Selon la demande du Comité du patrimoine mondial (décision 31 COM 7B.44), l’État partie a invité une mission commune de suivi réactif UNESCO / ICOMOS / UICN en juillet 2007 pour assister au Festival de Gavarnie et discuter de manière approfondie des menaces sur ce bien. La mission commune de suivi réactif (dont le rapport complet figure à http://whc.unesco.org/archive/2008) visait à traiter les problèmes discutés depuis l’inscription afin de pouvoir centrer les efforts sur le maintien des valeurs et la gestion transfrontalière globale du bien. La mission a défini plusieurs problèmes menaçant l’intégrité du bien et associés au manque d’efficacité de la gestion, à des problèmes précis liés au transfert du Festival de Gavarnie, à l’accès aux routes et au parking du Col de Boucharo sur la route du Cirque de Troumouse. En février 2008, l’État partie de la France a soumis un rapport d’avancement en 9 volets : Festival de Gavarnie, plan de gestion, création d’une structure de gestion, statut du bien (paysage culturel et naturel), route de Troumouse, zones tampons, activités pastorales, réponse aux recommandations et conclusions de la mission, et statut de la coopération transfrontalière. Le rapport a répondu à plusieurs recommandations essentielles de la mission de 2007.
a) Festival de Gavarnie
Les problèmes liés au Festival de Gavarnie – routes, accès et parking – perdurent depuis l’évaluation du bien en 1997. Lors de l’inscription, la France a indiqué que le Festival serait transféré à l’extérieur du bien, selon les recommandations de l’évaluation menée sur le terrain par l’UICN, qui avait jugé le Festival incompatible avec la valeur universelle exceptionnelle du site. Le Festival de Gavarnie continue cependant à se tenir dans le périmètre du bien malgré des débats répétés lors de missions (1997, 1999, et 2007) et plusieurs précédentes décisions du Comité du patrimoine mondial demandant son transfert (2004, 2005, 2006, et 2007).
Le rapport de mission précise que le Cirque de Gavarnie se trouve au cœur du bien du patrimoine mondial et constitue une caractéristique emblématique du site inscrit. L’emplacement du Festival dans les limites du bien est donc clairement incompatible avec la justification de l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial ; ce point est également reconnu dans le dernier rapport périodique présenté par l’État partie, qui le décrit comme une « désacralisation inacceptable » et une « réelle provocation contre le paysage culturel du bien ». Bien que les impacts soient temporaires, le transfert du Festival peut cependant permettre de les éviter totalement. L’État partie a indiqué plusieurs mesures potentielles qui pourraient être prises pour réduire les impacts du Festival, mais elles ne vont pas jusqu’au transfert et ne traitent donc pas le motif essentiel de préoccupation lié à la valeur universelle exceptionnelle du bien.
Le maintien du Festival de Gavarnie dans la zone centrale du bien constitue donc pour lui un péril prouvé – tel que défini au paragraphe 180 des Orientations et répondant aux conditions définies au paragraphe 181. Tout cela permet d’inscrire le bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril. Si tel était le souhait du Comité, la situation permet aussi d’envisager d’appliquer le paragraphe 192b des Orientations car cette menace était connue lors de l’inscription et l’État partie n’a pas pris de mesure dans les temps qui lui avaient alors été impartis.
b) Gestion
On note un certaine amélioration de la gestion du bien, mais il reste du travail à faire. Les États parties de la France et de l’Espagne n’ont pas actuellement de vision commune de la gestion du bien sur 5 à 10 ans. Une telle vision devrait être définie à partir d’une déclaration commune de valeur universelle exceptionnelle précisant les valeurs du bien par rapport à son inscription en tant que paysage culturel modelé par le pastoralisme, et en tant que site naturel pour sa géologie et sa beauté naturelle ; cette déclaration devrait aussi mentionner les critères concernés, les conditions d’authenticité et d’intégrité, et les exigences de gestion. Il reste à créer une structure de gestion bien définie pour le côté français du bien et à l’intégrer dans les structures de gestion du Parc national de Pyrénées ; et à établir des niveaux appropriés de coordination de la gestion avec l’État partie de l’Espagne. Il conviendra de prévoir dans ces dispositions des mécanismes d’échanges réguliers et d’harmonisation des activités transfrontalières. Priorité devra être donnée à la facilitation du pacage transfrontalier et à la mise en place d’un plan d’action commun engageant la participation des partenaires concernés en France et en Espagne (Parcs nationaux, communes, syndicats mixtes, comarca et autres). Objectif : fixer les priorités de gestion pour les 2-3 ans à venir et soutenir et valoriser les systèmes d’exploitation agricole de plus en plus fragiles. Bien que le Comité du patrimoine mondial se soit précédemment plutôt axé sur le Festival de Gavarnie, les menaces qui mettent en danger les systèmes d’exploitation agricole et de pastoralisme pourraient bien avoir un impact beaucoup plus important sur la valeur universelle exceptionnelle du bien. Il conviendrait que le site bénéficie d’une planification intégrée et coordonnée avec mise en œuvre et suivi aboutissant à la présentation de rapports en commun. Il est proposé que les États parties de la France et de l’Espagne envisagent aussi une identité institutionnelle pour ce bien transfrontalier, pour promouvoir les valeurs qui ont justifié son inscription, car celles-ci sont à peine reconnues par de nombreux visiteurs.
c) Routes et parking
L’État partie a pris des mesures pour fermer des routes et le parking, mais il reste à mener à bien plusieurs mesures en cours. La route de Boucharo a été fermée et la commune de Gèdre a accepté de fermer le dernier tronçon de celle de Troumouse. La route du col des Tentes doit être complètement fermée en été et l’on utilisera un téléphérique à la place. Le parking doit aussi être réduit.
Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives considèrent qu’il est regrettable que l’État partie de la France n’ait pas rempli tous ses engagements en matière de questions d’intégrité et de gestion du bien. Afin d’assurer la conservation à long terme de sa valeur universelle exceptionnelle et tout spécialement de ses conditions d’intégrité, il est essentiel que les États parties améliorent leur collaboration et que l’État partie de la France honore ses engagements d’appliquer les recommandations de la mission de suivi de 2007 et des précédentes décisions du Comité – dont le transfert du Festival de Gavarnie. Il est également jugé essentiel de recentrer le festival de Gavarnie sur un renforcement des valeurs du bien et de le restructurer pour qu’il profite à la communauté locale.
Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives proposent la tenue d’un atelier pour traiter ces questions et seraient disposés à travailler avec les États parties à la préparation d’une Déclaration de valeur universelle exceptionnelle, à la mise en place d’un système de gestion coordonnée et de plans de gestion harmonisés, et à soutenir un processus participatif en favorisant les moyens de soutenir le pastoralisme transfrontalier. Cela pourrait donner lieu à un dialogue sur un autre emplacement possible pour le Festival de Gavarnie, et sur la manière dont il pourrait soutenir l’économie agricole.