À sa 32e session (Québec, 2008) le Comité du patrimoine mondial a demandé à l’État partie d’élaborer un projet de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle, incluant les conditions d’intégrité et d’authenticité ; d’inviter une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/ICCROM à examiner l’état de conservation du bien et déterminer s’il était confronté à des périls prouvés ou potentiels, et de présenter un rapport sur les progrès réalisés dans la mise en œuvre du plan d’action d’urgence et l’application de mesures palliatives à court terme, et sur la préparation du plan de conservation et de gestion, pour examen par le Comité du patrimoine mondial afin d’envisager, en l’absence de progrès substantiel, l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril.
La mission conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS a eu lieu en février 2009 (l’ICCROM n’a pas pu y participer). Le rapport de mission confirme une avancée au niveau du plan d’action d’urgence et du plan de conservation, comme le souligne le rapport de l’État partie ci-dessous. Il note cependant que :
a) L’autorité responsable GACIM a identifié 20 bâtiments complètement effondrés, 40 propriétés privées et 3 bâtiments appartenant à l’État qui sont extrêmement délabrés, mais encore partiellement occupés, et 38 logements privés et deux biens du domaine public qui sont dégradés et habités ;
b) GACIM a besoin d’un cadre juridique renforcé au regard des problèmes techniques et de développement ;
c) GACIM requiert les services d’un architecte en conservation parmi son personnel ;
d) Le plan de conservation (partiellement élaboré dans le cadre du ‘plan directeur’en cours de préparation par l’Etat Partie) et le plan de gestion sont financés avec l’assistance technique de deux organismes distincts et nécessitent d’être convenablement coordonnés de façon à établir une stratégie intégrée et à éviter toute duplication ;
e) Il convient de prendre en considération le patrimoine subaquatique autour de l’île par rapport à la zone tampon du bien et de présenter une carte indiquant la zone tampon ;
f) L’authenticité de la ville de Macutiest menacée compte tenu des transformations qui se sont opérées et se poursuivent, et de la pénurie croissante de matériaux traditionnels utilisés dans le bâtiment ;
g) L’absence de réseau d’égouts et d’approvisionnement en eau demeure un problème majeur, bien que les projets financés par la communauté flamande de Belgique et le Gouvernement néerlandais contribuent d’une certaine manière à résoudre ce problème.
L’État partie a présenté en janvier 2009 le compte rendu suivant :
a) Actions d’urgence :
L’inventaire des bâtiments de l’île recense 1 749 biens immeubles et 42 ruines. En réponse à l’usage de la radio locale, des journaux et des lettres aux propriétaires et aux occupants des bâtiments destinés à promouvoir l’entretien du patrimoine bâti, 37 bâtiments ont été réhabilités, dont 4 édifices religieux, 29 propriétés privées et 4 propriétés de l’État. Suite aux répercussions du cyclone Jokwe qui a causé de gros dégâts sur l’île en mars 2008, l’État partie, avec l’assistance du Portugal, a octroyé des fonds pour réparer 495 maisons dans la ville de Macuti –330 maisons avec le matériau traditionnel (macuti) et 165 maisons avec les matériaux usuels.
b) Réhabilitation de la Forteresse de Saint-Sébastien :
La première phase de réhabilitation de la Forteresse de Saint-Sébastien s’est achevée en décembre 2008. Toutefois, suite aux dommages causés par le cyclone Jokwe en mars 2008, une inspection du site par l’UNESCO et l’entrepreneur pour le projet de réhabilitation ont identifié la nécessité d’exécuter de nouveaux travaux qui s’ajoutent à ceux qui s’inscrivent dans le contrat. Le cyclone a endommagé des parties des murs de défense inférieurs, y compris les sections jouxtant la chapelle Nossa Senhora do Baluarte et le cimetière, la stabilité structurelle des bâtiments et les ouvrages défensifs. Une demande d’Assistance internationale a été adressée pour couvrir les frais de ces réparations supplémentaires. Il est proposé d’exécuter ces travaux en faisant appel à l’équipe et à la méthodologie mises en place dans le cadre du projet de réhabilitation de la Forteresse de Saint-Sébastien. Cependant, l’ICOMOS a exprimé des craintes quant aux matériaux proposés et à la méthodologie qu’il convient d’examiner. Il a été demandé à l’État partie d’apporter la clarification nécessaire avant que la demande soit examinée pour approbation.
c) Plan directeur :
Le plan directeur est élaboré avec l’appui financier de la Banque africaine de Développement. Parmi les mesures prises figurent la formation du personnel (organisée par l’UNESCO) de l’autorité responsable (GACIM) et le recrutement de 6 autres employés (mais selon le rapport de mission, ils n’ont pas été nommés), et la création d’une Commission technique de la GACIM pour conseiller et coordonner les interventions. Des actions prioritaires ont été identifiées, à savoir l’amélioration des infrastructures (réseau d’égouts et approvisionnement en eau), la coordination avec les autorités municipales et autres instances compétentes en matière de protection du patrimoine, la création de partenariats avec des collègues d’autres pays ayant l’expérience de la gestion du patrimoine mondial, et la promotion d’initiatives qui offrent des perspectives d’emploi et produisent des bénéfices. L’allocation du budget de l’État pour 2009 a été augmentée de 200 % par rapport à 2008.
d) Plan de conservation et de gestion
Le financement du plan de gestion a été approuvé par le Programme Africa 2009.
Le Centre du patrimoine mondial et l’ICOMOS estiment qu’en dépit des quelques progrès accomplis pour mettre en œuvre le plan d’action d’urgence, en sensibilisant les propriétaires à la nécessité de conserver leurs biens, l’établissement de plans de conservation et de gestion et la collecte de fonds, le bien n’en reste pas moins sérieusement menacé. Il y a des éléments qui menacent son intégrité, du fait de l’effondrement des bâtiments, et son authenticité en raison de l’utilisation de matériaux non compatibles et non traditionnels dans certaines restaurations, et la viabilité globale du bien est vulnérable en termes de collecte de l’eau et d’absence de gestion active. Il subsiste des problèmes particuliers avec la ville de Macuti où sévit l’absence d’infrastructure, pour les égouts et l’eau, et où le soutien en faveur de l’amélioration et de la rénovation adéquates des bâtiments fait défaut.
Des progrès conséquents et urgents restent encore à faire et une stratégie claire, intégrée et coordonnée pour le bien fait toujours défaut. Malgré les efforts remarquables déployés depuis le dernier rapport de mission en février 2007, la situation sur l’Île de Mozambique demeure critique.