Le 31 janvier 2008, l'Etat partie a remis son rapport, dans lequel il commente les actions entreprises et les projets d'aménagement envisagés depuis la tenue de la 31e session du Comité du patrimoine mondial (Christchurch, 2007). Il a aussi remis un projet de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle. Celui-ci sera examiné par le Comité du patrimoine mondial au point 8 de l'ordre du jour (Document WHC-08/32.COM/8B).
a) Etude dynamique d'impact visuel
L'Etat partie signale que cette étude est toujours en cours. Elle est l'une des composantes d'une étude plus vaste menée par English Heritage nommée " Seeing history in the view" (Une vision de l'histoire par les perspectives visuelles) qui établira une méthodologie d'évaluation de l'impact des projets d'aménagement sur les perspectives visuelles vers et depuis les biens du patrimoine mondial. Aucun détail complémentaire n'a été donné au Centre du patrimoine mondial quant à cette étude et sa date d'achèvement. Il est préoccupant de voir que cette étude est générale à tous les biens et non spécifique à la Tour de Londres. Le Comité du patrimoine mondial avait demandé qu'une étude spécifique de la ligne d'horizon de la Tour, de son cadre et de ses vues, soit menée afin que puisse être rapidement évalué l'impact potentiel des projets d'aménagement.
b) Zone tampon
Le Comité du patrimoine mondial a demandé que des mesures de protection de la zone aux alentours immédiats de la Tour soient prises au moyen de la création d'une zone tampon appropriée et acceptée par tous. Le rapport de l'Etat partie ne fait pas état de la zone tampon et, à l'heure de la préparation du présent rapport, aucune information complémentaire sur le sujet n'est parvenue.
c) Plan de gestion
En juillet 2007, l'Etat partie a soumis la version finale du plan de gestion à l'examen de l'ICOMOS.
La structure dénommée "Royal Historic Palaces" (Palais royaux historiques) était en charge de l'élaboration du plan. Sa mise en œuvre et son suivi sont sous la responsabilité de cette même structure en collaboration avec le Comité consultatif de la Tour de Londres, bien du patrimoine mondial.
L'ambition du plan est "d'envisager la sauvegarde de la Tour, par la protection et l'amélioration des aspects visuels et environnementaux de son cadre, pris en considération dans sa perspective la plus vaste et en améliorant la compréhension et l'usage de la Tour en tant que ressource culturelle". Le plan de gestion ne se contente pas de fournir un cadre accepté par toutes les parties concernées pour les prises de décision à long terme sur les questions de conservation et d'amélioration de la Tour, il offre en outre une structure qui prend en compte la Tour dans son cadre.
De l'avis de l'ICOMOS, les objectifs de gestion évaluent correctement les défis à relever mais ne traitent pas toujours de façon explicite l'essentiel des problèmes.
Le partage des responsabilités dans le domaine de la planification de l'espace signifie que le cadre de la Tour est susceptible d'être vulnérable au manque de cohérence dans la définition et l'application des objectifs, incohérence résultant de ce partage des responsabilités.
Des problèmes tels que le statut des alentours immédiats du bien (établissement d'une possible zone tampon), la diminution des mesures légales de protection dans le cadre de la gestion des perspectives visuelles de Londres (London View Management Framework), l'abandon de l'outil d'évaluation visuelle élaboré par Historic Royal Palaces comme une méthodologie qualitative d'évaluation visuelle, ne sont pas évoqués dans le rapport.
Le point faible de cette méthode de gestion est la définition des zones entourant le bien du patrimoine mondial, en lien avec l'impact possible de l'aménagement urbain local sur la valeur universelle exceptionnelle et l'intégrité du bien. Aucune zone tampon n'est définie. Le plan de gestion fait référence à des politiques externes en matière de sauvegarde du bien mais les mécanismes de négociation entre les différentes parties concernées et la résolution des éventuels conflits d'intérêts entre celles-ci n'est pas évoquée. Il n'est pas précisément décrit dans quelle mesure le plan de gestion du patrimoine mondial est soumis à un accord officiel et à l'approbation de qui il sera soumis.
d) Protection légale de la vue emblématique depuis la rive sud de la Tamise
Dans son rapport, l'Etat partie signale que le cadre de gestion des perspectives visuelles de Londres (London View Management Framework) a été publié en juillet 2007. Il confirme la protection légale d'une vue sur la Tour de Londres depuis un emplacement sur la rive sud de la Tamise, mais réduit l'angle de protection de 20 à 15 degrés par rapport au projet présenté à la mission. Ce cadre de gestion permet à English Heritage et à Historic Royal Palaces d'apporter des commentaires officiels sur les projets susceptibles d'avoir un impact sur les perspectives visuelles protégées.
