Comme suite à la décision 35 COM 7B.59, l’Etat partie a fait parvenir au Centre du patrimoine mondial un rapport sur l’état de conservation du bien daté de janvier 2012. Y est transcrit le décret-loi portant annulation des déclassements inappropriés effectués de 1992 à 2008 (décret-loi n° 2011-11 du 10 mars 2011 relatif au Parc archéologique national de Carthage-Sidi Bou Saïd). Cette politique de maîtrise foncière se poursuit par l’acquisition de terrains grâce à un financement pris sur le budget de l’Institut national du patrimoine (INP) au titre de l’année 2012.
Un important programme de restauration et de mise en valeur a été engagé par l’Etat partie sur plusieurs sites dont trois secteurs importants : l’amphithéâtre, les thermes d’Antonin et les citernes de la Maalga. Cette politique s’accompagne d’un renforcement en personnels des deux équipes qui travaillent conjointement à la conservation et à la mise en valeur du bien. Ainsi le nombre des conservateurs du patrimoine est passé de deux à dix, celui des architectes en chef de deux à quatre, tandis que le bien et le musée bénéficient chacun d’un conservateur responsable en propre.
La mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial – ICOMOS qui s’est rendue à Carthage du 24 au 28 janvier 2012, souligne, dans son rapport, deux types de dommages affectant le bien : l’agression à mobile financier et le développement des infrastructures d’une part ; la négligence des autorités responsables, d’autre part. La mission émet quatre recommandations, outre la révision du périmètre du bien. Elle souligne comme priorité absolue la révision et l’application du plan de gestion (PPMV : Plan de protection et de mise en valeur) ; l’élaboration d’un plan de présentation et d’un plan de gestion touristique ; la mise en place d’une stratégie archéologique et de conservation ; la coordination des outils et des acteurs de la gestion et de la préservation du bien. Le rapport de mission est disponible en ligne à l’adresse Internet suivante: http://whc.unesco.org/fr/sessions/36COM
a) Plan de protection et de mise en valeur (PPMV)
Elaboré entre 1996 et 2003, le Plan de protection et de mise en valeur (PPMV) n’a jamais été approuvé, ni soumis au Centre du patrimoine mondial, ni appliqué. Suite aux 14 déclassements de terrains appartenant au Parc archéologique entre 1992 et 2008, dont deux de grande ampleur en 2006 et 2007, le décret-loi du 10 mars 2011 a permis le retour des parcelles dans le domaine protégé et la fixation des limites du bien au périmètre du site classé en 1985 sur le plan national. Afin d’aider à résoudre les litiges nés de ces situations antérieures, la mission conjointe de suivi réactif recommande de procéder à un regroupement des composantes du PPMV de 1998 et 2003 et de synchroniser leurs procédures avec celle du Plan d’aménagement urbain (PAU) de Carthage. Elle en recommande surtout la mise en place rapide et réelle.
b) Plan de présentation et plan de gestion touristique
Afin de donner de la cohérence à un ensemble éparpillé et peu lisible pour un non-spécialiste, la mission recommande l’élaboration d’un plan de présentation générale du bien et d’un plan touristique. L’accompagnement efficace des visiteurs permettrait de meilleures retombées économiques et une attractivité culturelle certaine.
c) Stratégie archéologique et de conservation
Les membres de la mission ayant fait le constat de l’absence de document de stratégie globale en matière de conservation et de fouilles archéologiques, recommandent son élaboration. Malgré les nombreuses interventions de restauration et de mise en valeur menées ces dernières années et soulignées dans les deux rapports de l’INP de 2011 et 2012, la mission recommande de procéder à des aménagements prioritaires sur les zones du cirque, du Borj Boukhris, du parc des villas romaines et des citernes de la Maalga.
d) Coordination des outils et des acteurs de la gestion et de la préservation du bien
Actuellement, deux organismes distincts ont la charge de la gestion et de la préservation du bien. La situation provoquant des malentendus et des chevauchements, la mission recommande la mise en place d’un mécanisme de coordination entre l’INP et l’Agence de mise en valeur du patrimoine et de promotion culturelle (AMVPPC). Il en résultera une délimitation claire des fonctions et des attributions à intégrer dans le plan de gestion (PPMV).
e) Inventaire rétrospectif et délimitation du bien
En réponse à la décision 35 COM 7B.59 du Comité du patrimoine mondial et à des demandes antérieures, l’Etat partie a soumis le 31 janvier 2012 une carte de « clarification des limites à l’époque de l’inscription », indiquant le retour aux limites du site classé sur le plan national en 1985, qui sera examinée par le Comité du patrimoine mondial à cette session (voir document WHC-12/36 COM/8D). Précédemment, le 30 mars 2011, l’Etat partie avait soumis une demande de « modification mineure des limites » portant sur la création d’une zone tampon qui sera également examinée par le Comité du Patrimoine mondial au point 8 de l’ordre du jour (document WHC-12/36.COM/8B.Add).
La mission conjointe recommande de réviser ce périmètre et les composantes du bien afin de mieux correspondre à la réalité du site archéologique d’aujourd’hui. De même, la création d’une zone tampon devrait permettre d’assurer une protection supplémentaire au bien.