Le 2 février 2012, l’Etat partie a soumis un rapport sur l’état de conservation du bien. Ce rapport met en évidence un repeuplement de la faune dans le secteur Est du Parc sur le plateau de Lulimbi et dans la plaine de Rwindi. Ainsi il fait état de la naissance de 9 gorilles dans le secteur Mikeno. Il mentionne aussi un retour timide du tourisme, principalement pour les visites de gorilles et l’ascension des volcans. Cependant, le rapport note que la persistance de poches de milices dans le parc au niveau du secteur de Nyamulagira, du Mont Kasali et sur les côtes sud et ouest du lac Edouard reste une contrainte majeure pour sa gestion.
Le rapport donne des informations sur les progrès réalisés dans la mise en œuvre des mesures correctives, adoptées lors de la 35e session du Comité du patrimoine mondial:
a) Prendre des mesures au plus haut niveau, afin d’arrêter les activités illégales d’exploitation des ressources naturelles du parc, en particulier le braconnage, la carbonisation et la pêche par les éléments incontrôlés de l’armée ainsi que des groupes armés opérant dans le bien
Le rapport donne une description détaillée des opérations de surveillance et de protection du parc et signale la reprise du contrôle de 80 % du parc : 17 opérations conjointes avec les Forces Armées de la RDC (FARDC) ont été organisées et 43 000 Hommes-Jours de patrouilles ont été déployés. Sur 650 personnes interpellées, 39 étaient armées et ont été transférées à l’auditorat militaire. 121 civils ont été transférés au Parquet de grande instance.
La matérialisation de la limite du secteur Mikeno est en cours à travers un programme de clôture électrique en vue de protéger les cultures des paysans riverains contre la déprédation par la faune. Le rapport note un lourd bilan de 11 gardes tués suite à des attaques successives et d’un garde décédé à l’issue d’un accident.
Le rapport ne fournit pas de précisions sur les mesures prises au plus haut niveau, pour appuyer ces efforts de surveillance.
b) Renforcer les efforts de désarmement des groupes armés opérant dans et en périphérie du bien en coopération avec la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation au Congo (MONUSCO)
L’Etat partie signale que l’autorité de gestion du parc a collaboré et apporté un appui logistique aux FARDC (vols de reconnaissance, communication, transport) dans trois opérations conjointes visant à déloger les groupes armés du parc.
Le rapport note que les positions des groupes armés à l’intérieur et à l’extérieur du parc sont connues mais qu’il s’agit de plus en plus de petits groupes très mobiles.
Le rapport ne fournit pas d’informations sur la coopération avec la MONUSCO concernant le désarmement des groupes armés opérant dans et en périphérie du bien.
c) Fermer et supprimer immédiatement le camp d’entraînement et de réunification de l’armée à Nyaleke à l’intérieur du parc, conformément à la décision du Ministre de la Défense
L’Etat partie signale qu’une grande partie du camp d’entraînement et de réunification de l’armée à Nyaleke, à l’intérieur du parc, a été évacuée et que les éléments armés restants ne représentent qu’une faible menace. Cependant, il note que l’évacuation complète du camp n’est pas encore prévue. Aucun calendrier sur cette évacuation complète et sur la destruction du camp n’est fourni.
d) Prendre des mesures au plus haut niveau pour permettre à l’ICCN de poursuivre, sans interférences politiques, l’évacuation pacifique des occupants illégaux du bien
L’Etat partie signale qu’un second forum sur la problématique de la valorisation des ressources naturelles du Parc National des Virunga a été organisé. Au cours de ce forum, les participants ont pris l’engagement de quitter le parc. Les populations de Kilolirwe ont exprimé leur volonté de quitter le parc dès que les conditions de sécurité seraient réunies dans les localités où elles vont s’installer. Le rapport note que l’envahissement à Lubiliha a pris davantage d’ampleur ; cependant l’UNESCO, l’OIM (Organisation internationale pour les migrations), UN HABITAT et les autorités congolaises ont pris des mesures et une étude est en cours pour délocaliser les bureaux construits dans le parc et évacuer les populations sur le site de COTONGO, qui a déjà étéidentifié et dont le lotissement est en cours.
