L'État partie a soumis son rapport sur l'état de conservation du bien le 27 février 2008, le rapport de suivi scientifique de 2006-2007 et les notes de réunion pour la phase 1 de l'étude sur l'application des modèles de gestion et de prévision pour le bien, ainsi qu'une copie de la version définitive du plan de gestion, approuvé fin 2007 comme l'aboutissement du projet du GEF, mis en œuvre en 2003.
Les principales caractéristiques du plan de gestion sont : la mise en place progressive d'une structure de gestion autonome pour le parc ; des propositions de zonage au sein du parc ; une gestion des ressources hydrologiques passant par une consultation avec les autorités responsables des barrages et par l'application d'un modèle mathématique ; une gestion participative avec les communautés locales et une valorisation passant par un écotourisme durable.
L'État partie a mis en œuvre les recommandations suivantes de la mission de suivi réactif de 2006 et les recommandations du Comité du patrimoine mondial :
a) Structure de gestion
Le plan de gestion identifie une procédure en trois étapes pour la mise en place d'une structure de gestion dotée de pouvoirs décisionnels et d'une autonomie financière adéquate. Au titre de la première étape, un comité a été instauré par décision ministérielle le 24 septembre 2007 et se réunira régulièrement en 2008. Les membres institutionnels ont été identifiés et envisagent de se réunir en 2008 pour préparer l'étape suivante concernant la mise en œuvre de la structure de gestion.
b) Gestion de l'eau
Le plan de gestion identifie la gestion de l'eau comme un élément essentiel de la gestion de l'écosystème du lac et des zones humides, passant par un processus de consultation avec les autorités en charge de l'exploitation des barrages. Le Centre du patrimoine mondial et l'IUCN notent que l'État partie continue de reconnaître l'Ichkeul comme un consommateur d'eau "à part entière", au même plan que l'agriculture, ce qui signifie que le bien est inclus dans les documents d'urbanisme du ministère de l'Agriculture.
Des études ont commencé en 2007 pour actualiser le modèle mathématique de 1996 de prévision et de gestion des ressources hydrologiques, capital pour une bonne gestion du bien. Une première application expérimentale a été effectuée en janvier 2008. L'étude de suivi scientifique de 2006-2007 a rendu compte de la gestion des ressources hydrologiques du bien et a conclu qu'en dépit d'un faible apport d'eau, le modèle utilisé pour aider la gestion des ressources hydrologiques a donné lieu à des améliorations au niveau de l'écosystème aquatique ainsi que de la flore et de la faune qui en dépendent.
c) Recherche et suivi scientifiques
Un rapport détaillé sur la recherche et le suivi scientifiques au sein de l'Ichkeul est joint au rapport de l'État partie. Il signale que les écosystèmes ont recouvré, pour la plupart, un état très proche de celui qu'ils avaient lors de l'inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial. Ainsi, bien que l'apport d'eau lors de l'année hydrologique 2006/07 ait été relativement limité, il a été enregistré une augmentation des superficies de végétation submergée (notamment Potamogeton). Grâce à une utilisation réfléchie des vannes, les zones humides ont été largement couvertes de Scirpus, les populations d'oiseaux aquatiques ont été comparablesà celles rencontrées avant la construction des barrages, les captures de poissons, anguilles notamment, ont repris et des roseaux ont commencé à réapparaître sur les bords du lac.
d) Aspects sociaux
En 2007, plusieurs activités de sensibilisation ont été réalisées, notamment la production de documents sur l'écotourisme, distribués auprès des institutions, des écoles et aux visiteurs. Quatre écoles voisines du bien ont créé des clubs d'écologie et deux ateliers nationaux ont été organisés. Un premier projet de stratégie nationale pour l'éducation publique et la communication a également été présenté.
La création d'un programme Action 21 pour l'Ichkeul a été initiée en 2008 en association avec la ville de Tinja, centre administratif près duquel le parc est situé et qui accueille le premier comité Action 21.
Néanmoins, certaines des recommandations de la mission de suivi réactif de 2006 concernant la gestion de l'eau et le suivi scientifique, bien que planifiées, n'ont pas entièrement été mises en œuvre, notamment :
(i) Veiller au bon usage de l'eau déversée depuis le barrage de Sidi el Barrak ;
(ii) Evaluer les effets de la construction envisagée de trois barrages supplémentaires sur l'Ichkeul ;
(iii) Veiller à mettre en place des mesures propres à rétablir le fonctionnement écologique de l'oued Joumine à l'intérieur du parc ; et
(iv) Collecter et conserver en un centre unique les données scientifiques et les rapports sur l'Ichkeul pour en permettre l'analyse et, en particulier, pour le recensement des populations d'oiseaux d'eau hivernants et des oiseaux de montagne ;
Le Centre du patrimoine mondial et l'IUCN reconnaissent les importantes réalisations accomplies par l'État partie dans la mise en œuvre des recommandations du Comité du patrimoine mondial et dans le rétablissement des valeurs du bien. Grâce à l'utilisation des vannes, les problèmes potentiels de faible pluviosité et de prélèvement de l'eau ont été dépassés l'an dernier ; il convient par ailleurs de féliciter l'État partie pour sa détermination constante à reconnaître le bien comme un consommateur d'eau "à part entière".