Un rapport de suivi scientifique annuel rédigé par l’Agence nationale de protection de l’environnement (ANPE) a été soumis par l’Etat partie en mars 2005. Il décrit en détail l’état de conservation du bien et rend compte des progrès réalisés dans la mise en œuvre du programme de suivi scientifique, qui a été créé en faveur de la réhabilitation du parc suite aux décisions prises par le Comité à sa 27e session (UNESCO, 2003).
Suite aux conditions climatiques favorables de l’hiver 2002-2003 et à leur impact positif sur le bien, comme cela a été mentionné à la 28e session du Comité (Suzhou, 2004), l’abondance des précipitations et des ressources en eau qui a marqué l’hiver 2003-2004 a contribué à favoriser la réhabilitation de l’écosystème.
L’Etat partie note que :
a) 120 millions de mètres cubes d’eau ont été déversés en provenance des barrages en 2003-2004, soit le volume annuel recommandé pour la réhabilitation du bien, ce qui a permis de prolonger les effets bénéfiques de la saison extrêmement humide de l’année précédente ;
b) Le niveau d’eau a été maintenu par la suite à la cote suffisante pendant au moins la moitié de l’année, dégageant de très faibles degrés de salinité (6 g/l durant les quatre mois d’hiver), ce qui représente un niveau normal en hiver.
c) Presque tous les marais étaient inondés à la fin de janvier 2004, avec des crues persistantes de toutes les terres situées en contrebas des marécages pendant au moins six mois.
Le maintien de ces conditions écologiques favorables a été suivi de la régénération continue d’une partie de la végétation. La salinité réduite a créé les conditions nécessaires à la germination des algues benthiques (Potamogeton pectinatus) pour la deuxième année consécutive, qui ont couvert la même surface qu’en 1993. On signale également le retour de l’hivernage et de l’élevage des oiseaux aquatiques, même s’ils sont loin du nombre atteint avant la construction des barrages. Le rapport confirme aussi la réapparition des anguilles.
L’Etat partie note aussi que les premiers résultats de l’hiver 2004-2005 sont encourageants avec un apport d’environ 120 millions de mètres cubes d’eau provenant des barrages d’ici la fin de janvier 2005, le niveau d’eau ayant déjà atteint 2 m et le degré de salinité n’excédant pas plus de 4 à 5 g/l.
Depuis la 28e session (Suzhou, 2004), l’Etat partie a pu achever l’installation des portes automatiques de l’écluse à Tinja, comme l’avait recommandé la mission de 2000, pour mieux contrôler le flux d’eau vers le lac. L’ANPE a mis au point un programme de gestion interannuel des portes de l’écluse afin d’équilibrer les conditions écologiques requises (garantissant des degrés de salinité faibles mais variables et un niveau d’eau suffisant pour les oiseaux aquatiques et la migration des poissons).
Le rapport de l’Etat partie ne donne aucune information sur l’avancement de l’élaboration du plan de gestion participative et la création d’une structure de gestion autonome et permanente du bien, comme l’a demandé le Comité à sa 28e session (Suzhou, 2004). Par ailleurs, l’Etat partie ne s’est pas engagé clairement sur le statut du Parc national de l’Ichkeul considéré comme un « net consommateur d’eau » ni sur l’apport annuel moyen de 80 à 120 millions de mètres cubes d’eau dans le lac, comme le lui avait demandé le Comité à ses 27e et 28e sessions.
Les efforts permanents de l’Etat partie pour réhabiliter ce bien du patrimoine mondial ajoutés à une seconde année consécutive offrant des conditions climatiques favorables ont permis à cet écosystème de commencer à se reconstituer. D’autre part, le travail de suivi et de recherche de l’ANPE est important et doit se poursuivre pour assurer l’entière réhabilitation du bien.
Un facteur important dans les efforts de réhabilitation poursuivis jusqu’à maintenant est la confluence des lâchers d’eau provenant des barrages, des conditions climatiques favorables et de la réparation de l’écluse. L’UICN rappelle que pour maintenir la régénération amorcée, il faut obtenir de l’Etat partie l’assurance qu’au cours d’une année avec de faibles précipitations, l’apport d’eau recommandé sera toujours déversé depuis les barrages. L’attention doit aussi se porter désormais sur la gestion mois par mois de l’écluse et de l’activité humaine à l’intérieur du parc, en particulier les pâturages. Ces questions devraient figurer dans le plan de gestion du parc. Les populations d’oiseaux, tout en se développant, restent nettement inférieures aux valeurs citées dans la déclaration du bien, de même qu’il y a une moindre diversité des espèces qui y sont représentées. La situation devrait pouvoir s’améliorer à mesure que les marais et le lac vont se régénérer et ce décalage est normal dans tout processus de réhabilitation.