Le Centre du patrimoine mondial note que la MONUSCO a fait appel à l’UNESCO pour faciliter le dialogue avec l’ICCN et pour résoudre les conflits population/parc, au niveau de Lubiliha. Cette initiative a conduit au projet conjoint OIM/UNESCO/ICCN et MONUSCO. Suite à cette intervention, le poste frontalier sera déplacé à l’extérieur du parc d’ici juin 2012. Le déplacement des administrations de l’Etat, installées illégalement dans le parc, vers l’extérieur montre la volonté de l’Etat partie de trouver des solutions pour restaurer l’intégrité territoriale du bien et enverra un signal fort aux populations restantes. Le Centre du patrimoine mondial note que pour la zone de la côte ouest du Lac Edouard, de nouvelles activités pour l’évacuation pacifique sont prévues dans le cadre du programme de conservation pour la RDC avec un financement de la Belgique.
e) Poursuivre l’application de la loi en se concentrant sur les zones prioritaires et maintenir les dispositions prises dans le cadre de la réforme institutionnelle pour renforcer la motivation du personnel du parc
L’Etat partie signale que la réforme institutionnelle a permis une rationalisation des effectifs de personnel, passant de 990 à 340 agents et cadres administratifs et techniques. Il signale qu’il est important de poursuivre le recrutement de gardes pour pallier aux décès et aux départs à la retraite du personnel.
f) Poursuivre les actions de communication et de sensibilisation en direction des autorités compétentes et des populations locales
L’Etat partie signale qu’à la suite de l’organisation du second forum mentionné ci-dessus, un cadre de concertation a été mis en place et a donné lieu à la création de trois comités de dialogue opérationnels sur les thématiques de résolution des conflits et de la pêche sur le lac Edouard. Le rapport ne fournit pas d’informations sur la nature de ces trois comités de dialogue, ainsi que sur les actions menées.
g) Poursuivre les actions pour éliminer toute production de charbon de bois au sein du bien et promouvoir des sources d’énergie alternatives
L’Etat partie signale que la problématique de la carbonisation a sensiblement diminué et que des alternatives et des actions de réduction de la consommation en bois ont été mises en place. Le rapport note qu’en 2011, 2 533 ha de terre ont été reboisés, 11 200 foyers améliorés ont été distribués et qu’une microcentrale hydro-électrique financée par le parc est en cours de construction. Elle desservira plus de quarante mille habitants.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent la diminution de la problématique de la carbonisation qui constitue une menace majeure à l’intégrité du site mais notent également qu’il serait important de fournir des informations quantitatives sur cette diminution.
h) Exploration pétrolière
Le rapport de l’Etat partie affirme que l’exploration pétrolière risque de porter de graves préjudices à la valeur universelle exceptionnelle du bien. Il précise que suite à l’annonce par le gouvernement de la suspension de l’exploration, une évaluation environnementale stratégique a été engagée. Mais la compagnie SOCO, à qui l’un des trois blocs d’exploration pétrolière qui chevauchent le parc a été attribué, continue de tenir des réunions hostiles au parc.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont été informés de la signature de deux arrêtés ministériels qui autorisent le démarrage des activités d’exploration pétrolière et qui délivrent un certificat d’Acceptabilité Environnementale à SOCO pour sa campagne d’acquisition des données aéromagnétiques et aérogravimétriques. Dans un courrier du 17 avril 2012 adressé au Président de la République, la Directrice Générale de l’UNESCO a exprimé sa très vive préoccupation sur ces arrêtés, qui viendraient à l’encontre de la décision du gouvernement de mars 2011 de suspendre la prospection pétrolière en attendant la réalisation de l’évaluation environnementale stratégique. Cette lettre était précédée par celle du Directeur du Centre du patrimoine mondial, du 5 mars 2012, adressée au Ministre de l’Environnement, de la Conservation de la Nature et du Tourisme. Dans sa réponse datée du 19 avril, le Ministre clarifie que la campagne d’acquisition des données aéromagnétiques et aérogravimétriques se fera sans incursion physique dans le parc et qu’une décision quant à l’exploitation pétrolière sera prise en fonction des résultats de l’évaluation environnementale stratégique.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont également été informés que l’un des deux autres blocs d’exploration pétrolière chevauchant le parc a été attribué par ordonnance présidentielle à la compagnie TOTAL.