Un rapport sur l'état de conservation d'Axoum a été remis le 29 janvier 2010 par l'État partie. Ce rapport répondait à la décision 32 COM 7B.46 du Comité du patrimoine mondial. Une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS s'est rendue à Axoum du 4 au 8 février 2010. Les principales recommandations de la mission ont trait à la nécessité de délimiter le bien, de rédiger une Déclaration de valeur universelle exceptionnelle rétrospective et un protocole d'entente sur les accords de gouvernance, de désigner un personnel qualifié, de contrôler la planification, d'établir un plan de gestion et de trouver des solutions à l'instabilité de la structure de la Stèle N°3 et aux problèmes liés à la montée du niveau des eaux de la nappe phréatique. La mission a également apporté des commentaires sur la réinstallation de la Stèle N°2, sur l'interprétation du site et sur la nécessité de contrôler l'empiètement et le développement, en particulier le projet d'un grand musée au sein du bien.
a) Fourniture d'une carte désignant les limites du bien et de la zone tampon
L'État partie rapporte que les limites du bien ont été débattus lors de l'atelier sur le renforcement des capacités de gestion du site, organisé par le Centre du patrimoine mondial en mai 2008, et qu’une ébauche de carte y avait été préparée; cette carte des limites du bien et de sa zone tampon est la première qui ait été élaborée pour le bien. La mission a jugé urgent le besoin de formaliser les limites.
b) Montée du niveau des eaux de la nappe phréatique dans le parc des stèles
La mission a signalé que comme la montée du niveau des eaux de la nappe phréatique ou les infiltrations d'eau dans la Tombe des arcs de brique se poursuivent, le drainage au moyen d'une pompe électrique semble une solution uniquement temporaire, il faut donc qu'une étude soit entreprise par un ingénieur et un hydrologue afin d'identifier les causes et chercher des solutions destinées à dévier les eaux des chambres funéraires. La structure de consolidation temporaire de la Stèle N°3 doit désormais être considérée comme permanente dans l'attente d'une meilleure compréhension des causes et de possibles actions afin d'y remédier.
Lors de sa 32e session (Québec, 2008), le Comité du patrimoine mondial avait invité l'État partie à trouver une solution au problème du niveau des eaux de la nappe phréatique en faisant une demande d'Assistance internationale. Les membres de la mission ont réitéré cette invitation lors d'une rencontre avec le directeur général de l'Autorité pour la recherche et la conservation du patrimoine culturel. L'État partie propose d'associer l'Université d'Axoum à la préparation de cette demande d'assistance.
c) Mise en œuvre de la feuille de route pour la gestion du site et pour les mesures de protection nécessaires
L'État partie indique que le plan de gestion reste à élaborer. La mission estime que les décisions liées à la gestion sont prises au fur et à mesure et de façon ponctuelle, et ce, en dépit de méthodes de travail participatives associant les autorités centrales, locales et régionales, et considère que l'élaboration d'un plan de gestion devient urgente. La mission signale que l'UNESCO avait organisé un atelier sur le thème de la gestion d'Axoum qui avait défini une base de travail fort utile pour le processus d'élaboration. Une des raisons du retard pris dans l'élaboration du plan de gestion semble être le manque de fonds nécessaires et d'expertise. La mission suggère qu'une demande d'Assistance internationale soit soumise pour préparer le plan de gestion.
La mission a pris note de la décision de l'État partie d'ouvrir sur le site un bureau, suffisamment pourvu en personnel, de l'Autorité pour la recherche et la conservation du patrimoine culturel (ARCCH). Cette structure est l'organisation statutaire en charge de la gestion des sites nationaux y compris des biens du patrimoine mondial. Elle en a été investie dans le cadre de la Proclamation 209/2000 sur la recherche et la conservation du patrimoine culturel. La mission estime qu'il faut de toute urgence pourvoir aux postes vacants dans les domaines de la conservation, de la gestion du patrimoine et de l'archéologie.
d) Protection légale et protection de la planification
La mission a jugé que des lois et règlementations destinées à la protection du bien sont nécessaires de toute urgence car le seul cadre de protection actuellement en place est la Loi modifiée sur les antiquités. La mission a été informée de la préparation en cours d'un plan d'aménagement. Elle estime qu'il est nécessaire de mettre en place très rapidement des règlementations sur la planification urbaine afin de protéger le patrimoine, de s'assurer que l'aménagement urbain est contrôlé, et d’éviter ainsi tout projet de construction sur le territoire du bien comme le musée de l'Église, l'empiètement urbain sur le Parc des stèles de Gudit, et d’éviter que la construction de bâtiments tel que le Musée du site dans le Parc des stèles édifié en 2005 ne se reproduise.
