Le Parc national de la Salonga (PNS) n’a subi qu’assez tardivement, en raison de sa localisation, des effets de l’éclatement en 1996 du conflit des Grands Lacs. L’impact du conflit s’est traduit par des empiètements illégaux et une augmentation significative du braconnage commercial favorisé par l’affaiblissement et la perte d’autorité de l’ICCN, ce qui entraîné son inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril en 1999. L’état de conservation insatisfaisant du bien et la persistance de l’insécurité en dépit de l’arrêt officiel conflit malgré l’important appui dont a bénéficié le bien, ont conduit le Comité du patrimoine mondial à favoriser une approche plus globale de la question de la détérioration de la situation de tous les biens du patrimoine mondial en RDC. En 2007, le mécanisme de suivi renforcé nouvellement adopté par le Comité du patrimoine mondial a été appliqué au bien (31 COM 7A.32).
Le 2 février 2009 un rapport sur l’état de conservation du bien a été soumis par l’État partie.
Comme indiqué dans le précédent rapport, la mise en œuvre des mesures correctives a débuté en janvier 2008 et s’est poursuivi depuis. Ces activités bénéficient de financements de l’UNESCO (Fonds du patrimoine mondial), de l’Union européenne à travers le WWF et le programme de conservation ECOFAC de Union européenne. La mise en œuvre des mesures correctives a cependant été retardée par des problèmes internes au projet ECOFAC. Les difficultés évoquées dans les rapports précédents demeurent toutefois d’actualité. Il s’agit principalement de l’insécurité et du braconnage armé intensif. Il faut également y ajouter l’insuffisance de moyens financiers qui constitue un obstacle sérieux à la bonne conduite des activités de délimitation et démarcation participatives.
a) Organiser d’urgence une opération mixte d’anti-braconnage entre l‘ICCN et l’armée congolaise (FARDC) en coopération avec la MONUC dans les zones les plus menacées
Les activités d’investigation sur les filières de braconnages établies dans le bien ont permis à l’ICCN de recueillir suffisamment d’informations sur les zones à forte présence de braconniers. L’ICCN a ainsi pu établir, en concertation avec le commandement de la 3e région militaire, un plan d’action efficace. Des patrouilles mixtes sont organisées dans les zones fortement touchées par le braconnage. Leur fréquence dépend souvent de la disponibilité des éléments des FARDC. Toutefois, l’opération de grande envergure de sécurisation du bien, à travers la lutte contre le braconnage armé, appuyé par le Fonds du patrimoine mondial est programmée pour la deuxième moitié de 2009.
b) Créer un mécanisme de concertation permanente entre les autorités politiques, administratives et militaires provinciales des provinces concernées par le bien pour éliminer, de façon coordonnées, les activités illégales, notamment le grand braconnage, dans le parc
A la suite de la réunion tripartite « Sécurisons et sauvegardons l’environnement de notre parc national de la Salonga, patrimoine universel menacé » organisée du 14 au 17 avril 2008 et qui avait abouti à l’adoption par toutes les parties concernées d’un plan de lutte anti-braconnage, une structure de suivi et d’évaluation des résolutions de la « tripartite » a été mise en place. Elle doit se réunir tous les trois mois. Une rencontre semestrielle des gouverneurs, à laquelle serait associé le délégué général de l’ICCN, est également prévue.
c) Mettre en œuvre la stratégie de lutte anti-braconnage récemment développée
La mise en œuvre de la stratégie de lutte anti-braconnage se poursuit même si elle a été retardée par les problèmes de financement du projet ECOFAC. Les premiers résultats obtenus sont cependant encourageants. Les opérations de sensibilisation ont permis la récupération d’un certain nombre d’armes souvent volontairement remises à l’ICCN. En cas de non remise volontaire, l’appui des FARDC est sollicité pour procéder à des perquisitions autour des zones à fort taux de braconnage. Néanmoins, la lutte anti-braconnage ne pourra être effective que si la sécurité est restaurée dans et autour du bien.
d) Entamer un processus de résolution de conflit sur l’utilisation des ressources du Parc par un processus participatif
Les activités de délimitation et de démarcation participatives sont en cours mais bénéficient de moyens très limités. Des structures de gestion participatives sont en place et un processus de signature de contrats de convergence avec les communautés locales est en cours. Par ailleurs, un programme de sensibilisation des braconniers et occupants illégaux du parc a été mis en place. Cette activité demeure complexe et nécessitera certainement un travail de longue haleine.
e) Concevoir et mettre en œuvre une stratégie pour minimiser et atténuer les impacts des villages situés dans le bien
Cette activité n’a pas encore démarrée mais est prévue dans le plan stratégique triennal 2009-2011 du bien.
f) Dans le cadre de l’élaboration du plan d’aménagement du bien, créer un couloir écologique entre les deux secteurs du bien ;
Le processus de création a été initié mais nécessitera des consultations intensives avec les différentes parties prenantes. Les consultations avec les populations et les études préliminaires ont déjà été réalisées.
g) Créer un fonds spécial pour la réhabilitation des biens du patrimoine mondial de la République démocratique du Congo (RDC)
Voir le rapport sur le Parc National des Virunga (Document WHC-09/33.COM/7A).
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont pris note des progrès réalisés mais s’inquiètent cependant des retards accumulés dans la mise en œuvre des mesures correctives, et en particulier celles sur la sécurisation du bien et l’arrêt du braconnage organisé. Dans le cas du Parc National de la Salonga, qui se trouve hors de la zone de conflit armé, l’insécurité est directement liée à la présence de bandes de braconniers professionnels et la restauration de la sécurité constitue sans conteste un préalable à l’amélioration de l’état de conservation du bien. Cette amélioration devrait par ailleurs également bénéficier aux populations locales. Le règlement de la question des villages qui s’y trouvent dans le bien et de l’utilisation non durable des ressources du parc ne pourra être traité que lorsque le bien aura été sécurisé.
Depuis la 31e session, le bien est soumis au mécanisme de suivi renforcé et le Centre du patrimoine mondial assure un suivi permanent de l’état de conservation du bien à trabers son « programme de la RDC ». Vu la situation actuelle dans le bien, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN recommendent de continuer à appliquer au bien le mécanisme de suivi renforcé.