’urgence a été dressé par l’ICCN et ses partenaires en matière de conservation pour étayer la mise en œuvre de certaines recommandations de la mission. Un budget triennal de 300.000 dollars EU est mis à disposition au titre de la seconde phase du programme de la RDC. Ses principales composantes sont : le renforcement de la coopération entre l’organe de gestion du parc, ses partenaires, l’armée congolaise, le gouvernement provincial et la Mission de l’Organisation des Nations Unies en RDC (MONUC), la poursuite des efforts visant à évacuer de façon consensuelle les parties du bien empiétées, le renforcement de la législation et de la surveillance du bien à travers la matérialisation des limites du parc, l’équipement et la formation des gardes, et la sensibilisation des communautés locales et des autorités militaires et politiques.
Le principal obstacle à l’entrée en vigueur des mesures correctives et du plan d’action d’urgence demeure l’insécurité qui règne dans la région. Les conditions de sécurité se sont sensiblement dégradées autour du parc avec les élections présidentielles et provinciales. En juillet 2006, le général dissident Nkunda a déclenché une nouvelle rébellion en installant son poste de commandement à l’intérieur du parc dans la région de Kirolirwe. Suite aux affrontements avec l’armée congolaise et les forces de la MONUC en novembre, les hommes de Nkunda se sont enfuis à travers le parc et ont installé une nouvelle base près du secteur de Mikeno où vit une grande partie de la population de gorilles. En août 2006, les combattants Maï-Maï ont aussi envahi le secteur central du parc en montant des camps au bord du lac Édouard.
L’entrée en vigueur des mesures correctives a, en outre, été gênée par les premières élections présidentielles multipartites, législatives et provinciales qui ont été au premier plan des préoccupations gouvernementales depuis la 30e session (Vilnius, 2006). Comme beaucoup de mesures correctives requièrent des décisions et des engagements politiques, peu de progrès ont été accomplis jusqu’à maintenant. Les nouveaux gouverneurs provinciaux et le nouveau gouvernement ont été nommés en février 2007.
L’insécurité accrue a sérieusement entravé la mise en œuvre de certaines mesures correctives mais elle a aussi contribué à la recrudescence du braconnage et à la déforestation. La population d’hippopotames autour du lac Édouard n’a cessé de se décimer et est aujourd’hui estimée à moins de 300 têtes (contre 20 000 au moment de l’inscription du bien et 900 estimées en 2005). Début janvier, 2 gorilles solitaires à ‘dos argenté’ ont été tués par des soldats de l’armée de Nkunda. Avant la rédaction de ce rapport, il manquait encore 4 autres gorilles. Le Centre du patrimoine mondial et le Bureau de l’UICN en RDC ont écrit au Représentant spécial des Nations Unies en RDC en demandant l’appui de la MONUC pour expulser ces troupes rebelles du parc, mais la MONUC semble hésitante à s’engager dans ces opérations d’autant que son mandat ne lui confère pas de responsabilité précise au niveau de la protection de l’environnement. Les activités de déforestation dans le secteur de Mikeno pour la production de charbon de bois ont aussi progressé de manière significative, avec le soutien d’éléments des troupes régulières.
Heureusement, les conditions de sécurité se sont améliorées depuis peu. Le 18 janvier 2007, un accord a été conclu entre le gouvernement et le général Nkunda, aux termes duquel il a été convenu d’intégrer ses troupes dans l’armée, et ce processus est en cours. L’armée congolaise mène aussi des opérations dans le parc contre les rebelles rwandais et maï-maï. Le 22 février 2007, deux des principaux camps des Maï-Maï au bord du lac Édouard ont été pris d’assaut par l’armée et 300 combattants se sont rendus après l’attaque.
Cette situation difficile s’est soldée une fois de plus par le paiement d’un lourd tribut pour le personnel du parc. Plusieurs gardes ont trouvé la mort ou ont été blessés au cours des diverses attaques. Début novembre, le chef du poste de Rumangabo a été torturé par le commandant du camp de l’armée à Rutshuru, sans doute pour décourager ses efforts visant à contrôler la production de charbon de bois dans laquelle des militaires sont impliqués à titre personnel. Face aux protestations de la communauté internationale, le Ministre de la Défense a ordonné une enquête sur ce tragique événement. Suite aux mouvements des troupes de Nkunda en décembre, les gardes de 3 postes de patrouille ont dû partir de chez eux avec leur famille (au total plus de cent personnes) en laissant derrière eux leurs effets personnels. Grâce à la subvention du Service de réponse rapide, ils reçoivent maintenant une aide humanitaire (abri, médicaments et nourriture). Le 16 février, deux des postes de patrouille abandonnés ont été réoccupés par le personnel du parc.
