Un rapport de suivi, Le suivi scientifique au Parc national de l’Ichkeul, Année 2002-2003, a été reçu en mars 2004 de l’Agence Nationale de Protection de l’Environnement (ANPE), chargée de la gestion du bien. Ce rapport donne une description détaillée de l’état de conservation actuel du bien et décrit l’avancement de la mise en œuvre des recommandations de l’atelier organisé en janvier 2003 pour définir des indicateurs et des données de référence permettant de suivre l’amélioration de l’état du bien.
L’hiver 2002-2003 a été marqué par des conditions climatiques très différentes des années précédentes qui ont eu un impact positif sur la lac Ichkeul. Le rapport de l’ANPE note en particulier que :
· la quantité d’eau alimentant le lac a été plus importante que la quantité moyenne avant la construction des barrages. Près de 500 millions de mètres cubes d’eau se sont déversés dans le lac, dont une partie provenant des précipitations et de l’écoulement naturel ; plus 290 millions de mètres cubes déversés en 2002-2003 par les barrages en amont, soit beaucoup plus que la moyenne annuelle de 80 à 120 millions de mètres cubes recommandée pour la protection de l’Ichkeul ;
· la salinité a baissé : du très haut niveau (80 g/l) atteint en septembre 2002 elle est redescendue à 8,4 g/l en mai 2003 ; comme toujours en été, la salinité est remontée mais pas plus haut que 15,6 g/l en août 2003, ce qui est très faible ; d’après les premières indications dont on dispose, la salinité au milieu de l’hiver 2003-2004 était redescendue à un niveau normal pour l’hiver de 5-6 g/l ;
· la totalité de la zone des marais de l’Ichkeul a été inondée, y compris les zones plus hautes du marais de Joumine, les zones plus basses étant restées inondées pendant une longue période au printemps.
Le rétablissement écologique général permis par ces conditions favorables a été suivi de la régénération naturelle d’une partie de la végétation, notamment des peuplements de Scirpus dans l’ensemble des marais, processus qui s’est prolongé au printemps, et de la réapparition dans le lac des potamots (Potamogeton pectinatus) pour la première fois depuis 10 ans, toutefois en moins grand nombre qu’en 1993, avant la construction des barrages.
L’UICN pense que la diminution de l’apport d’eau douce résultant en partie du remblayage des barrages et en partie d’une succession d’hivers plus secs que la normale est responsable du reflux d’eau de mer salée dans le lac. A cet égard, l’hiver exceptionnellement humide, le plus humide depuis vingt ans, a suffi pour lessiver tout le sel accumulé, créant pour la première fois depuis 10 ans des conditions favorables à la germination du potamot (Potamogeton pectinatus). Or, cette végétation est très importante pour de nombreuses espèces d’oiseaux.
Ces observations montrent que, malgré plusieurs années successives de sécheresse, l’écosystème a conservé la capacité de se régénérer dès que les conditions redeviennent favorables, comme cela a été le cas en 2002-2003. Les observations préliminaires de 2003-2004 laissent présager une seconde année consécutive de conditions favorables, confirmant ainsi, si tout va bien, la régénération continue de l’écosystème.
Conformément aux recommandations de la mission conjointe UICN/Centre/Ramsar de février-mars 2000, des travaux ont été effectués en 2002-2003 pour remettre en état la vanne (installation de portes automatiques) et touchent à leur fin ; il s’agit d’un aspect essentiel de la gestion de l’eau à Ichkeul. Des activités d’étude bathymétrique du fond du lac et d’étude topographique des marais ont également été menées.
Malgré la nature irrégulière de l’hydrologie lors des dernières saisons, l’UICN fait observer la nécessité pour l’Etat partie de veiller à l’apport suffisant et continu d’eau pour l’écosystème du lac Ichkeul.
Le rapport de l’Etat partie n’aborde que les questions de suivi, dans la mesure où celui-ci est la responsabilité principale de l’ANPE. L’UICN aimerait donc obtenir de l’Etat partie l’assurance que l’élaboration d’un nouveau plan de gestion pour le bien avance de façon satisfaisante pour donner au Parc un régime de gestion approprié.