Le 27 février 2012, l’État partie a remis un rapport succinct sur l’état de conservation du bien au Centre du patrimoine mondial, qui incluait une déclaration rétrospective de valeur universelle exceptionnelle actualisée ainsi qu’un état de conservation souhaité en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril, rédigé conjointement avec le Centre du patrimoine mondial pendant la mission de suivi réactif qui s’est déroulée du 22 au 25 novembre 2011. La mission n’a pas pu visiter le bien pour des raisons de sécurité signalées par le Département de la sûreté et de la sécurité de l’ONU, mais a tenu des réunions de consultation avec l’État partie et d’autre parties prenantes à la capitale, Bogota. L’État partie a noté pendant la mission que, depuis trois ans, grâce à un accord avec les forces armées colombiennes, les patrouilles sont plus fréquentes dans la région et l’insécurité ne pose plus de problème au Service des parcs nationaux pour remplir son mandat dans la région. Le rapport de mission est consultable en ligne à l’adresse suivante : http://whc.unesco.org/fr/sessions/36COM
Dans sa décision 34COM 7A.14, le Comité demandait à l’État partie de mettre en œuvre un ensemble de mesures correctives provisoires. Sur la foi du rapport de l’État partie et des informations collectées par la mission de suivi, les progrès suivants sont rapportés :
a) Achever et mettre en œuvre le plan d’action de contrôle et de suivi, comprenant la construction de postes de contrôle, la fourniture d’équipements et le maintien d’un nombre adéquat d’employés du parc
Un Plan d’action local pour la prévention, le contrôle et le suivi a été adopté en 2011, accompagné d’une stratégie de suivi officielle. Ce Plan définit les différents problèmes de gestion secteur par secteur et présente une analyse détaillée des menaces. Il vise aussi à identifier les priorités et les mécanismes par lesquels la direction peut impliquer les communautés locales.
L’État partie a terminé la remise à neuf et l’équipement de cinq postes de gardiens dans et autour du bien, trois autres devant être terminés en 2012. La signalisation a été mise en place et, au moment de la mission, le parc employait 22 personnes, bien que le rapport de l’État partie de février 2012 n’en indique que 16. L’État partie est conscient de la nature précaire de sa capacité à gérer le bien. Il indique que plusieurs employés du parc sont actuellement rémunérés par un projet de financement se terminant à la fin de 2012. Cette instabilité de l’effectif remet en cause la capacité à long terme de l’État partie à assurer un contrôle et une surveillance effectifs dans et autour du bien.
Le contrôle de la pêche est un objectif particulier du plan de suivi, car les communautés vivant à proximité du bien dépendent fortement du poisson d’eau douce pour leur subsistance, mais encore récemment, l’État partie ne disposait d’aucune information sur la durabilité de leurs prises. Un programme participatif de suivi des prises a été établi il y a deux ans. L’information collectée permettra bientôt à l’État partie de tirer des conclusions sur cette pratique et d’adopter des mesures de gestion correspondantes. La pérennité de cet effort dépendra d’un financement durable, qui n’est pas encore garanti.
La pollution des eaux, citée dans le rapport de l’État partie au Comité en 2008, provient en grande partie d’une communauté installée près de la limite du bien. Cette pollution est essentiellement due à des déchets humains et solides. Cette communauté étant installée sur les bords d’un grand fleuve, en aval du bien, la pollution est rapidement diluée et rejetée au-delà des limites du bien. L’État partie rapporte que la pêche à l’aide de produits toxiques est pratiquée, sans préciser l’ampleur de cette pratique.
