En 1994, année du déclenchement du génocide au Rwanda voisin, l’arrivée massive des populations fuyant le Rwanda pour trouver refuge dans le parc national des Virunga (PNVi), aura pour conséquence directe une augmentation sans précédent de la pression sur les ressources naturelles et va réunir les conditions pour l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril. L’éclatement en 1996 du conflit des Grands Lacs, avec comme corollaire l’établissement de bandes armées et groupes rebelles dans le bien et la perte de contrôle de l’ICCN sur une grande partie du bien vont favoriser l’inflation du braconnage, l’accélération de la déforestation, la prolifération de villages de pêcheurs dans le bien et aggraver l’état de conservation du bien. L’état de conservation insatisfaisant du bien et la persistance de l’insécurité en dépit de l’arrêt officiel conflit malgré l’important appui dont a bénéficié le bien, ont conduit le Comité du patrimoine mondial à favoriser une approche plus globale de la question de la détérioration de la situation de tous les biens du patrimoine mondial en RDC. En 2007, le mécanisme de suivi renforcé nouvellement adopté par le Comité du patrimoine mondial a été appliqué au bien (31 COM 7A.32).
Le 2 février 2009, un rapport sur l’état de conservation du bien a été soumis par l’État partie. Ce rapport contenait des informations sur les progrès réalisés dans la mise en œuvre des mesures correctives.
Depuis la 32e session du Comité du patrimoine mondial, le PNVi a fait face à une nette aggravation de l’insécurité due à la reprise, début octobre 2008, des affrontements entre les Forces Armées de la République démocratique du Congolaise (FARDC) et les rebelles du Congrès national pour la Défense du peuple (CNDP). Cette nouvelle offensive militaire a donné lieu à l’occupation d’une importante partie du bien par le CNDP qui a contraint le personnel de l’ICCN à fuir la station de Rumangabo tombée sous le contrôle du groupe rebelle. Grâce à l’appui du Centre du patrimoine mondial, le parc a bénéficié d’une aide financière d’urgence du Fonds de Réponse Rapide (Rapid Response Facility) pour apporter une aide d’urgence aux gardes et à leurs familles après l’attaque de Rumangabo.
En décembre 2008, la stabilisation de la situation a permis à l’ICCN de négocier avec le CNDP le redémarrage des activités de conservation dans les secteurs sud et nord du bien. Néanmoins, la situation demeure extrêmement fragile du point de vue sécuritaire. L’attaque de la station de Tshiabirimu le 8 janvier 2009, au cours de laquelle un garde a été tué, par un groupe de rebelles Mai Mai en est une parfaite illustration.
La situation politique et militaire évolue également très rapidement. Fin janvier 2009, les autorités congolaise et rwandaise se sont rapprochées pour mener une opération conjointe contre les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un mouvement rebelle rwandais, responsable en grande partie de l’insécurité à l’Est du pays. Il y a de fortes craintes que cette opération puisse à nouveau conduire à des combats dans et autour du parc. Le rapprochement entre les deux pays laisse espérer, sur le long terme, une amélioration de la sécurité au Nord Kivu.
Par ailleurs, le Centre du patrimoine mondial a été informé de l’attribution de permis de prospection et exploitation pétrolières dans plusieurs zones chevauchant le bien à deux sociétés, Dominion Petroleum and Heritage Oid,. Cependant, ces permis doivent encore être entérinés par un Décret présidentiel pour être valides. En réponse à une lettre du Centre du patrimoine mondial sollicitant des informations sur l’attribution de ces permis, le ministre de l’Environnement de la RDC a indiqué avoir saisi, sur cette question, son homologue en charge des Hydrocarbures auquel il a rappelé l’existence de dispositions législatives nationales interdisant ce type d’activités dans une aire protégée.
