Le rapport de l'État partie, préparé par l'Inspection publique lettone pour la protection du patrimoine, et daté du 20 décembre 2007, répond à la demande du Comité du patrimoine mondial, à sa 31e session, de rendre compte de l'avancement du « projet de conception » de la rive gauche de la Daugava et de fournir les détails de tout projet qui pourrait avoir un impact sur l'intégrité visuelle du bien, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 32e session en 2008, en vue d’une éventuelle inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril. Le rapport a été complété par de nouveaux éléments d'information en date du 14 avril 2008 provenant de l’Inspection publique et de la Municipalité.
En ce qui concerne la demande du Comité du patrimoine mondial de mettre en application les résultats de l'analyse d'impact visuel des immeubles de grande hauteur en projet dans la zone tampon pour éviter tout impact négatif sur la valeur universelle exceptionnelle du bien et de sa zone tampon, ainsi que sur les perspectives remarquables depuis et vers le bien, l’Inspection publique informe que des mesures de planification pour le centre historique de Riga et sa zone tampon ont été approuvées par le Conseil municipal le 7 février 2006.
Le rapport note également qu'un plan élaboré par l’Inspection publique pour la protection du patrimoine diffère la construction d'immeubles de grande hauteur sur la rive droite de la Daugava jusqu'à ce que le projet de conception du paysage urbain de la rive gauche soit finalisé et que ces immeubles ne soient autorisés qu'aux emplacements précisés dans les documents de planification antérieurs, y compris le plan détaillé de Ķīpsala, à l’unique exception de la tour Hansabanka. L’Inspection publique note que les autres projets n’ayant pas respecté les normes requises en matière de protection des monuments culturels ont été stoppés dans leur phase initiale et qu'elle a demandé instamment au Conseil municipal de se prévaloir de ces prescriptions et de poursuivre les travaux d'amélioration du plan d’aménagement de la rive gauche de la Daugava.
En ce qui concerne la requête du Comité du patrimoine mondial qui prie l'État partie de « continuer à renforcer la législation actuelle sur la conservation et la protection du centre historique de Riga en limitant la hauteur des nouveaux immeubles dans les zones centrale et tampon du bien du patrimoine mondial, et au-delà, si nécessaire », le rapport de l’Inspection publique note que « la loi sur la conservation et la protection du centre historique de Riga » et la réglementation ultérieure du Cabinet des ministres corroborent l’insistance de l’Inspection publique à ériger des immeubles de plus grande hauteur en dehors du centre historique et veiller à ce qu’ils n’aient pas d’impact sur les perspectives du centre historique.
En ce qui concerne la requête du Comité du patrimoine mondial d’examiner tous les projets actuels et futurs dans la zone centrale et la zone tampon et, en particulier, « de mettre fin aux chantiers de construction d'immeubles élevés en cours et autres plans inappropriés sur la rive gauche de la Daugava, jusqu'à ce qu'une analyse indépendante et approfondie des impacts potentiels sur les valeurs, l'authenticité et l'intégrité du centre historique ait été entreprise et que le projet de conception ait été entièrement révisé », l’Inspection publique note dans son rapport qu'elle a fixé les conditions du projet de conception du paysage urbain de la rive gauche de la Daugava qui respecte la valeur du bien du patrimoine mondial, et qu’elle a fait pression sur l'avancement des projets à venir. Le rapport de l’Inspection publique relève qu'en 2007, les initiatives de l'architecte de la Ville de Riga visant à entamer des négociations avec les propriétaires et les promoteurs ont conclu au « développement harmonisé de la baie d'Āgenskalns à l'extrême sud de Ķīpsala ». Par la suite, après l'évaluation des impacts sur les vues du centre historique, tous les chantiers de construction d’immeubles de grande hauteur non réglementaires ont été interrompus, à l’exception des projets envisagés à l'extrême sud de Ķīpsala, dont le plan de développement avait été établi lors de l’inscription de Riga sur la Liste du patrimoine mondial.
En ce qui concerne la requête du Comité du patrimoine mondial qui demande à l'État partie d'entreprendre une « étude d'impact visuel global du bien et de ses abords afin de prévoir un cadre pour les nouveaux aménagements proposés en veillant à ce qu'ils respectent pleinement la valeur universelle exceptionnelle du bien », le rapport de l’Inspection publique se réfère aux précédentes évaluations d’impact visuel réalisées en 2005 et 2006 et suggère que le suivi du site a été suffisamment renforcé pour la préservation et la protection de sa valeur culturelle et historique. Le rapport note également que des évaluations d'impact similaires se poursuivront pour le projet de conception du paysage urbain de la rive gauche de la Daugava.
En ce qui concerne la requête du Comité du patrimoine mondial qui demande à l'État partie de soumettre un rapport sur « l'avancement du projet de conception concernant la rive gauche de la Daugava et de fournir les détails sur tout projet qui pourrait avoir un impact sur l'intégrité visuelle du bien, pour examen par le Comité à sa 32e session en 2008 en vue d’une éventuelle inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril », l’Inspection publique se déclare convaincue que les mesures prises par l'État partie donnent un bon exemple d'utilisation de différents moyens pour protéger un patrimoine menacé contre les pressions du développement économique. Le rapport affirme sans équivoque que « la menace potentielle qui pèse sur la valeur universelle unique du bien du patrimoine mondial a été éliminée ».