Selon les affirmations de l’État partie, la pollution provenant des petites installations humaines en aval du bien ne semble pas faire peser de menace sérieuse sur le bien, mais l’utilisation de produits chimiques toxiques pour la pêche devrait être strictement interdite.
b) Prévenir l’extraction illégale de bois dans le bien en établissant des quotas, au niveau du site, afin d’arrêter et de traduire en justice les instigateurs de telles activités, et mener des campagnes d’information auprès des communautés locales
Le dialogue entre l’autorité des parcs nationaux et les autorités gouvernementales en charge de la gestion des forêts se poursuit dans le but de s’assurer que seul le bois légal entre dans le circuit commercial. L’État partie signale qu’il connaît les sites d’extraction illégale et indique que seule une partie relativement petite du bien (de l’ordre de plusieurs centaines d’hectares) est concernée. Il rapporte qu’une surveillance plus fréquente a contribué à réduire cette activité, bien que la communauté Wounaan (voir point d ci-dessous), nouvellement et légalement installée dans l’emprise du bien, soulève de nouvelles inquiétudes concernant l’augmentation des activités de défrichage de la forêt au profit de l’agriculture.
c) Mettre en œuvre des programmes de moyens de subsistance durables pour les communautés affectées autour du bien dans le cadre d’un plus vaste programme pour la réduction de l’extraction illégale de bois
Avec le soutien de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) et les ONG internationales, l’État partie rapporte qu’il est engagé dans l’amélioration de la sécurité alimentaire dans des zones d’horticulture et de pêcheries. Il soutient aussi le développement de la gouvernance communautaire, la formation pour le développement de petites entreprises et des actions d’éducation à l’environnement. Une approche plus systématique de l’aide au développement de moyens de subsistance durables serait plus à même d’assurer la pérennité et l’efficacité de ces efforts.
d) Achever le processus de relocalisation des populations qui se sont récemment installées dans les limites du parc national
En 2011, un groupe relativement restreint de population indigène Wounaan est entré dans le parc et a investi une petite partie du parc qu’il considère comme sa terre ancestrale. Leur revendication territoriale a été récemment reconnue par l’État partie. Dans le cadre de la loi colombienne, les communautés qui résident dans des zones protégées doivent négocier un plan de gestion communautaire avec le gouvernement central afin de s’assurer que leurs activités sont durables et n’affectent pas les valeurs pour lesquelles la zone protégée est reconnue. Ce processus est en cours concernant les Wounaan installés dans le parc national de Los Katíos, bien que l’État partie ait indiqué que cet accord pendrait plusieurs années avant d’être finalisé.
e) Résoudre l’incompatibilité entre les obligations de l’État partie de préserver la valeur universelle exceptionnelle du bien et les grands projets d’infrastructure actuellement à l’étude
L’État partie rapporte que le projet d’autoroute panaméricaine n’a pas dépassé le stade de la discussion et n’est plus sérieusement envisagé. Il note que ce projet d’autoroute est discuté par intermittence depuis plusieurs décennies. Il précise que la construction d’une autoroute traversant un parc national est interdite par la constitution colombienne, de même que la réduction de la superficie d’un parc national, ce qui offre un niveau de protection légale élevé contre toute reprise d’un projet de route traversant ou passant à proximité du bien.
Le rapport de l’État partie indique qu’en 2010, le ministère de l’Environnement a refusé une autorisation de construction d’une ligne à haute tension entre la Colombie et le Panama. Toutefois, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que plusieurs sources d’information sur internet, y compris provenant du gouvernement de Colombie (voir http://www.regiones.gov.co/Mesoamerica/Prensa/Paginas/110829a-interconexion-electrica-colombia-panama.aspx), indiquent qu’un accord officiel a été conclu entre les deux gouvernements en août 2011, et que les préparatifs juridiques nécessaires dans les deux pays sont en cours. L’État partie a informé la mission qu’un couloir de transport de l’électricité serait construit à proximité des limites du bien afin d’alimenter les populations installées à l’intérieur du bien qui ne disposaient pas encore de l’électricité. Dans son rapport de 2008 au Comité, l’État partie mentionnait la menace que constitue la construction possible d’un canal interocéanique. Une enquête et des discussions supplémentaires avec l’État partie pendant la mission de suivi a révélé qu’il n’existe actuellement aucun projet, à aucun niveau du gouvernement, d’une telle infrastructure. De même, une enquête complémentaire a écarté certaines inquiétudes signalées dans ce même rapport concernant la construction possible d’un barrage hydroélectrique sur le territoire du bien.