e) Mise à jour de la législation
L'Etat partie a remis des informations sur le projet de "Loi de protection du patrimoine" (Heritage Protection Bill) autrefois connu sous le nom de "Livre blanc de protection du patrimoine" (Heritage Protection White Paper). Celui-ci sera présenté au parlement en 2007-2008. En préalable à cette loi, trois nouvelles mesures sont également envisagées en ce qui concerne les procédures de projets d'aménagement, le renforcement de la protection des biens du patrimoine mondial et le contrôle du statut et de l'usage des zones tampons.
f) Projets d'aménagement
L'Etat partie a remis les informations suivantes sur les projets d'aménagement ayant des conséquences sur la Tour de Londres, uniquement les projets évoqués lors de la visite de la mission, mais n'a pas remis d'informations sur d'autres projets, tout aussi susceptibles d'avoir des conséquences sur le bien (voir ci-dessous):
- Shard of Glass (éclat de verre): Cette tour de 66 étages au sud de la Tour de Londres a reçu un permis de construire en 2003, la construction devrait débuter en 2008 après la démolition du site actuel qui a débuté.
- 20 Fenchurch Street: Ce bâtiment de 39 étages à l'ouest de la Tour, dont le projet a été désapprouvé par Historic Royal Palaces et par English Heritage, a finalement été accepté suite à une enquête publique en juillet 2007.
- Potter Fields: Ce projet d'aménagement de 8 tours en forme d'ellipse hautes de 19 étages, situé entre le pont de la Tour (Tower Bridge) et le siège du Greater London Council (d'où les perspectives visuelles commencent sur la rive sud) a été désapprouvé par English Heritage mais autorisé en février 2006 par le Secrétaire d'Etat qui a reconnu l'impact sur le bien du patrimoine mondial mais a considéré que le projet s'accorderait bien avec un "Londres en pleine expansion".
Le Centre du patrimoine mondial et l'ICOMOS considèrent que des progrès ont été accomplis dans l'élaboration du plan de gestion mais expriment leur inquiétude quant au manque de clarification apportée à la résolution des conflits entre la conservation et l'aménagement du cadre de la Tour, en l'absence de protection complémentaire qu'impliquerait la présence d'une zone tampon officielle ou la rédaction d'une étude spécifique sur la ligne d'horizon du bien qui pourraient tous deux être des outils d'évaluation rapide de l'impact des projets d'aménagement dans le cadre visuel de la Tour. A ce jour, English Heritage et le lobby du patrimoine ont perdu tous les combats menés contre les principaux projets présentés par le Conseil du Grand Londres (Greater London Authority) et rien n'indique que cela changera à l'avenir.
A part l'étroite vue protégée, de 15 degrés de large, depuis la rive sud de la Tamise, aucune mesure n'a été prise pour modifier le statut actuel du cadre de la Tour. Cet état de fait facilitera l'aménagement de bâtiments de grande hauteur de chaque coté de cet angle de vue. Par exemple, au nord, une demande de permis de construire pour un ensemble de bâtiments dénommé Trinity Square a été présentée l'année dernière, le projet est en cours de révision afin de présenter une nouvelle demande. Ce projet comprend des tours de verre qui sont à l'extérieur de l'angle de vision mais immédiatement visibles à sa gauche.
Un autre projet semblable est situé à Goodman's Fields, les tours Hamlet, où des tours résidentielles sont prévues. Le projet a été modifié afin de ne pas apparaître dans l'angle de vision sauvegardé, mais de partout ailleurs ces tours apparaîtront dans le champ de vision entre les tourelles de la Tour Blanche. Des objections ont été formulées par English Heritage mais le Conseil du Grand Londres soutient le projet qualifié de sensationnel.
La tour de Bishopgate, haute de 307 mètres, est en cours de construction au nord-ouest de la Tour de Londres et d'autres projets de grande hauteur sont prévus aux alentours, tels que le projet Foster à Hackney et trois autres projets dont le Bishopgate Goods Yard.
D'autres projets sont attendus, après le 8 avril 2008, date à laquelle un nouvel accord sur les procédures de recours sera mis en place, qui accordera, après enquête publique, la décision finale au Maire et non plus au Ministre sur les principaux projets d'aménagement.
L'absence de protection du cadre de la Tour, à l'exception d'un étroit angle de vue, laissera le champ libre à de futurs projets d'aménagement qui cloisonneront cet angle de vue. L'intégrité et le cadre de la Tour de Londres sont gravement compromis en l'absence d'un soutien législatif en bonne et due forme.