Il a été suggéré qu'une assistance sous forme de conseils puisse s'avérer nécessaire afin que ces mécanismes de contrôle soient le reflet des meilleures pratiques internationales en ce domaine et que le bien puisse bénéficier de l'expérience de la gestion du patrimoine dans des villes habitées.
L'État partie indique qu’un projet de proclamation sur la protection du bien sera présenté au Parlement pour ratification mais ne donne aucun détail complémentaire.
e) Projet de Déclaration rétrospective de valeur universelle exceptionnelle
L'État partie indique que lors de l'atelier de renforcement des capacités précédemment évoqué un projet de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle incluant les conditions d'intégrité et d'authenticité a été préparé par les participants mais l'État partie signale qu'il aurait besoin d'une assistance technique pour finaliser ce projet.
Le Centre du patrimoine mondial et l'ICOMOS félicitent l'État partie de la grande réussite que constitue la réinstallation de la Stèle N°2 entre 2007 et 2009 après son retour d'Italie.
Le Centre du patrimoine mondial et l'ICOMOS estiment que la mission a souligné un certain nombre de problèmes qui doivent être résolus rapidement. Ceux-ci concernent la nécessité d'une réglementation sur la planification urbaine et d'une gestion plus structurée établie sur la base d'une Déclaration de valeur universelle exceptionnelle, le tout accompagné d'un personnel adéquat. Les problèmes évoqués concernent également la recherche des causes de la montée du niveau des eaux de la nappe phréatique et des infiltrations ainsi que le besoin de mise en œuvre d'une solution durable pour la consolidation de la fondation de la Stèle N°3.
Une gestion structurée et une planification urbaine sont nécessaires afin de:
. Faire cesser l'empiètement sur le terrain de la stèle de Gudit;
. Maintenir la protection de l'intégrité des vestiges archéologiques dans la ville moderne habitée;
. Faire des fouilles-tests avant tout nouveau chantier de construction;
. Restreindre la construction dans la zone tampon;
. Contrôler la construction planifiée au sein du bien du patrimoine mondial et les travaux d'envergure dans la zone tampon;
. S'assurer que les interventions liées au projet de développement touristique de la Banque mondiale sur le territoire du bien n'altèrent pas son intégrité physique;
. Améliorer autant que possible la mise en valeur du site au moyen d'interventions minimalistes.
L'établissement d'un plan de gestion répond à un besoin urgent afin de lier la gestion du bien au développement durable du cadre général qui entoure le bien. Le plan de gestion pourrait englober la planification, l'utilisation et la gestion des structures, des vestiges archéologiques et du paysage. La mission a réalisé l'importance et la complexité de la prise en compte de la ville moderne d'Axoum, construite sur les vestiges archéologiques et a évoqué la relocalisation des habitants afin de permettre des fouilles et l'ouverture aux visiteurs de trois palais principaux qui font partie du bien inscrit. De telles actions doivent être envisagées dans le cadre d'un plan de gestion des visiteurs et d'interprétation du bien, s'inscrivant dans le plan de gestion global.
Il est nécessaire que l'établissement du plan de gestion se poursuive selon le louable principe de la consultation et de la participation au niveau local comme signalé par la mission de 2010 et encourage et renforce une vision partagée par tous les intervenants, ce qui permettra d'éviter les décisions parallèles et contradictoires.
Le projet de Déclaration rétrospective de valeur universelle exceptionnelle incluant les conditions d'intégrité et d'authenticité doit être finalisé et soumis au Centre du patrimoine mondial. C'est l'étape préliminaire indispensable à l'établissement dans les règles du plan de gestion.