Le 8 février 2010, un rapport sur l'état de conservation du bien a été remis par l'État partie. Ce rapport donnait quelques informations sur les progrès accomplis dans la mise en œuvre des mesures correctives. En parallèle à la mission qui s'est rendue à Goma en février 2009, un membre du personnel du Centre du patrimoine mondial a visité le parc, a discuté avec son personnel et a survolé ses différents secteurs.
Depuis la 33e session du Comité du patrimoine mondial, la sécurité autour du parc s'est améliorée. Suite à une opération militaire menée conjointement par les Forces armées congolaises (FARDC – Forces Armées de la RDC) et l'armée rwandaise (Rwandan Defense Army – RDA) en janvier 2009, la milice des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), un groupe de rebelles opposants au gouvernement rwandais, a été délogé de beaucoup de positions stratégiques qu'il occupait dans et autour du parc. Un camp principal du groupe rebelle congolais Mai-Mai, situé sur la rive sud du Lac Édouard a également été démantelé. Suite à ces actions, les gardes du parc ont pu immédiatement rejoindre tous les postes de contrôle et opèrent actuellement dans presque tous les secteurs. Le personnel a pu sécuriser la zone stratégique où vivent les gorilles autour de Mikeno et dont le nombre au sein des familles sédentaires est passé de 71 à 81 au cours des 16 derniers mois. Le tourisme lié aux gorilles redémarre lentement. En 2009, 600 touristes ont été dénombrés. Des efforts sont actuellement entrepris, avec l'aide de divers donateurs, afin que soient réhabilitées les principales infrastructures du parc. Le personnel du parc a également organisé plusieurs opérations de grande envergure dans la partie sud du parc afin de combattre la déforestation et la production de charbon de bois. En conséquence, la partie est du volcan Nyaragongo est désormais sécurisée, mais les troupes du FDLR sont encore actives dans la partie ouest et vers le volcan Nyamulagira, elles pratiquent la déforestation et produisent du charbon de bois. Des poches de résistance du FDLR et du groupe rebelle Mai-Mai se maintiennent sur la rive est du Lac Édouard et autour des collines de Kasali. Le rapport fait également état de la mort de trois gardes en service, survenue depuis la dernière session.
En janvier, le volcan Nyamulagira a connu une nouvelle éruption depuis un nouveau cône volcanique. La coulée de lave a détruit plusieurs hectares de forêt sur les flancs sud du volcan. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN signalent qu'il ne s'agit pas là que d'un simple phénomène naturel mais que l'activité volcanique dans les Virunga est l'une des justifications principales de l'inscription du bien sous le critère (viii).
Les progrès suivants dans la mise en œuvre des mesures correctives ont été relevés:
a) Créer un « Comité de sauvetage des Virunga » (CSV) pour répondre aux menaces pesant sur le bien
Comme précisé dans le précédent rapport, le CSV est opérationnel depuis 2007, suite à l'exécution de gorilles. Il semble qu'il ne soit plus en activité à l'heure actuelle, bien que la direction du parc ait des contacts réguliers avec les autorités politiques et administratives ainsi qu'avec les militaires pour évoquer les problèmes liés à la conservation du bien.
b) Réduire de manière significative le nombre de positions militaires à l’intérieur du bien et garantir un suivi étroit des cas d’activités illégales auxquelles se livre le personnel militaire
Suite aux combats qui se sont déroulés dans et autour du parc en 2008, de nombreuses positions militaires sont encore actives sur le territoire du parc. Bien que le rapport de l'État partie fasse état d'une diminution du nombre de militaires stationnés dans le périmètre du parc, une importante présence militaire a été observée lors du survol aérien du bien en février. Ceci est particulièrement vrai dans le secteur de Rwindi où de nombreux grands camps militaires sont présents, certains occupant les anciennes positions des rebelles comme l'ex camp Mai-Mai sur la rive sud du Lac Édouard. Il est également fait état de l'implication croissante des militaires basés dans ces camps dans l'exploitation illégale de ressources, comme les nouvelles activités de pêche illégale dans le Lac Édouard, le braconnage et la production de charbon de bois. Le Centre du patrimoine mondial a reçu un rapport émanant des autorités en charge de la zone protégée signalant l'implication des militaires dans la production de charbon de bois dans les zones au sud, au centre et à l'est du parc, ainsi que l'exécution de deux éléphants par des militaires à Tonga en mars 2010. Un rapport additionnel rédigé par une ONG locale, a été également reçu ; il apporte des preuves de l'implication des militaires des 15e et 18e brigades, toutes deux basées dans le parc, dans la mort en février 2010 de sept hippopotames, de quatre éléphants, de deux chimpanzés et de quatre babouins sur les rives sud du Lac Édouard. Cela prouve à quel point ce problème est grave, des preuves n'ayant évidemment pas pu être apportées pour tous les autres cas. Ce problème a été confirmé au Centre du patrimoine mondial par l'autorité en charge de la gestion du bien, l'ICCN.
