L'État partie a soumis son rapport sur l'état de conservation du bien le 30 janvier 2008. Comme l'avait demandé le Comité du patrimoine mondial (30 COM 7B.73;31 COM 7B.89), une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial / ICOMOS s'est rendue sur le site du 8 au 13 mai 2008. Le rapport détaillé de la mission qui répond aux différentes questions soulevées est disponible sur le sitehttp://whc.unesco.org/archive/2008. Les principales conclusions de la mission sont les suivantes :
Les mesures de conservation et de sauvegarde du bien se sont considérablement améliorées, mais il y a encore des défauts importants et les actions requises en vertu de la décision 31 COM 7B.89 n'ont pas encore été mises en œuvre, à savoir :
a) Gestion et coordination
Des études pour une zone tampon ont été entreprises, mais les propositions restent encore à être finalisées. Le travail réalisé sur un plan de gestion du bien du patrimoine mondial a commencé, mais le Tribunal administratif a suspendu le plan de développement pour la conservation au 1/5 000e, qui devrait faire partie intégrante du plan de gestion. L'ajustement des zones de protection du premier degré devant inclure toutes les zones centrales n'a pas été mis en œuvre. Un plan de gestion du tourisme reste encore à préparer et il n'y a pas de plan d'ensemble de la gestion du trafic. Des projets de tunnel pour la circulation des véhicules motorisés reliant la Péninsule historique à la rive asiatique risque d'augmenter sérieusement la pression du trafic sur le bien.
Un point focal pour les questions de patrimoine mondial a été créé au ministère de la Culture et du Tourisme et un Comité directeur - Conseil exécutif des zones historiques d'Istanbul a été mis en place, qui se réunit tous les mois. Une Direction de la gestion des sites culturels et naturels a été établie aux termes de la loi 2863 avec des représentants institutionnels et de la société civile. Le Bureau de contrôle et de mise en œuvre des mesures de conservation (KUDEB), établi par la Municipalité métropolitaine d'Istanbul en 2006, est maintenant opérationnel et délivre des permis rapides pour des petits travaux de réparation dans les bâtiments historiques, ce qui résout en partie le problème de longueur des délais d'autorisation des projets de restauration par les Conseils de protection. Une Maison du patrimoine a été créée et le gestionnaire du site du patrimoine mondial a été nommé. Bien que la structure administrative ait été grandement améliorée, la coordination entre les autorités responsables de la sauvegarde du bien et du suivi donne encore des signes de faiblesse, notamment en ce qui concerne la prise de conscience et l'engagement des municipalités pour adapter les politiques en matière de conservation et la pénurie continue de personnel spécialisé dans les tâches spécifiques de suivi.
Le KUDEB a lancé un programme de conservation des bâtiments en bois dans les zones centrales de Zeyrek et Süleymaniye et a obtenu un parrainage pour développer les initiatives privées permettant de financer la conservation. Cinq maisons de Zeyrek sont en cours de conservation et neuf sont ou ont été conservées à Süleymaniye, y compris l'édifice impressionnant qui sert de siège au KUDEB avec un laboratoire d'étude des matériaux de construction. De plus, des ateliers de formation en menuiserie existent maintenant dans les deux zones centrales. Ces évolutions positives contrastent avec le manque de coordination récurrent et l'absence de mobilisation des autres acteurs institutionnels. Par exemple, à Zeyrek, quatre maisons en bois ont été démolies par la municipalité de Fatih, tandis qu'à Süleymaniye, neuf maisons historiques ont été démolies illégalement en un jour par la KIPTAŞ, entreprise qui appartient à la Municipalité métropolitaine d'Istanbul.
b) Normes de conservation
Comme cela a été demandé par le Comité du patrimoine mondial, les travaux préjudiciables pour les murailles de la ville et les deux structures de palais byzantins adjacentes ont été suspendus, mais malheureusement pas immédiatement, de sorte que les travaux qui représentaient une reconstruction excessive se sont poursuivis après la mission de suivi réactif Centre du patrimoine mondial / ICOMOS de 2006. Une formation aux techniques de conservation appropriées pour les murailles de la ville a été proposée en 2007, mais l'équipe de restauration du donjon d'Anemas est encore insuffisante pour ce qui est des compétences en matière de conservation. Les projets de restauration du donjon d'Anemas et du palais de Tekfur n'ont pas été révisés dans le cadre d'un plan de mise en œuvre de la conservation de la zone centrale des remparts de Théodose, et soumis à l'UNESCO.
Bien que la Direction générale des Fondations pieuses soit représentée au sein du Comité directeur des zones historiques d'Istanbul, les projets financés par la Direction des édifices religieux ne sont toujours pas conformes aux normes internationales et révèlent un manque de sensibilisation aux normes de conservation qui s'appliquent aux biens du patrimoine mondial.
c) Évaluations d'impact des nouvelles constructions
Une étude a été préparée pour le projet de nouveau pont du métro aérien de la Corne d'Or, mais elle ne mentionne pas une évaluation d'impact adéquate pour une structure composée de pylônes de 65 mètres de haut, qui aurait un effet préjudiciable sur l'environnement de la mosquée Süleymaniye. L'évaluation de l'impact de l'extension de l'hôtel Four Seasons sur les vestiges archéologiques d'une partie du Grand Palais des empereurs romains et byzantins a été préparée mais pas encore transmise au Centre du patrimoine mondial. La mission a regretté que les travaux de construction aient été lancés avant l'évaluation des impacts potentiels.