L’aggravation de l’insécurité a entravé la mise en œuvre des mesures correctives. Néanmoins, certaines avancées ont pu être constatées :
a) Créer un « Comité de sauvetage des Virunga » (CSV) pour répondre aux menaces pesant sur le bien
Comme indiqué dans le précédent rapport, le CSV est opérationnel depuis 2007.
b) Réduire de manière significative le nombre de positions militaires à l’intérieur du bien et garantir un suivi étroit des cas d’activités illégales auxquelles se livre le personnel militaire
La Direction du parc a mené un lobbying qui a abouti à la délocalisation de la 9e brigade initialement basée à la Rwindi, au cœur du parc, et de plus de 99% de ses positions avancées. Cependant la reprise des hostilités à l’est a tendance à favoriser la réinstallation des troupes. Pour éviter cela, la direction du bien continue à mener des actions de sensibilisation auprès des autorités militaires de la 8e région militaire FARDC.
c) Fermeture et suppression immédiates du camp d’entraînement et de réunification de l’armée à Nyaleke, conformément aux engagements pris par le Ministre de la Défense
Aucun progrès n’a été réalisé sur le traitement de cette question et le camp est toujours opérationel.
d) Poursuivre les efforts d’évacuation pacifique et intégrée de tous les occupants clandestins du bien, assortis de mesures appropriées pour faciliter la réinsertion des populations dans leur région d’origine
Pour la côte ouest du lac Edouard, les initiatives d’évacuation pacifique et consensuelle ont démarré sous forme d’accompagnement au retour volontaire des ménages dans leurs villages de provenance. A ce jour, 523 ménages ont été évacués. La reprise des conflits armés dans la région en octobre/novembre 2008 et l’occupation par des groupes armés des zones habituellement affectées aux opérations de retour ont porté un coup d’arrêt au processus. Ces opérations d’évacuations reprendront dès que la situation sécuritaire le permettra. Elles seront par ailleurs renforcées grâce à la mise en place d’un mécanisme de contrôle qui impliquera l’ensemble des parties prenantes (police, chefs coutumier, etc.), évitant ainsi le retour des ménages déjà évacués. Ces activités sont appuyées par le « Programme de la RDC ».
Au niveau des empiètements dans la région de Kirolirwe, aucun progrès n’a été constaté du fait de l’insécurité qui empêche tout accès à cette zone.
e) Renforcer la coopération entre l’organe de gestion du parc (ICCN) et ses partenaires en dressant un plan commun pour toutes les interventions à l’intérieur du parc, avec des responsabilités clairement établies et un plan d’application
Un consortium réunissant l’autorité de gestion ICCN et ses partenaires dans le domaine de la conservation ((WWF, Wildife Conservation Society, Gorilla Organisation, Zoological Society of London), les autorités politiques et administratives au niveau provincial et territorial, les autorités coutumières, les ONG humanitaires, les représentant de la Société civile, l’armée et la police locale, s’est constitué en novembre 2006. La planification de toutes les activités de conservation du bien se fait de manière conjointe, à travers le Comité de Coordination du Site (CoCoSi). La Direction du PNVi s’est par ailleurs dotée d’un « Plan annuel du Parc national des Virunga » complété par un plan opérationnel propre à chacun des secteurs du bien.
f) Développer une stratégie de partage des bénéfices, comme ceux que rapporte le tourisme associé aux gorilles, avec les communautés locales, afin d’améliorer les relations
Une étude préliminaire sur l’état du partage des revenus avec les communautés locales a été menée. Elle a permis de poser un diagnostic en terme d’analyse SWOT des différents mécanismes de rétrocession mis en œuvre par le parc. La phase suivante sera la définition, de manière participative avec les communautés riveraines, de mécanismes plus efficaces de partage des revenus en termes de financement des projets de développement en faveur des communautés. Il convient de noter que le principe du partage des revenus est déjà en pratique à l’ICCN dont les textes prévoient une rétrocession de 30% des recettes touristiques aux communautés locales.
g) Renforcer l’application de la loi sur le bien en se concentrant sur les zones prioritaires
Les actions pour renforcer l’application de la loi sur le bien ont été principalement axées sur la sensibilisation des populations, à travers le recours à divers médias, au niveau national et provincial. Les thèmes régulièrement abordés au niveau national portent principalement sur le statut juridique du bien, l’énoncé de ses limites, son mode de gestion, l’impact de la carbonisation sur la protection du secteur sud (Mikeno et Nyamulagira) ainsi que sur les activités d'intérêts communautaires impliquant l’adhésion des communautés riveraines au lois relatives à la conservation dans le PNVi.