c) Fermeture et suppression immédiates du camp d’entraînement et de réunification de l’armée à Nyaleke, conformément à la décision du Ministre de la Défense
Aucun progrès n'a été accompli sur ce sujet et le camp est toujours en activité. Le rapport de l'État partie fait cependant état d'une baisse du nombre de militaires présents.
d) Poursuivre les efforts d’évacuation pacifique et intégrée de tous les occupants illégaux du bien, assortis de mesures appropriées pour faciliter la réinsertion des populations dans leur région d’origine
Le rapport de l'État partie signale que des efforts visant à l'évacuation de la zone de Lubiliya sont actuellement accomplis. Il s'agit d'une zone d'empiètement de 200 hectares dans le secteur de Kasindi qui a été progressivement occupée depuis 2002. Une zone de réinstallation de 150 hectares a été définie. Cette action est aidée, dans le cadre du Programme RDC de l'UNESCO, avec le soutien du Gouvernement belge.
Aucun progrès n'a malheureusement été constaté dans l'évacuation de la région de Kirolirwe et de la rive ouest du Lac Édouard. Dans le secteur de ce lac, 500 familles ont été relogées en 2008 mais le processus de transfert a malheureusement dû être interrompu en raison de la reprise d'un conflit armé en octobre 2008. La situation politique et les conditions de sécurité n'ont, à ce jour, toujours pas permis la reprise de ce transfert de population. Lors de la visite de février, la zone était inondée ce qui prouve que l'agriculture y est pratiquée sur toute la côte où sont installées de vastes zones de population illégale. Les habitants qui s'étaient installés dans cette zone afin d'y pratiquer la pêche illégale semblent désormais se transformer progressivement en agriculteur en raison de la baisse des réserves halieutiques. L'activité agricole connaît une progression constante vers le sud et dans des zones actuellement forestières au sud du corridor de la côte qui sont actuellement en voie de déforestation. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN estiment qu'une action urgente est indispensable pour faire cesser cette tendance. On considère que les forces militaires des FARDC sont impliquées à la fois dans les activités de pêche et dans celles liées à la production de charbon de bois. Plusieurs installations de pêche ont été signalées sur les côtes sud et il est à craindre qu'en l'absence d'action visant à les faire cesser, les mêmes installations se développent sur les côtes ouest. Un récent rapport émanant des autorités en charge de la gestion du bien fait état d'une patrouille de grande envergure qui s'est déroulée en mars 2010 dans ce secteur, menée par les gardes du parc et les militaires, afin de résoudre ce problème.
e) Renforcer la coopération entre l’organe de gestion du parc (ICCN) et ses partenaires en dressant un plan commun pour toutes les interventions à l’intérieur du parc, avec des responsabilités clairement établies et un plan d’application
La direction du parc, qui s'est réinstallée au poste de Rumangabo à la frontière du parc, assure la coordination de toutes les activités du parc. Tous les postes de garde du parc sont désormais couverts par le réseau de téléphonie mobile et sont en contact direct avec la direction du Parc national des Virunga (PNVi). Celle-ci a, par ailleurs, élaboré un "Plan annuel du Parc national des Virunga" ainsi qu'un plan opérationnel pour chacun des secteurs du bien. La planification de toutes les activités de conservation se poursuit en collaboration avec le Comité de coordination du site (CoCoSi).