Il a aussi été demandé à l'État partie d'inviter une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial / ICOMOS à évaluer l'état de conservation du bien. Cette mission a eu lieu du 25 au 28 mars 2008 et le rapport complet est disponible sur le site http://whc.unesco.org/archive/2008
Le rapport de la mission tire des conclusions dans un certain nombre de domaines :
a) L’état général de l'administration, de la gestion et de la conservation s'améliore
Le fondement législatif de la protection du patrimoine est relativement stable : une loi spéciale pour la protection du centre historique de Riga (adoptée en 2003) et un Conseil sur la protection et l’aménagement du Riga historique, avec des représentants des autorités locales et nationales, la Commission nationale pour l'UNESCO et l'Union des Architectes, se sont engagés (également en 2003) à renforcer le soutien de la conservation du patrimoine de Riga en aidant l’Inspection publique pour la protection du patrimoine, surchargée de responsabilités, à approuver tous les projets de modification à l'intérieur du site du patrimoine mondial. Le rapport de la mission recommande de mettre pleinement en application la nouvelle législation et de conférer un surcroît d’autorité au Conseil nouvellement créé pour examiner les projets qui portent atteinte à la valeur universelle exceptionnelle du bien du patrimoine mondial.
L’exécution des travaux de restauration et d’entretien des structures du centre historique de Riga « va dans le bon sens », mais la qualité de beaucoup de projets de remplacement de l’architecture contemporaine - en dépit de nombre de conférences, ateliers et séminaires organisés par l’Inspection publique sur ce problème - est moins satisfaisante, et certains projets, sur le plan de l'échelle et du concept, ne « s'intègrent pas au tissu historique traditionnel et à la disposition des rues ».
En réponse à une préoccupation générale relative à la préservation et à la mise en valeur du patrimoine en bois de Riga, un programme spécial pour l'architecture en bois a été approuvé par les autorités en mars 2008. Le rapport de la mission note que ce programme doit être entièrement mis en œuvre, financé et suivi de manière adéquate.
Le rapport de la mission note la nécessité d’améliorer deux domaines de communication : d’une part, il faut renforcer les échanges utiles existants, la coopération et les consultations entre les représentants de la municipalité, l’Inspection publique et les parties prenantes, y compris les universités, les ONG, les associations / organisations professionnelles, la population locale et les représentants de la société civile ; et d’autre part, il faut sensibiliser en permanence le personnel municipal, des citoyens et des acteurs locaux sur la nature des valeurs de patrimoine mondial de Riga.
b) Le projet de conception de la rive gauche de la Daugava (y compris le plan révisé présenté à la mission Centre du patrimoine / ICOMOS) reste une menace importante ; s'il est réalisé, le projet de conception aura un impact négatif fort sur l'intégrité visuelle du bien du patrimoine mondial
Toutefois, le rapport de la mission, tout en reconnaissant que l’état général de l'administration, de la gestion et de la conservation du bien s'améliore, recommande que le débat sur l'inscription éventuelle du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril soit remis à 2009 pour laisser le temps aux autorités de mettre en œuvre les recommandations de la mission et de réviser complètement le projet de conception de la rive gauche de la Daugava, en particulier dans la partie sud de l'île de Ķīpsala.
En résumé, l’Inspection publique mérite d'être vivement félicitée pour l’efficacité des nombreuses stratégies à long terme, mesures de planification et autres initiatives visant à mieux faire respecter la valeur universelle exceptionnelle de ce bien inscrit au patrimoine mondial. Même si le rapport de l'État partie rend compte d’initiatives mises en place avant la 31e session du Comité du patrimoine mondial plutôt que des nouvelles actions et des engagements qui ont été pris, comme cela avait été demandé, tous les projets inappropriés entrepris sur la rive gauche de la Daugava ont été interrompus selon les informations reçues, sauf ceux qui étaient déjà prévus à Ķīpsala.
Il convient aussi de noter que l'État partie a soumis à l’examen de la mission un nouveau plan d’aménagement de la rive gauche de la Daugava. Le rapport de la mission relève que ce nouveau projet est fondamentalement semblable aux précédents et que les impacts négatifs potentiels sur l'intégrité visuelle du bien du patrimoine mondial constituent des menaces, malgré les arguments qu’avance l'État partie, à savoir que les projets de développement de Ķīpsala étaient en place au moment de l'inscription (1997). L'État partie affirme, en outre, que le Comité du patrimoine mondial n'a nullement évoqué cette question dans les débats ultérieurs et que l'ICOMOS ne l'a pas mise en cause.
Vu tous les efforts remarquables auxquels a consenti l'État partie pour régler les problèmes soulevés par le Comité du patrimoine mondial en ce qui concerne l'aménagement de la rive gauche de la Daugava, il est important d’exiger de l'État partie qu’il renforce son action pour réduire l'impact des projets de développement à Ķīpsala et qu’il en rende compte d'ici un an.
À l'heure actuelle, étant donné les nombreux aspects positifs du rapport de l'État partie et les conclusions de la mission conjointe Centre du patrimoine mondial / ICOMOS, il ne semble pas opportun d'envisager l'inscription du bien du patrimoine mondial sur la Liste du patrimoine mondial en péril.