Les activités de surveillance sont toujours très difficilè à cause des problèmes de sécurité. Le braconnage de grands mammifères reste en problème sérieux. Néanmoins, depuis la 32 session, aucun nouveau cas d’abattage de gorille n’a été reporté.
h) Créer un fonds fiduciaire pour la réhabilitation des biens du patrimoine mondial de la République démocratique du Congo
Le comité de pilotage du Fonds fiduciaire pour les aires protégées en RDC a été créé par un Arrêté ministériel daté du 11 février 2009. Les membres du comité du pilotage (17) ont été nommés par un arrêté ministériel en date du 15 février 2009. Le comité de pilotage, présidé par le ministre de l’Environnement, s’est réuni pour la première fois le 26 février 2009, à Kinshasa. Le Gouvernement belge a annoncé une deuxième contribution d’un million d’Euros pour le fonds. D’autres bailleurs comme la France, l’Allemagne et la Grande Bretagne ont également exprimé leur intérêt.
i) Arrêter toute production de charbon de bois au sein du bien et promouvoir des sources d’énérgie alternatives
Les autorités de gestion du bien on commencé un programme de production de briquettes à biomasse dont l’objectif est de promouvoir cette technologie comme alternative energétique au charbon de bois en provenance du bien. Ce programme a également pour ambition de créer des emplois grâce à la construction et à la mise à la disposition des communautés locales, des ateliers de menuserie qui produiront ces briquette. Par ailleurs, le WWF vient de renforcer ces activités de reboisement autour du bien. Toutefois, la déforestation pour la production de charbon de bois demeure l’une des plus importantes menaces qui pèse sur l’intégrité du bien.
j) Renforcer le rôle de la MONUC pour favoriser la sécurité dans le bien et sa périphérie
Depuis la mission conjointe de mai 2008 du Centre du patrimoine mondial et du point focal de la MONUC, pour les questions relatives à la conservation, le rôle de la MONUC dans l’amélioration la sécurité dans le bien et sa périphérie est devenu plus significatif. Des patrouilles mixtes ICCN-MONUC étaient régulièrement organisées permettant ainsi à l’ICCN d’accéder, avant la reprise des affrontements d’octobre/décembre 2008, à des zones demeurées jusqu’à là inaccessibles en raison de l’insécurité qui y régnait.
k) Renforcer les actions de communication et de sensibilisation envers les autorités concernées et les populations locales
Un « Forum sur la problématique de la gestion et de la valorisation du Parc national des Virunga, PNVI, site du patrimoine mondial » s’est tenue, sous les auspices du Gouverneur du Nord Kivu, les 13 et 14 août 2008. Plus de 80 personnes y ont pris part parmi lesquelles on peut citer les principaux Mwami (chefs coutumiers), les parlementaires provinciaux, les partenaires de l’ICCN, les représentants du secteur privé, etc.
Le Centre du patrimoine mondial et l’IUCN demeurent extrêmement préoccupés par la situation de ce bien. En raison de la dégradation de la sécurité, depuis la 32e session du Comité du patrimoine mondial, il est difficile d’initier une réelle « restautration écologique du bien ». L’accent continue à être mis sur la limitation des dommages et la sauvegarde du capital écologique. Cependant, les derniers développements politiques et militaires permettent de nourrir l’espoir d’une amélioration de la sécurité à long terme dans l'est de la RDC.
Depuis la 31 session, le bien est soumis au mécanisme de suivi renforcé et le Centre du patrimoine mondial assure un suivi permanent de l’état de conservation du bien à trabers son « programme de la RDC ». Vue la situation actuelle dans le bien, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN recommendent de continuer à appliquer au bien le mécanisme de suivi renforcé.