Le rapport de l'État partie fait également état d'un nouveau plan de gestion, en cours d'élaboration, qui devrait être finalisé cette année.
f) Développer une stratégie de partage des bénéfices, comme ceux que rapporte le tourisme associé aux gorilles, avec les communautés locales, afin d’améliorer les relations
Trente pourcent des revenus provenant du tourisme associé à l'observation des gorilles est redistribué dans les communautés locales afin de financer des projets sociaux tels que la construction d'école et couvrir les frais de fonctionnement des centres de santé. Une nouvelle école et un nouveau centre de santé ont été créés au siège du parc, à Rumangabo, en partie grâce à l'aide de donateurs mais aussi grâce aux revenus du tourisme. Ces équipements sont destinés tant au personnel du parc qu'aux communautés locales. Cette initiative a d'ailleurs reçu un très vif soutien de la part de celles-ci.
g) Renforcer l’application de la loi sur le site en se concentrant sur les zones prioritaires et stimuler le personnel du parc
Avec l'amélioration de la sécurité dans le parc, d'importants efforts ont été accomplis afin de faire redémarrer les activités de surveillance. Un conseiller extérieur à la sécurité a été recruté, il conseille l'autorité en charge de la gestion du parc sur les problèmes de sécurité et sur les actions destinées à faire appliquer la loi. Une priorité absolue a été accordée au secteur des gorilles (Mikeno) qui est désormais sous le contrôle du personnel du parc. Des efforts sont actuellement entrepris afin de regagner le contrôle autour du volcan Nyaragongo, ciblant la production illégale de charbon de bois. Des équipes ont également entrepris de vastes patrouilles sur la rive sud du Lac Édouard. Si ces actions sont très encourageantes, de graves problèmes persistent néanmoins. L'un d'entre eux est l'importante présence militaire sur le territoire du parc, qui est impliquée dans des activités illégales, accordant directement ou indirectement des « autorisations » à certaines personnes engagées dans ces activités.
Une autre étape importante dans le renforcement de l'application de la loi est l'évaluation générale du personnel du parc actuellement en cours ; elle fait partie du processus de réforme institutionnelle. Par ce processus, il sera possible de mettre à la retraite le personnel âgé et de recruter de nouveaux employés et d'améliorer la formation du personnel et leurs conditions de vie.
h) Créer un fonds spécial pour la réhabilitation des biens du patrimoine mondial de la République démocratique du Congo (RDC)
Merci de consulter le rapport sur le Parc national de Kahuzi-Biega (Document WHC-10/34.COM/7A)
i) Arrêter toute production de charbon de bois au sein du bien et promouvoir des sources d’énergie alternatives
De grands efforts ont été entrepris pour mettre un frein à la production illégale de charbon de bois. Celle-ci a cessé dans le secteur où sont présents les gorilles et sur les versants est du volcan Nyaragongo. Au cours de l’année 2009, plus de 750 patrouilles ont été organisées dans ces zones et 840 fours à charbon de bois ont été détruits. La déforestation provoquée par la production de charbon de bois demeure cependant une des principales menaces pour l'intégrité du bien. Lors du survol du bien en février, de nombreux sites de production de charbon de bois ont été observés entre les volcans Nyaragongo et Nyamulagira. Certains de ces sites semblent semi-permanents et sont équipés de petits abris avec des toits en tôle.
L'autorité en charge de la gestion du bien poursuit son programme de production de briquettes de biomasse, visant ainsi à promouvoir cette production d'énergie comme une alternative au charbon de bois produit sur le territoire du bien. 550 petites entreprises ont à ce jour été crées autour du parc, elles produisent des briquettes à partir de biomasse ne provenant pas du bois. Une campagne de publicité se déroule actuellement dans la ville de Goma afin d'inciter les utilisateurs à remplacer le charbon de bois par cette énergie alternative. Cette initiative a reçu le soutien du Centre du patrimoine mondial, et, est financée par la Communauté francophone de Belgique. Le WWF poursuit également des actions de reboisement autour du bien.
j) Renforcer le rôle de la Mission de l’Organisation des Nations Unies au Congo (MONUC) pour rétablir la sécurité dans le bien et sa périphérie
La mission de l'ONU en RDC (MONUC) a apporté une aide à la surveillance aérienne du site grâce à des vols de reconnaissance réguliers effectués en hélicoptère. En outre, des patrouilles conjointes ICNN/MONUC ont été organisées de façon sporadique. Enfin, la MONUC est intervenue pour assurer la sécurité au poste de Rumangabo et pour former les gardes du parc à l'entretien des armes.