Les projets de construction d'immeubles de grande hauteur qui étaient au préalable un sujet de préoccupation, notamment à Hydarpaşa, et le projet des « tours de Dubaï » à Levent et la « tour Bosphore », semblent avoir été abandonnés, tout comme le dernier projet Galataport. La menace qu'exercent les nouvelles constructions sur l'intégrité et l'authenticité de l'environnement du bien a donc considérablement diminué.
d) Projets de rénovation et de régénération urbaines
De très fortes inquiétudes subsistent quant à la mise en application de la loi 5366 pour « L'utilisation durable du parc immobilier historique dégradé grâce à la protection par la rénovation ». Un certain nombre de projets qui affectent directement le bien du patrimoine mondial ont été mis en place dans le cadre de cette nouvelle loi, bien que tous n'aient pas encore été conçus pour être mis en œuvre par le Conseil des Ministres.
Le projet de rénovation deSüleymaniye, l'Étude du quartier de Zeyrek, l’Étude de la rénovation urbaine du quartier turc d’Ayvansaray et le plan de mise en œuvre de la conservation de Cankurtaran et Sultanahmet n'ont pas encore été révisés afin de donner la priorité à la conservation des bâtiments historiques existants plutôt qu'aux nouvelles constructions et constituer des plans de mise en œuvre de la conservation des quatre zones centrales, à soumettre au Centre du patrimoine mondial, comme l'a recommandé la mission Centre du patrimoine mondial / ICOMOS de 2006 et conformément à la décision 31 COM 7B.89 du Comité du patrimoine mondial. De plus, la municipalité de Fatih a mis au point le Projet de rénovation urbaine de Sulukule à l'intérieur de la zone centrale des remparts de Théodose, qui implique le déplacement de la minorité Roma établie de longue date. Ce projet a fait l'objet d'un débat considérable et il faut trouver un équilibre entre la conservation, les besoins sociaux et l'identité des communautés locales. La municipalité de Beyoğlu a conçu un projet de rénovation du quartier historique de Tarlebaşı dont l'inclusion dans la nouvelle zone tampon est en cours d'examen.
Le Conseil des rénovations a été créé pour accélérer les projets mis en œuvre dans le cadre de la loi 5366 et pour faciliter le processus d'expropriation et autres formalités administratives. Il y a une structure semblable aux autres Services de protection.
Le Programme de réhabilitation des districts de Fener et Balat, pour lequel un financement de 7 millions d'euros a été assuré par l'Union européenne avec le soutien de l'UNESCO, a été mis en œuvre avec succès et s'achèvera en juin 2008.
e) Mesures archéologiques préventives
Comme l'a recommandé la mission de 2006, les travaux du tunnel rail-route Marmaray et le projet de métro aérien Gebze-Halkah ont été accompagnés de chantiers archéologiques impressionnants qui ont permis de mettre au jour 32 navires byzantins à Yenikapı. Les découvertes archéologiques importantes dans la partie nord du Grand Palais romain et byzantin, effectuées dans le cadre du projet d'extension de l'hôtel Four Seasons, seront ouvertes au public sous forme de parc archéologique. Dans la conception du nouveau pont du métro aérien de la Corne d'Or, les propositions originales ont été amendées afin d'assurer la préservation des murailles de la ville génoise du quartier de Galata.
f) Atténuation des catastrophes
Le Plan de préparation aux situations d'urgence et de réduction des risques sismiques d'Istanbul (ISMEP), financé par la Banque mondiale, comprend deux volets liés au patrimoine culturel. L'Inventorisation et l'évaluation des risques multiples et de l’activité sismique sur les bâtiments du patrimoine culturel à Istanbul sous la responsabilité du ministère de la Culture et du Tourisme est un projet novateur permettant d’inventorier les risques de tremblement de terre sur 172 structures de 28 ensembles monumentaux. L'Unité chargée de l'Évaluation des phénomènes sismiques et de la préparation des plans de renforcement structurels sismiques pour les bâtiments du patrimoine culturel sous la responsabilité du ministère de la Culture et du tourisme préparera des projets de réhabilitation de Ste Irène, du musée archéologique d'Istanbul et du Mecidiye Kiosk au palais de Topkapi. Le budget global est de 2,6 millions de dollars EU et les deux composantes sont mises en œuvre par des cabinets d’experts internationaux qualifiés, comme cela été demandé par le Comité.
g) Aide financière pour la sauvegarde du bien
Un budget de 250 millions de livres turques (201 475 000 dollars EU) a été alloué par le ministère des Finances à Istanbul, capitale européenne de la culture en 2010, dont 50 millions de livres turques (40 300 000 dollars EU) iront à la conservation du bien du patrimoine mondial, avec l'accord du ministère de la Culturelle du Tourisme. Dans la pratique, le système de subventions récemment instauré par le ministère n'a pas réellement profité aux propriétaires privés du site du patrimoine mondial et les autorités ont été incapables de résoudre les problèmes de transfert des fonds promis à l'Association turque du bois de construction, ONG responsable du lancement de la campagne « Sauvez nos toits » soutenue par l'UNESCO pour conserver les maisons en bois historiques.
h) Actions de sensibilisation
Les nouvelles initiatives pour une meilleure interprétation du bien comprennent le parc archéologique qui permettra au public de visiter les vestiges mis au jour du Grand Palais romain et byzantin qui est aménagé par un sponsor commercial dans la zone centrale de Sultanahmet, et les itinéraires que propose dans la même zone l'ONG Associazione Palatina-Istanbul. Malgré l'intérêt considérable de la presse pour le statut de patrimoine mondial d'Istanbul, l'appui institutionnel en faveur d'une nouvelle sensibilisation est encore faible, surtout pour ce qui est des municipalités.
i) Déclaration de valeur universelle exceptionnelle
La mission a aussi discuté de la déclaration de valeur universelle exceptionnelle basée sur deux projets, l'un préparé par l’ICOMOS Turquie, l'autre par le ministère de la Culture et du Tourisme. Un projet final est en préparation.