Le 12 février 2007, un rapport succinct sur l'état de conservation des cinq biens du Patrimoine mondial de la RDC a été remis par l'Etat partie. Le rapport donne une brève vue d'ensemble des actions de gestion actuellement entreprises dans le parc, mais ne donne malheureusement pas d'informations détaillées sur la mise en œuvre des mesures correctives.
Comme demandé par le Comité, lors de sa 30e session, une mission commune Centre du patrimoine mondial/UICN a visité le bien et a rencontré les différentes autorités et parties prenantes sur le terrain et à Kinshasa du 12 février au 10 mars 2007. Le rapport complet de mission peut être consulté à l'adresse Internet suivante: http://whcunesco.org/archive/2007
La mission a conclu que, alors que la valeur universelle exceptionnelle du bien a été conservée, la baisse du nombre de représentants de populations de faune sauvage a atteint un niveau critique. Le bien abrite l’unique aire protégée que compte encore la RDC pour la conservation du bonobo (ou chimpanzé pygmée), une espèce de grand singe endémique en RDC et génétiquement très proche de l'homme. La population de bonobos est actuellement estimée à 14.800 animaux mais tout porte à croire qu'il y a une croissance récente de la pression liée au braconnage. Bien des espèces de faune sauvage subissent une grave pression. La population d'éléphants est actuellement estimée à 2.000 animaux, alors que sur la base d'une densité moyenne de 0,5 éléphant au km², le parc pourrait accueillir au moins 16.000 éléphants. La baisse alarmante du nombre de représentants des grands mammifères pourrait, à long terme, affecter l'écologie et la structure biologique de l'écosystème et menacer ainsi la valeur universelle exceptionnelle du bien.
La mission a découvert que les principales menaces pesant sur le bien sont le braconnage illégal, la pêche à but commercial, et la présence de villages à l'intérieur des limites du bien.
La mission a noté qu'au cours des deux dernières années la pression exercée par le braconnage sur la faune sauvage du parc a augmenté de façon conséquente et que le braconnage est désormais pratiqué à une échelle quasi industrielle pour fournir en viande de brousse les grands centres urbains, y compris Kinshasa et Kisangani, deux villes situées à des centaines de kilomètres du bien. Des militaires et des civils (originaires des villages proches et des lointains centres urbains) sont impliqués dans le braconnage et le commerce de viande de brousse, qui sont rendus plus aisés par la dégradation de l'ordre public et la grande disponibilité d'armes et de munitions, conséquences de la guerre ainsi que par la capacité de gestion très limitée de l'autorité du parc, l'ICCN, et par la faiblesse des institutions locales. L'effondrement économique de la région, y compris la fermeture des routes commerciales traditionnelles pour les produits agricoles, et la pauvreté galopante ont conduit un grand nombre d'habitants à prendre part au commerce de la viande de brousse, considérée avec la pêche comme une des rares activités économiques viables. Une étude menée par la Wildlife Conservation Society a estimé que 18.000 tonnes de viande de brousse proviennent chaque année du bien. Malgré l’immensité du parc national de la Salonga (qui est plus grand que la Belgique), son apparente inaccessibilité et sa faible densité de population humaine, des signes d'activité humaine et de braconnage sont présents dans tout le parc. L'accès au bien est facilité par de larges rivières navigables qui traversent le parc, ainsi que par un important réseau de sentiers. La viande de brousse est transportée vers les centres urbains à pieds, par canoës creusés dans des troncs d'arbre, à bicyclette sur des distances allant jusqu'à 1000 km car les prix de vente dans les villes sont 4 à 10 fois plus élevés que dans les villages. Jusqu'alors, la chasse commerciale s'attaquait principalement aux éléphants, aux grands ongulés et aux petits primates. Ces animaux se raréfiant, les petits primates et même les bonobos sont désormais de plus en plus chassés.
La pêche est aussi largement pratiquée dans le parc. Bien qu'illégale, cette activité est tolérée et même taxée par l'ICCN depuis longtemps. Même si l'impact de la pêche commerciale sur l'intégrité du bien est probablement moins important que la chasse à grande échelle, l'accès sans contrôle des pêcheurs restreint considérablement les capacités de l'ICCN à contrôler les activités illégales dans le parc.
Neuf villages sont situés à l'intérieur des limites du bien. Dans le secteur Nord du parc, une secte religieuse occupe un grand village, Kitawala. Sa population est estimée entre 3 et 4.000 habitants, une zone de 15 km² a été déboisée pour l'activité agricole. Le village a été créé dans les années soixante dix, à peu près en même temps que le parc. Dans le secteur Sud, 8 villages sont peuplés par les Iyaelimas. Contrairement à Kitawala, ces huit villages sont antérieurs à la création du parc puisque les Iyaelimas se sont installés dans la région au XIXe siècle. Lors de la création du parc, et contrairement aux autres villages préexistants situés à l'intérieur du parc, les Iyaelimas ont refusé de se réinstaller dans une zone située entre les secteurs Sud et Nord du parc. Autour des 8 villages, les zones déboisées s'étendent sur 1 à 2 kms. La présence de ces villages représente une menace sérieuse pour l'intégrité du bien, principalement à cause de l'impact de leurs activités incontrôlées, en particulier la chasse et l'agriculture sur brûlis. Leur présence continue crée aussi des tensions entre l'ICCN et les villages qui ont été réinstallés en dehors du parc.
Depuis sa création, le parc n'a jamais reçu les ressources financières nécessaires à une véritable gestion. La gestion du parc est peu développée. Ceci a été précédemment souligné par le Comité lors de l'inscription sur la Liste du patrimoine mondial en 1984. Le parc n'a reçu d'aide extérieure qu'en 2000, dans le cadre du programme RDC de l'UNESCO et de plusieurs ONG. Récemment, cette aide a été conséquemment augmentée, en particulier dans le cadre du Programme CARPE (Central African Regional Programme for the Environment) financé par les Etats-Unis, et d'un nouveau programme financé par la Commission Européenne, tous deux mis en œuvre par le WWF. Cependant, la grande taille du bien, les défis en terme de logistique, l'insécurité pendant et après la guerre, et la complexité des problèmes à résoudre ont limité les capacités de ces programmes à traiter efficacement les menaces pesant sur le bien. A ce jour, plusieurs études ont été menées pour mieux comprendre les contextes écologique et socio-économique, plusieurs sessions de formation pour les gardes ont été organisées, des équipements ont été achetés, une nouvelle stratégie anti-braconnage a été conçue, et certaines mesures visant à résoudre les conflits et à améliorer les relations avec les communautés locales ont été prises. Quoiqu'il en soit, des défis importants sont à relever.
La mission a établi une liste de recommandations considérées comme des mesures correctives pour traiter les principales menaces pesant sur le bien. La mise en œuvre de ces mesures sera la première étape de sa réhabilitation et devra aboutir au retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril. Cependant, la mission a signalé qu'il faudra du temps pour inverser le processus actuel de détérioration et que l'impact des mesures correctives devra être suivi avec attention pour mieux s'adapter à la situation sur le terrain qui change très vite. Les mesures correctives proposées sont inclues dans le projet de décision.
Enfin, il faut noter que Salonga fait partie de la quatrième phase du programme ECOFAC, de l'Union Européenne, qui devrait commencer fin 2007. Celui-ci devrait apporter un financement complémentaire pour la conservation du bien et devrait rendre plus aisée la mise en œuvre de certaines recommandations de la mission commune UNESCO/UICN.