L'autorité en charge de la gestion du bien a également mis en place une collecte d'armes dans villages aux alentours du bien, des toits en tôle sont proposés en échange des armes. A ce jour, 5 armes ont été récupérées. Un projet identique de récupération d'armes est également mis en place par une ONG locale. Par ailleurs, le parc essaye d'inciter les derniers rebelles Mai-Mai à réintégrer l'armée régulière, avec l'aide d'un chef traditionnel.
k) Renforcer les actions de communication et de sensibilisation en direction des autorités compétentes et des populations locales
Le parc apporte également son aide à l'infrastructure sociale environnante, la mise en œuvre du programme de fabrication de briquettes ayant permis la création d'emplois autour du parc. L'aide apportée par le parc aux communautés locales est donc croissante.
En revanche, les relations avec les autorités militaires et provinciales sont malheureusement devenues plus problématiques. Malgré différentes réunions avec le Commandant de la région militaire, l'implication continue des FARDC, y compris de plusieurs commandants, dans des activités économiques illégales est constatée. En outre, le Gouvernement provincial a rendu "légales" certaines des activités de pêche jusqu'alors illégales sur les bords du Lac Édouard et annoncé le déclassement du domaine public de la zone de chasse de Rutshuru, une des zones tampons du bien. Ces décisions sont des violations manifestes de la législation nationale sur les zones protégées.
Le rapport de l'État partie ne fait pas état d'informations supplémentaires sur le problème des projets de prospection pétrolière sur un territoire qui recouvre en partie le bien. Un cadre de l'ICCN a confirmé au Centre du patrimoine mondial que l'autorisation donnée à l'exploration pétrolière par le Ministère de l'énergie n'a pas encore été ratifiée par le Président. Le site internet de Dominion Oil, l'une des deux sociétés concernées par le projet, fait état d'un contrat déjà approuvé par le Parlement et d'une ratification présidentielle imminente. Le site évoque également "le difficile environnement, avec l'instabilité en cours dans la région et le statut du secteur classé bien du patrimoine mondial de l'UNESCO". Il est utile de noter que la même compagnie pétrolière est également détentrice d'un permis d'exploration sur une zone très largement située dans la Réserve de gibier de Selous (Tanzanie), bien du patrimoine mondial. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN réitèrent que toute activité d'exploration ou d'exploitation pétrolière est incompatible avec le statut de patrimoine mondial, conformément aux décisions antérieures du Comité.
Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN prennent note des importants efforts accomplis par l'autorité en charge de la gestion du parc depuis la dernière session, en particulier dans le redémarrage des activités de surveillance, dans la réhabilitation et la réinstallation des différents postes de garde du parc et dans la réponse apportée au problème de la production de charbon de bois. La conservation du bien continue cependant à faire face à de graves problèmes. En particulier, l'implication des Forces armées congolaises (FARDC) dans l'exploitation illégale des ressources et les récentes actions des autorités provinciales qui sont très préoccupantes. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN demeurent également très inquiets de la probable exploration pétrolière. Il semble évident que dans le but d'accomplir des progrès complémentaires dans la restauration des valeurs et de l'intégrité du bien, il est important que l'État partie garantisse un engagement politique clair envers la conservation du bien tant au niveau national que provincial. La rencontre de haut niveau demandée par le Comité du patrimoine mondial à sa 31e session (Christchurch, 2007) est donc plus que jamais d'actualité et d'une grande importance. Au vu de la situation actuelle du bien, le Centre du patrimoine mondial et l'UICN recommandent le maintien de l'application du mécanisme de suivi renforcé et de l'inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril.