Le rapport soumis par l'État partie le 29 janvier 2008 a été revu par la mission conjointe Centre du patrimoine mondial / IUCN qui a visité le bien du 10 au 14 mars 2008. Le rapport de la mission dans son intégralité peut être consulté à l'adresse: http://whc.unesco.org/archive/2008. Les problèmes de conservation que rencontre le bien sont:
a) Apport en eau insuffisant
L'État partie a informé la mission que l'apport annuel en eau dont le bien a besoin est de 156 et non 100 millions de mètres cubes, comme suggéré dans les précédents rapports. Le bien connaît une pénurie d'eau depuis 2005, année où l'abondance des pluies de mousson a permis de bien l'alimenter, suivi de pluies de mousson limitées en 2006 et 2007 sur les aires de captage qui servent depuis toujours de réservoir au bien. L'eau a donc manqué ou a été très insuffisante pour irriguer les zones humides du bien en 2006 et 2007, entraînant une diminution du nombre d'oiseaux nicheurs et d'oiseaux d'eau hivernants; de plus, ces conditions de sécheresse ont permis aux arbustes épineux du genre Prosopis d'envahir davantage de bien et de couvrir 11 000 hectares (soit 40% de la superficie totale du bien) de zones humides et d'herbages du bien en 2007, rendant de vastes zones inaccessibles aux oiseaux d'eau et aux herbivores, et supplantant la végétation indigène.
En réponse à la sécheresse, le gouvernement de l'état du Rajasthan aurait affecté des fonds pour une série de mesures correctives comprenant, outre une meilleure protection contre la sécheresse, la réhabilitation des structures hydrauliques existantes et la conception de nouvelles structures à même de créer de nouvelles sources d'approvisionnement. Trois mesures correctives ont notamment été proposées:
i) Le canal de Chiksana: la voie d'écoulement de Chiksana (pour les eaux de crue), évacue l'eau de zones sensibles et traverse le bien sans aucune dérivation; il y a donc là matière à alimenter en eau les zones humides du bien. Les structures hydrauliques hors service de la voie d'écoulement de Chiksana ont été réparées et un canal latéral de 3 km (le canal de Chiksana) débouchant dans le bien a été construit pour alimenter directement les zones humides du bien. Le canal et ses vannes – dont la construction devait être achevée début 2008 – sont désormais pleinement opérationnels et attendent la mousson de juin-juillet pour apporter la preuve de leur efficacité. Lors d'une saison de mousson normale, cette structure permettrait un apport de quelque 29 millions de m3 d'eau de surface convenable, riche en poissons et nutriments.
ii) Pose d'une dérivation de la voie d'écoulement de Govardhan vers le bien : la grande voie d'écoulement de Govardhan, qui passe à 15 km du bien, a été construite pour détourner les eaux de crue de la Yamuna des zones habitées. Ses crues sont provoquées par le ruissellement des eaux de pluie de son immense zone de captage et sont donc moins sujettes aux schémas de précipitations irréguliers qui affectent l'alimentation du canal de Chiksana. Une dérivation sur la voie d'écoulement amènerait jusqu'à 100 millions de m3 d'eau lors d'une saison de mousson avec des précipitations moyennes. L'équipe de la mission a été informée que des budgets avaient été alloués et des entrepreneurs choisis pour commencer les travaux de génie sur la dérivation peu après la visite de la mission. Ces eaux seraient également riches en nutriments. Selon les déclarations de responsables gouvernementaux, la dérivation doit être opérationnelle pour la mousson 2008 (fin juin).
iii) Projet d'approvisionnement en eau potable Dholpur-Bharatpur: devant être achevé en 2009, ce projet dérivera les eaux de la rivière Chambal vers Bharatpur pour une utilisation domestique et une partie en sera légalement prélevée pour le bien (88 millions de m3 pendant les quatre premières années, puis 18 millions de m3 par an). Cette eau ne contiendra pas de nutriments essentiels ni d'organismes aquatique ; elle pourra cependant être mélangée aux autres sources d'approvisionnement afin de garantir un apport convenable en eau.
b) Espèces envahissantes
La menace que représente l'espèce envahissante Prosopis est gérée avec l'aide des villageois, financés pour abattre les arbustes et en utiliser le bois (bois de chauffage et piquets). Le travail, d'une grande importance, est soigneusement supervisé puisqu'il faut veiller à enlever tout le système racinaire afin de prévenir la régénération sous forme de taillis. Une bonne submersion du bien lors de la saison de mousson de 2008 garantirait la destruction de tout plant et de toute graine dans les zones inondées, ces derniers ne tolérant pas très bien l'eau. Cependant, un programme de contrôle permanent sera nécessaire pour empêcher Prosopis d'envahir de nouveau le bien. Le programme présente également l'avantage d'améliorer les relations – souvent tendues par le passé – entre l'administration du bien et les villages. Quelques vaches retournées à l'état sauvage pâturent encore au sein du bien mais ce problème est actuellement parfaitement géré.
Outre Prosopis, Eichornia (une jacinthe d'eau) est très présente sur le bien, amenée chaque année par les inondations. La jacinthe d'eau entrave l'écoulement de l'eau, concurrence les plantes indigènes, réduit la teneur en oxygène de l'eau et entraîne le décès des poissons. Il est parfois dit que les buffles des Indes, autrefois autorisés au sein du parc, étaient de bons agents de contrôle naturels. La jacinthe d'eau ne fait pour l'instant l'objet d'aucun programme de lutte.
Le manque d'eau et les espèces envahissantes ont affecté la diversité originelle de l'avifaune. La célèbre grue de Sibérie, à laquelle le bien est étroitement associé, n'a pas été signalée depuis 2002, après plusieurs années de fréquentation en baisse. Malgré des demandes réitérées pour obtenir des données de surveillance de l'avifaune, ni l'équipe de la mission ni le Centre du patrimoine mondial n'ont reçu d'informations sur la biodiversité et l'abondance actuelles de l'avifaune. Étant donné les piètres conditions des dernières années et le manque d'informations sur le nombre réel d'oiseaux et la diversité aviaire, la valeur universelle exceptionnelle du bien risque fort d'être compromise, plaçant de fait le bien en lice pour une éventuelle inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril.
Afin que les oiseaux migrateurs ne dépendent pas exclusivement du bien pour trouver un habitat de nidification et d'hivernage, un effort a été fait par le biais du projet Valoriser notre patrimoine (mis en œuvre par l'intermédiaire du Centre du patrimoine mondial, avec le soutien de l'université du Queensland, l'IUCN WCPA et le Wildlife Institute of India) pour identifier des zones humides satellites dans un rayon de 30 à 40 km du bien. Ces marécages ont été inventoriés et des projets pour améliorer leur efficacité en tant qu'habitat aviaire sont en cours d'élaboration. Proposer plusieurs sites de nidification et d'hivernage aux oiseaux augmentera leur résistance générale aux fluctuations climatiques ou hydrologiques temporaires.
La mission considère que les deux menaces les plus urgentes qui pèsent sur l'intégrité du bien sont le déficit en apport d'eau et le problème des espèces végétales envahissantes. Ses principales recommandations portent par conséquent sur ces points. La première recommandation souligne l'importance de l'apport en eau, la mission félicitant l'État partie et les autorités du Rajasthan pour leur planification et financement de projets d'approvisionnement en eau et leur demandant d'informer le Comité du patrimoine mondial de tous progrès accomplis en la matière – en temps utile pour qu'ils puissent être pris en considération par le Comité du patrimoine mondial à sa 32e session. Par sa seconde recommandation, la mission reconnaît l'important effort réalisé pour contrôler Prosopis et prie les autorités compétentes de poursuivre cette lutte et de contrôler également les invasions d'espèces végétales aquatiques telles que Eichornia ou Paspalum susceptibles d'apparaître avec le retour de l'eau.
La mission accueille favorablement le rapprochement des autorités du parc et des communautés locales, comme le montrent la création de comités d'éco-développement et leur participation dans les programmes de lutte contre Prosopis. La mission attire également l'attention sur l'affluence constante de touristes et pense que des investissements sont nécessaires en termes d'infrastructures et de gestion du tourisme. Elle suggère qu'un lien marketing soit établi entre ce bien du patrimoine mondial naturel et les biens culturels voisins tels que le Taj Mahal.
L'équipe de la mission met l'accent sur le manque constant critique de données quantitatives sur la diversité et l'abondance de l'avifaune au sein de ce bien inscrit sur la Liste du patrimoine mondial précisément pour cette raison. Elle recommande que cette lacune soit rapidement comblée.