Du 24 janvier au 3 février 2011, une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN a visité le bien. Le rapport de mission est consultable en ligne à l’adresse Internet suivante : http://whc.unesco.org/fr/sessions/35COM. Le 1er février 2011, un rapport sur l’état de conservation du bien a été soumis par l’État partie. Ce rapport présente un résumé de l’Atelier international sur une gestion performante du Parc national de Lorentz – site du patrimoine mondial, tenu le 29 novembre 2010 à la demande du Comité du patrimoine mondial à sa 34e session (Brasilia, 2010). Cet atelier a réuni des représentants des bureaux concernés des autorités centrales et locales, ainsi que de l’UNESCO, d’ONG internationales, de la société Freeport et de communautés locales.
a) Développement de l’infrastructure
Le rapport de l’État partie indique que la construction d’une route entre Wamena et Yuguru vise à relier plusieurs régences isolées et qu’il n’y a pas d’autre possibilité que de traverser le bien, et notamment la région du lac Habema. Le rapport, comme la mission, reconnaît qu’actuellement, la plupart des transports dans cette province se font par avion. Cependant, comme le transport aérien est très cher pour le transport des marchandises et pour la communauté locale, le gouvernement provincial de Papouasie a décidé de poursuivre la construction de la route pour accélérer les programmes d’aménagement au profit de la population. L’Atelier international de 2010 a également conclu que le développement de l’infrastructure – comme les routes dans le périmètre du bien – était inévitable car il suit le taux de croissance du développement de la Papouasie en général. Toutefois, la mission conjointe de suivi Centre du patrimoine mondial/UICN a constaté que l’écosystème de la région du Lac Habema était sérieusement endommagé par la construction de la route.
La mission note que les routes en cours de construction dans la région du Lac Habema comptent parmi les projets prioritaires du gouvernement provincial qui veut mettre en œuvre son programme de transport intégré. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que la mission de suivi a reçu des informations indiquant qu’à la suite d’une réunion interdépartementale le 1er avril 2011, la Direction des Autoroutes, dépendant du Ministère des Travaux publics, a chargé son bureau régional en Papouasie de cesser les aménagements routiers dans la région du Lac Habema jusqu’à l’obtention d’un permis délivré par le Ministère des Forêts. La mission recommande que l’État partie veille à la cessation immédiate de construction de routes dans le périmètre du bien et commence immédiatement à réhabiliter les routes construites. Elle recommande également que l’État partie commande une Étude environnementale stratégique (EES) du programme de transport intégré de Papouasie car cela concerne le bien ; cette étude devrait permettre de définir les solutions de transport les moins nuisibles pour l’environnement, et notamment d’autres solutions que la construction de routes. La mission recommande en outre que l’État partie entreprenne une Étude d’impact environnemental (EIE) de tous futurs projets susceptibles d’affecter les valeurs et l’intégrité du bien.
b) Dépérissement des forêts
L’État partie reconnaît que la construction de routes favorise la prolifération du Phytophthora fungus, qui peut endommager et détruire les forêts subalpines de nothofagus, très sensibles. Il indique que des actions de lutte contre le dépérissement des forêts vont être menées en 2011-2012. La mission note également que le dépérissement forestier en contrebas de la route semble s’être quelque peu stabilisé, mais qu’il semble maintenant survenir également au-dessus de la route, pour des raisons inconnues.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN soutiennent les recommandations de la mission demandant que l’État partie établisse des directives pour limiter le développement du dépérissement des forêts, et les adresse à tous les partenaires concernés qui entreprennent des activités à l’intérieur du bien.
