Le 2 février 2012, un rapport sur l’état de conservation du bien a été soumis par l’Etat partie avec des informations sur les efforts de l’Etat partie pour sécuriser le bien. Du 2 au 15 mars 2012, une mission conjointe du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN a visité le bien, pour évaluer son état de conservation, l’avancement de la mise en œuvre des mesures correctives, et enfin établir l’état de conservation souhaité en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril, comme demandé par le Comité du patrimoine mondial lors de sa 35e session. Le rapport de mission est disponible en ligne à l’adresse Internet suivante : http://whc.unesco.org/fr/sessions/35COM
La mission a confirmé que les principales menaces qui pèsent sur l’intégrité du bien identifiées par les missions précédentes restaient d’actualité, notamment l’insécurité du fait de la présence de bandes armées, le braconnage par des militaires et des ressortissants des communautés locales, les conflits avec les communautés locales à propos des limites du parc et de la pêche dans les rivières formant la limite naturelle du parc, l’absence de continuum écologique protégé entre les deux secteurs du parc et l’impact de la présence des villages à l’intérieur des limites du parc. La mission a estimé à partir des informations recueillies que la situation dans le bien s’est davantage dégradée depuis la mission de suivi réactif de 2007. La mission note cependant que la situation d’insécurité, qui avait résulté de la mise en place d’une administration illégale dans et autour de certaines parties du parc, a incité l’Etat à lancer en octobre 2011 une importante opération mixte, entre l’autorité de gestion ICCN et les forces armées FARDC, dénommée « opération Bonobo », pour rétablir l’autorité et lutter contre le grand braconnage. La mission note également un découragement généralisé des gardes et aussi des partenaires liés à la très faible implication des autorités dans la restauration de la valeur universelle exceptionnelle du parc et dans sa gestion.
L’état d’avancement de la mise en œuvre des précédentes décisions du Comité a été évalué par la mission :
a) Organiser et réaliser une opération mixte d’anti-braconnage de grande envergure entre les Forces Armées Congolaises et l’autorité de gestion ICCN dans les zones les plus menacées
Suite à l’identification d’une dizaine de groupes armés dans le bien, représentant environ 200 braconniers, une opération de sécurisation a été lancée à partir du 3 octobre 2011 avant les élections générales. Au moment de la mission, 22 braconniers avaient été arrêtés, 9 jugés et condamnés (dont deux libérés en appel). 140 armes de guerre et 70 de chasse ont été saisies. Cinq braconniers auraient été tués. Certains braconniers se seraient cachés dans un des villages dans le parc. Lors de la mission, l’opération venait d’être prolongée de quatre mois afin de poursuivre les braconniers dans leurs retranchements. Bien que la mission estime que cette opération était très positive, elle note qu’il ne semblait pas qu’il ait été mis en place un mode de contrôle des militaires appelés à rester en nombre limité sur le site afin qu’ils ne se livrent pas eux-mêmes au braconnage, comme cela a été noté par ailleurs. De même, les mesures indispensables et immédiates pour assurer la continuité de cette opération de remise à niveau et de contrôle effectif à long terme du parc par l’ICCN ne semblaient pas avoir été prises.
b) Etablir une structure de concertation permanente entre les autorités politiques, administratives et militaires provinciales des 4 provinces concernées par le bien pour éliminer, de façon coordonnée, les activités illégales, notamment le braconnage de grande envergure, dans le parc
La mission note qu’une structure de concertation permanente entre les 4 provinces existe mais ne s’est réunie qu’une seule fois en 2008. Il semble exister une certaine confusion entre cette structure de concertation permanente et une réunion quadripartite des gouverneurs, de la MONUSCO et des chefs de région militaires pour coordonner « l’opération Bonobo ».
La mission estime qu’en l’état actuel, il est indispensable de formaliser cette structure de concertation et d’en pérenniser le fonctionnement et le mandat.
c) Mettre en œuvre la stratégie de lutte anti-braconnage récemment développée et un système opérationnel de LEM (Law Enforcement Monitoring)
Malgré ses demandes réitérées, la mission n’a pu obtenir une copie ou même simplement les grandes lignes de cette stratégie de lutte anti-braconnage qui aurait été finalisée en 2007. En tout état de cause, la stratégie de 2007 est probablement obsolète après 6 années sans réelle mise en œuvre et devrait au minimum être mise à jour.
La mission a noté que 90 gardes ont été formés, mais que ceux-ci sont toujours en attente de leur intégration après deux années. Actuellement, il y a 200 gardes peu équipés, dépourvus de moyens de transport et n’ayant pas les compétences nécessaires pour assurer la lutte anti-braconnage. La mission note que plusieurs documents avancent un chiffre de 600 gardes qui seraient nécessaires pour la protection du bien. La mission note également l’importance d’assurer un suivi de la stratégie de lutte anti-braconnage qui devra être suivie et évaluée à travers la mise en œuvre immédiate du système MIST qui a été adopté par l’ICCN. Il faut aussi un suivi permanent des résultats par un comité ad hoc. La mission a noté le grand intérêt manifesté par la Banque de développement allemande (KfW) et le WWF pour s’engager sur le long terme dans la gestion du parc.
d) Entamer un processus de résolution de conflit sur l’utilisation des ressources du parc par un processus participatif
La mission considère que hormis la question des populations résidant à l’intérieur du parc (voir point e), les conflits sur l’utilisation des ressources naturelles du parc portent essentiellement sur la localisation exacte des limites du bien et la pêche dans les rivières formant la limite naturelle du parc. La mission note que sur un total de 334 km de limites non naturelles à délimiter, environ 110 km ont été délimités depuis 2009 via un processus participatif. La mission a également été informée qu’un protocole d’accord pour la cogestion des rivières Luilaka, Luile et Lokoro a été signé le 24 juin 2011, entre la direction du parc et les associations de pêcheurs. Dans cet accord de cogestion, la pêche est autorisée sur l’ensemble du cours d’eau et jusqu’à la limite de la terre ferme en période de hautes-eaux côté parc. La mission note que cela autorise la pêche à l’intérieur du parc sur une surface non négligeable et que cette situation ne permet pas de contrôler efficacement les mouvements des braconniers qui prennent la pêche comme prétexte pour pénétrer dans le parc afin d’y pratiquer la chasse de manière illégale. La mission souligne que la circulation non contrôlée de pêcheurs dans le parc hypothèque la capacité de l’ICCN à en reprendre le contrôle. Elle estime qu’il aurait été préférable de limiter le droit de pêche aux eaux libres des rivières. La mission note que l’accord ne mentionne aucune zone de mise en défens, pourtant à la base de toute stratégie de pêche durable en l’absence de quota ou de contrôle des prises.
e) Traiter d’urgence la question du statut des villages dans le parc
La mission note que le plan de gestion en cours de validation, prévoit la relocalisation des deux communautés du bien. Elle estime qu’avant de décider de cette relocalisation, une étude des différentes options de gestion de cette pression devrait être réalisée. Cette étude devrait appréhender la possibilité de contrôler pendant une période donnée les activités des communautés, par exemple par l’adoption de règles de gestion des ressources naturelles au sein du bien (éventuellement sur une base temporaire ou transitoire), en précisant leur mode de contrôle et la promotion d’actions tendant à inciter ces communautés à s’installer hors du parc. Ce plan serait assorti d’un calendrier afin de permettre à l’ICCN et à ses partenaires de reconstituer les ressources nécessaires à la gestion réelle de ces zones, ce qui ne semble absolument pas être le cas aujourd’hui.
f) Relier, dans le cadre de l’élaboration du plan d’aménagement du parc national de la Salonga, les deux blocs du parc par une zone tampon
La mission note qu’un travail important a été réalisé dans l’espace entre les deux secteurs du bien. Un zonage participatif et une organisation des terroirs a été réalisée dans ses deux-tiers Ouest déjà anthropisés et ne permettant plus de continuum écologique entre les deux blocs. Par contre, dans l’Est du corridor il existe encore une zone de végétation naturellement intacte qui pourrait constituer un excellent corridor écologique. Ce secteur a fait l’objet d’un premier travail d’appréciation de la biodiversité qui a révélé de très bons indicateurs de présence des espèces emblématiques.
Il reste donc un travail à effectuer avec les communautés pour sécuriser cet espace en lui attribuant un statut de classement et en lui conférant une gouvernance qui soient appropriés et acceptables par ces communautés. La mission estime que la priorité est donc à l’adoption de ce statut et de la gouvernance de la zone de continuum, puis de la rédaction participative de son plan de gestion.
g) Etablir un fonds spécial pour la réhabilitation des biens du patrimoine mondial de RDC, avec une contribution du gouvernement
Voir le rapport général sur les biens du patrimoine mondial de la RDC (voir document WHC-12/36.COM/7A.Add).
Autres problèmes de conservation
La mission a été informée qu’il existe un intérêt du gouvernement pour l’exploration et l’exploitation pétrolière dans la cuvette centrale qui englobe le bien, mais elle n’a pas eu des informations détaillées à ce sujet.
La mission note que l’impact de l’exploitation forestière industrielle ne touche pas encore le parc et le défrichement de la forêt pour l’agriculture dans les 8 enclaves n’affecte qu’une très petite superficie du bien par rapport à sa taille exceptionnelle. La complexité et la richesse floristique des habitats sont donc maintenues. Du point de vue de la faune, la mission constate qu’il n’y a pas de nouvelles données sur les populations de faune disponibles depuis la mission de 2007. Cette mission avait noté que les inventaires de 2003 montraient une forte réduction des populations d’éléphants sur l’ensemble du bien. La mission note que cette population a subi depuis lors un intense braconnage pour l’ivoire. La mission conclut que bien que la valeur universelle exceptionnelle du site soit maintenue pour le moment, elle est de plus en plus menacée. L’érosion de la biodiversité continue et l’intégrité du bien est sérieusement mise en cause par les menaces citées ci-dessus. La mission a proposé une mise à jour des mesures correctives, qui sont reprises dans le projet de décision, avec un ordre de priorité.
Sur la base du projet de déclaration de valeur universelle exceptionnelle, la mission a tenté d’élaborer une proposition d’état de conservation souhaité en vue du retrait de la Liste du patrimoine mondial en péril avec l’équipe de gestion du parc, avec des indicateurs qui pourraient mesurer la restauration des valeurs biologiques du site, son intégrité et sa gestion. Cependant, l’exercice s’est heurté à une absence de données sur l’état des populations animales du parc ou encore l’intensité du braconnage, pour l’ensemble des deux blocs. Il a été décidé de se limiter au type d’indicateurs qui pourrait être considéré, sans pour autant les quantifier pour le moment. Ces indicateurs sont repris dans le rapport de mission. La mission considère qu’il est extrêmement important d’obtenir des données complémentaires afin de finaliser cette proposition, notamment des inventaires permettant d’avoir une idée plus précise de la biodiversité animale présente.