La détérioration de la situation sécuritaire, ajoutée aux élections, a empêché jusqu’à présent de beaucoup progresser dans la mise en œuvre des mesures correctives :
a) Créer un « Comité de sauvetage des Virunga » (CSV) pour faire face aux menaces pesant sur le bien ;
Vu la situation, ce comité n’a pas encore été créé mais des discussions se sont engagées avec les autorités militaires locales et les commandants locaux de la MONUC.
b) Réduire de façon significative le nombre de positions militaires à l’intérieur du bien et garantir un suivi étroit des cas d’activités illégales auxquelles se livre le personnel militaire ;
Suite à la décision d’intégrer les troupes de Nkunda dans l’armée, nombre d’entre elles ont quitté le parc. Toutefois, après les avoir réintégrées dans l’armée (en les incorporant dans les troupes régulières), plusieurs de ces unités ont été réaffectées à des postes à l’intérieur du parc. À l’issue des récentes interventions de l’armée, il y a eu également une diminution du nombre de combattants maï-maï et rwandais dans le parc. Un atelier est prévu en avril entre l’ICCN et ses partenaires et l’armée afin de discuter du rôle de cette dernière dans la conservation du parc et de l’éventualité de réductions des troupes dans le parc. Entre-temps, des brochures d’information sur l’importance du parc ont aussi été diffusées aux différentes positions militaires qui y sont établies.
c) Fermeture et suppression immédiates du camp d’entraînement et de réunification de l’armée à Nyaleke, conformément à la décision du Ministre de la Défense ;
En dépit des promesses du Ministre de la Défense de fermer le camp en avril 2006, cette mesure n’a pas encore pris effet. Le 12 février 2007, une mission conjointe de l’ICCN et de l’armée sur le site a conclu qu’il fallait 316.318 dollars EU pour pouvoir transférer le camp. Début avril commencera un nouveau cycle de formation des effectifs et le transfert du camp avant cette date ne semble plus réalisable. En outre, durant la mission, les autorités militaires ont fait savoir qu’après la réunification le processus de formation serait finalisé et que les camps d’entraînement continueraient à servir de lieux de formation permanente. Il semble y avoir un risque réel que le camp de Nyaleke devienne une structure permanente.
d) Poursuivre les efforts d’évacuation pacifique et intégrée de tous les occupants clandestins à l’intérieur du bien, assortis de mesures appropriées pour faciliter la réinsertion des populations dans leur région d’origine ;
Peu de progrès ont été accomplis en raison de la conjoncture actuelle, en particulier dans les principales zones d’empiètement de Kirolirwe et au bord du lac Édouard. L’amélioration récente de la sécurité dans la zone de Kirolorwi a permis de recenser les occupants clandestins et de lancer une campagne de sensibilisation avec le concours des parlementaires provinciaux. Pour la partie Ouest du parc, 28 agents de communication ont été recrutés au sein des communautés afin de sensibiliser les occupants. Une étude des lieux de réimplantation possibles des émigrés est également en cours.
e) Renforcer la coopération entre l’ICCN et ses partenaires en dressant un plan commun pour toutes les interventions à l’intérieur du parc, avec des responsabilités clairement établies et un plan d’application ;
Pour le secteur Sud du parc ; un plan stratégique commun a été élaboré par l’ICCN et ses partenaires. Le plan a été envoyé pour approbation au siège de l’ICCN.
f) Développer une stratégie de partage des bénéfices, comme ceux que rapporte le tourisme associé aux gorilles, avec les communautés locales, afin d’améliorer les relations ;
Le tourisme reste insignifiant dans le parc, en raison de l’insécurité. Le développement de la stratégie devra faire appel à la participation des nouvelles autorités mises en place après les élections. L’ICCN a également entamé un processus de restructuration.
g) Renforcer l’application de la loi sur le site en se concentrant sur les zones prioritaires. En même temps, il est aussi important de dynamiser le personnel du parc et de le rendre plus efficace grâce à une formation spécialisée ;
La force avancée de gardes forestiers est aujourd’hui pleinement opérationnelle. Un camion a été livré dans le cadre du plan d’urgence. La force avancée qui n’avait pas pu contrôler le braconnage intensif des groupes armés pendant la période électorale, s’est révélée dernièrement beaucoup plus efficace pour sécuriser le secteur de Mikeno et la zone d’Ishango au bord du lac Édouard où vit l’un des derniers groupes d’hippopotames. Plusieurs patrouilles mixtes ont aussi été organisées récemment avec l’armée autour du village de pêcheurs de Vitshumbi.
h) Créer un fonds spécial pour la réhabilitation des biens du patrimoine mondial de la RDC ;
Il convient d’espérer que le nouveau gouvernement respectera cet engagement pris à la conférence de Paris en 2004. L’UNESCO et le WWF sont en pourparlers avec le gouvernement belge au sujet d’un financement permettant de mener les études préliminaires pour la création de ce fonds.
Comme cela est mentionné dans le rapport sur Kahuzi-Biega, une carte récente publiée par l’institut de cartographie du ministère des Mines indique que plusieurs permis d’exploitation ont été délivrés dans la réserve. Suite à une intervention de l’ICCN et du Ministre, ce dossier qui est à l’étude, a été confié à un groupe de travail formé entre l’ICCN et le ministère.
Jusqu’à présent aucun repère de référence ni aucun calendrier n’a été fixé. Le Centre du patrimoine mondial, en coopération avec l’UICN, poursuit ses discussions avec l’ICCN sur l’établissement de repères. Il est proposé de définir ces repères lors d’un atelier prévu sur le site à la fin de 2007, au moment d’entreprendre l’évaluation du plan d’action d’urgence. En préparation à cette discussion, une Déclaration de Valeur universelle exceptionnelle a été rédigée pour le parc et soumise à l’approbation du Comité.