c) Problèmes de gestion
L’État partie signale que l’Atelier international de 2010 a identifié un certain nombre de problèmes de gestion – dont une absence de mise en œuvre de la politique générale de gestion, une décentralisation des autorités locales, un manque de clarté des limites entre les régences, une communication limitée entre les partenaires concernés, une absence de réglementation sur le patrimoine mondial, une capacité de gestion limitée et un manque de détails du plan de gestion en matière de zonage, de droits communautaires traditionnels et d’utilisation du savoir local/traditionnel. L’État partie note que le gouvernement de Papouasie a créé dix nouvelles régences dans le périmètre du bien. Il rappelle aussi qu’une Équipe de collaboration de partenaires a été créée pour le bien en 2009 et qu’elle comprend des membres de neuf de ces régences ; elle a tenu un atelier en mars 2010 qui a réuni des représentants d’autorités provinciales et des régences, d’ONG et de communautés. Cet atelier avait pour but de définir un projet de zonage du bien pour aider à l’établissement du plan de gestion.
La mission commune de suivi Centre du patrimoine mondial/UICN note que les autorités provinciales et les régences sont responsables de la gestion et de la préservation de la forêt dans leur juridiction et qu’en outre les propriétaires fonciers coutumiers concernés par le bien ne reconnaissent aucune souveraineté sur la terre autre que la leur. La mission fait également remarquer que ces chevauchements de juridictions créent des tensions qui constituent une menace croissante pour la gestion du bien, dans la mesure où le Parc national de Lorentz n’a quasiment aucun pouvoir pour s’opposer aux pressions du développement des autorités provinciales et locales. Elle ajoute que l’on constate une absence de consultation entre le Bureau du Parc national de Lorentz et les propriétaires fonciers coutumiers, ce qui fait que les propriétaires coutumiers concluent des accords avec les autorités provinciales et les régences et leurs entrepreneurs sous-traitants qui réalisent des travaux dans le bien, en contrevenant à la législation nationale. Par ailleurs, la mission rappelle que le personnel du Parc a peu de connaissances et d’expérience en matière de gestion moderne d’aire protégée, que le budget du Parc montre que la plupart des ressources sont affectées au développement de l’infrastructure et au fonctionnement plutôt qu’à des activités directes de gestion, et que le plan de zonage du bien est inutilement complexe.
La mission recommande que l’État partie recherche d’urgence une aide extérieure pour renforcer les capacités de gestion du personnel du Parc. Elle recommande également que l’État partie lance un programme d’information de la population pour sensibiliser les habitants et leur montrer les valeurs et avantages du bien. Elle recommande aussi que l’État partie étudie le budget du bien et l’allocation des ressources afin de s’assurer qu’elles servent bien à traiter les principales menaces qui pèsent sur sa valeur universelle exceptionnelle (VUE), et qu’il passe en revue la gestion du bien et les plans de zonage, en fondant essentiellement ce zonage sur la protection de la VUE du bien.
d) Autres problèmes de conservation – exploitation forestière illégale, pêche illégale et braconnage
L’État partie indique que la construction de routes pourrait entraîner une augmentation de l’exploitation forestière illégale dans le Parc, mais qu’il manque de données exactes et fiables sur la situation actuelle de cette menace. Il rappelle que l’abattage de bois d’œuvre est associé à une utilisation traditionnelle par les communautés locales, et que le Bureau du Parc national de Lorentz coopère avec ces communautés locales pour réduire cette collecte de bois d’œuvre. La mission reconnaît qu’elle n’a pas trouvé de preuves d’opérations d’abattage à grande échelle. Elle indique également que les autorisations pour le transport du bois d’œuvre ne sont délivrées que si le demandeur possède des terres dans la Zone de conversion forestière, à l’extérieur du bien.
L’État partie indique que le Bureau du Parc national de Lorentz n’a pas la possibilité de contrôler la zone marine du bien car il ne possède pas de bateau. Il fait état d’activités de chasse traditionnelle et de pêche de subsistance pour les communautés locales à l’intérieur du bien. S’agissant du braconnage, la mission cite un rapport des médias selon lequel une cargaison de 11 000 tortues à nez de cochon a été interceptée dans la région d’Asmat. Elle recommande que l’État partie entreprenne un programme d’information communautaire pour sensibiliser et faire mieux connaître l’existence, les valeurs et les avantages du bien, ce qui aidera à détecter de futures activités de braconnage.