Ces dernières années, le Centre du patrimoine mondial a reçu plusieurs lettres et rapports de l'ONG "Société pour la protection du site de la capitale Heijyokyo”, exprimant de vives inquiétudes quant à l'éventuel impact négatif du projet d'autoroute Yamato-Kita sur la valeur de patrimoine du bien.
Par lettres datées du 29 janvier 2007, l'État partie japonais a transmis au Centre du patrimoine mondial un rapport d'avancement sur l'Évaluation d'impact environnemental (EIE) pour le projet d'autoroute Yamato-Kita, ainsi que des informations concernant les projets des célébrations prévues à l'occasion du 1300e anniversaire de Nara, en 2010. En ce qui concerne les points soulevés par le Comité dans sa décision 30 COM 7B.67, l'État partie a apporté les informations suivantes.
L'EIE, toujours en cours, se déroule sous la supervision de trois comités indépendants, établis par le gouvernement japonais et composés de professeurs d'université et autres experts dans divers domaines pertinents, ainsi que du Conseil de l'urbanisme des préfectures de Nara et Kyoto. Ces structures, comme cela est dit dans le rapport de l'État partie, sont totalement indépendantes du gouvernement. Les réunions des trois comités d'experts ont été ouvertes au public et leurs résultats divulgués par le biais de divers médias, dont Internet. Sept sondages auprès de la population locale ont également été effectués (à partir de questionnaires remplis par 4 693 personnes) ainsi que des “assemblées de présentation”. De plus, tout au long du processus d'identification, élaboration, conception et exécution de ce projet, aucun consultant participant à une étape ne prend part à une étape ultérieure. Ces dispositions, selon l'État partie, garantissent un niveau d'indépendance, d'objectivité et de transparence du processus “identique à celui obtenu si l'EIE avait été confiée à un consultant indépendant”.
L'EIE, qui est toujours en cours, a impliqué l'examen initial de dix options alternatives, évaluées en termes de coûts et avantages au vu de divers critères incluant la prise en compte de l'impact sur les vestiges archéologiques et l'intégrité du paysage, et l'encombrement du trafic. Après une minutieuse évaluation, les trois comités d'experts ont identifié à partir de ces options, un itinéraire préféré pour l'autoroute (à savoir l'itinéraire Saikujo-Saho). Cet itinéraire souterrain passe à l'extérieur des zones centrale et tampon du bien du patrimoine mondial, évitant ainsi tout impact éventuel sur ses valeurs archéologiques et son intégrité visuelle. En ce qui concerne la question de la fluctuation éventuelle du niveau des eaux souterraines en raison de la construction de l'autoroute, une étude réalisée par un groupe d'experts a déterminé que cela serait limité à quelques centimètres, c'est-à-dire bien moins que la fluctuation saisonnière moyenne. Enfin, des sondages et des fouilles préventives seront effectués dans les zones concernées par les bretelles d'accès de l'autoroute, lorsque des couches d'un potentiel intérêt archéologique seraient affectées.
Pour l'instant, un projet de Déclaration d'impact environnemental (DIE) a été préparé pour l'itinéraire retenu et des commentaires ont été reçus de la part de la population locale et des experts. En fonction de ces commentaires, les comités d'experts reverront et finaliseront la DIE qui sera ensuite soumise au Conseil de l'urbanisme pour approbation. Aucune décision définitive ne sera prise jusqu'alors.
En ce qui concerne la question de l'encombrement du trafic, la préfecture de Nara a constitué un autre groupe d'experts chargé d'élaborer un plan de gestion de la circulation. L'autoroute devrait décongestionner la circulation dans les zones historiques de la ville mais un accès plus facile au centre ville risque de se traduire par de plus forts encombrements aux heures de pointe. Pour cette raison, l'État partie envisage de créer un ensemble de “parcs de stationnement incitatifs” pour encourager les visiteurs du bien du patrimoine mondial à utiliser les transports publics.
L'État partie a également transmis des informations sur les vastes projets en préparation pour les festivités du 1300e anniversaire de Nara qui auront lieu en 2010. Elles vont se tenir, entre autres lieux, sur le site du palais Heijo à Nara, s'étendant sur plus de 130 hectares au sein de la zone centrale du bien du patrimoine mondial. L'actuel projet y prévoit la construction de plusieurs structures temporaires dont neuf pavillons en bois ; deux passerelles sur la ligne de chemin de fer existante et la rue Miyato ; des jardins ; d'autres installations touristiques telles qu'espaces de restauration, premiers secours et sanitaires ; et un réseau de voies pour relier toutes ces installations.
Ces pavillons sont supposés attirer les visiteurs et leur proposer une introduction au patrimoine japonais ainsi qu'au patrimoine mondial en général et à la nécessité de le protéger. La préfecture de Nara, en charge des événements, a constitué deux comités d'experts pour réfléchir sur la conception et l'aménagement de structures temporaires au sein du paysage, structures qui seront enlevées au terme des célébrations.
Ces deux comités ont soumis des rapports techniques identifiant, entre autres aspects, les principaux problèmes de conservation liés à l'érection des installations envisagées, et définissant une série de principes de conception destinés à minimiser ou totalement éviter tout risque de dommage aux vestiges archéologiques non mis au jour et qui sont enterrés sous la surface de la zone du palais Heijo, entre 0,5 et 1,5 mètre de profondeur. Par une série de sondages, il a été montré que la distribution des vestiges archéologiques ainsi que la nature et la structure du sol variaient d'un endroit à l'autre à travers la zone de l'ancien palais.
En reprenant ces principes, notamment de ne faire aucun trou dans le sol, de répartir les charges afin d'éviter la compression du sol ou encore de laisser les canalisations à l'extérieur etc., la préfecture de Nara entend élaborer un projet détaillé pour les structures temporaires. Actuellement, l'Agence des affaires culturelles japonaise étudie les projets et rapports techniques susmentionnés.
Le Centre du patrimoine mondial a reçu une nouvelle lettre, datée du 10 mars 2007, de la “ Société pour la protection du site de la capitale Heijyokyo”, contestant la validité des explications données par l'État partie. En particulier, l'ONG considère que le Conseil de l'urbanisme de Nara et les comités d'experts désignés ne sont pas indépendants du gouvernement et que l'étude d'expertise qui a déterminé la fluctuation du niveau de la nappe phréatique n'est pas fiable. Enfin, l'ONG remet en cause la nécessité même de l'autoroute, à la lumière des projections démographiques qui prévoient une réduction considérable de la population (et par conséquent de la circulation routière) au Japon dans les 40 années à venir.