Une mission envoyée par le Centre du patrimoine mondial en février 2002 avait remarqué que la plupart des vestiges était dans un état de conservation précaire, voire dangereux. La mission mentionna en particulier des actes de vandalisme alarmants (destructions, vols, dépôts d’ordures, etc.), une urbanisation accrue à proximité du site, des litiges constants d’ordre foncier avec des propriétaires ou opérateurs publics et privés, une dégradation naturelle due aux sels marins, à l’érosion éolienne du littoral et la végétation incontrôlée. Le Comité exprima sa vive préoccupation face à cette situation, incompatible avec le maintien de la valeur universelle exceptionnelle du bien qui avait justifié l’inscription du site sur la Liste du patrimoine mondial. En conséquence, le Comité inscrivit le bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril en 2002 et invita le Centre du patrimoine mondial à envoyer une nouvelle mission chargée d’identifier des mesures de sauvegarde et de faire cesser les menaces risquant d’affecter l’intégrité du bien et de sa zone tampon. Le Comité recommanda également au Centre d’assister l’Etat partie dans la préparation d’un plan de redressement, incluant la gestion des visiteurs et la sensibilisation du public, unissant le site à son environnement.
Lors de sa 27e session en 2003, et suite à une mission supplémentaire, le Comité du patrimoine mondial recommanda :
a) la délimitation immédiate du périmètre officiel du site du patrimoine mondial et de sa zone tampon, à partir des études archéologiques existantes, et la publication d’un décret officiel temporaire gelant toute construction à l’intérieur de ces limites ;
b) l’établissementd’un plan, incluant un calendrier, visant à réinstaller à l’extérieur des limites du bien les 100 familles vivant actuellement sur le site;
c) le renforcement des ressources humaines et financières de l’Inspection locale ;
d) des mesures urgentes de conservation préventive pour les mosaïques et autres constructions exposées, ainsi qu’un contrôle plus efficace des visiteurs ;
e) l’application de la loi de 1998, et l’élaboration et la mise en œuvre rapides du Plan de sauvegarde et de mise en valeur, en consultation avec le Centre, pour remplacer les instruments urbains actuels, ainsi que
f) l’élaboration d’un Plan de gestion conforme aux orientations fournies dans les rapports techniques rédigés par les consultants du Centre en 2002.
Le Comité examina les progrès dans la mise en œuvre des recommandations ci-dessus lors de ses 28e et 29e sessions en 2004 et 2005, et recommanda une mission supplémentaire du Centre du patrimoine mondial et de l’ICOMOS en vue de considérer la possibilité de retirer le bien de la Liste du patrimoine mondial en péril à sa 30e session en 2006.
L’Etat partie a transmis un rapport en date du 28 janvier 2006 par lequel il informe le Comité du patrimoine mondial des mesures prises par le gouvernement algérien depuis la mise en péril du bien, dans le cadre d’une démarche concertée entre le Ministère de la Culture et la Wilaya de Tipasa. Le rapport fait part également de la récente (décembre 2005) réorganisation du secteur du patrimoine culturel, avec la création d’un Office de Gestion et d’exploitation des Biens Culturels (OGBC), sous la forme d’un Etablissement Public à caractère Industriel et Commercial (EPIC), placé sous la tutelle du Ministère de la Culture, et d’un Centre national de recherches en archéologie, sous la forme d’un Etablissement Public à caractère Scientifique et Technologique, placé sous la double tutelle du Ministère de la Culture et du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. De plus, les missions de puissance publique et de conservation des biens culturels ont été transférées aux Directions de la Culture des Wilaya. La création d’un Centre national de restauration des biens culturels est également en projet.
En ce qui concerne le site de Tipasa, le rapport mentionne la mise en place du Plan de protection et de mise en valeur du site archéologique de Tipasa et de sa zone de protection , ainsi que le lancement de l’appel d’offre pour l’élaboration d’une étude pour ce plan, déjà annoncées dans le rapport présenté par l’Etat partie en 2005. Mention est également faite d’une demande d’assistance internationale (recommandée par la décision 29 COM 7A.16, paragraphe 6), laquelle n’a jamais été soumise par l’Etat partie, pour financement sur le Fonds du patrimoine mondial.
Ainsi que demandé par le Comité du patrimoine mondial à sa 29e session, l’Etat partie a invité une mission conjointe du Centre du patrimoine mondial et de l’ICOMOS pour étudier la possibilité d’un retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril à sa 30e session (Vilnius, 2006).
La mission conjointe a noté qu’une nouvelle situation politique, un cadre législatif remodelé, des outils réglementaires de gestion urbaine rénovés, la déconcentration des services de l’Etat et la réorganisation des services chargés du Patrimoine ont radicalement modifié la situation qui était celle de 1992 (aggravée durant la période 1992-1999) et les conditions qui ont abouti à la demande de mise en péril. Les engagements financiers de l’Etat algérien démontrent sa volonté d’intégrer la protection du patrimoine dans les questions de planification générale et son souci de trouver des solutions durables plutôt que d’apporter des réponses ponctuelles aux différents problèmes posés. Des investissements importants ont déjà été réalisés ou engagés pour des travaux comme la réfection de la route d’accès, le réaménagement des aires de stationnement, la création d’un centre d’accueil et d’information au Mausolée royal de Maurétanie, ou encore la création d’un réseau séparatif des eaux, de stations d’épuration et de relevage à Tipasa. Des études sont également financées et en cours de réalisation, comme l’établissement du plan cadastral, du Plan de Protection et de Mise en Valeur du Site Archéologique et de sa Zone de Protection (PPMVSAZP) ou la révision du PDAU de Tipasa.
Dans le respect des calendriers et échéances propres aux dispositions légales du pays (loi de finance, autorisations de construction, dégagement de crédits…), les autorités représentant l’Etat s’engagent à mettre en œuvre des solutions conformes aux recommandations faites par le Comité (décision 28 COM 15A.16) :
a) La délimitation du périmètre officiel peut être établie officiellement sur la base du nouveau cadastre.
b) Le Wali de Tipasa s’est engagé à ce qu’un calendrier et un plan de relogement des familles installées sur le site soit arrêtés avant la fin de l’année 2006.
c) Le renforcement des ressources humaines et financières, outre les recrutements récents qui ont été effectués, sera précisé par l’OGBC nouvellement créé.
d) De même, cet Office, chargé à l’heure actuelle de la gestion du site, devra prendre des mesures précises pour la protection des mosaïques demeurées in situ.
e) Les récents décrets établissent juridiquement le Plan de Protection (PPMVSAZP) en cours de réalisation, son opposabilité au tiers et sa substitution au POS dans la «zone tampon» qui sera ainsi définie. Par ailleurs l’avis conforme du Conservateur, qui dépend maintenant du Directeur de la Culture de la Wilaya, est désormais nécessaire pour toute opération sur le site.
f) Un plan de gestion du site est en préparation par l’OGBC.
Le 9 avril 2006, à la suite de la mission de suivi réactif, une lettre fut adressée par la Ministre de la Culture d’Algérie au Directeur général de l’UNESCO, mentionnant la politique de dé-densification et de déplacement du centre urbain de Tipasa dans le cadre d’un programme intégré de protection du littoral. Ce courrier reprend également les éléments présentés dans le rapport de l’Etat partie en ce qui concerne les réformes engagées dans le domaine de la gestion et de la préservation du patrimoine culturel.